Assurance perte d'exploitation

22.05.20 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur

Cela devait arriver. Ce matin, j'ai appris qu'un cafetier parisien venait d'assigner la compagnie d'assurance AXA pour obtenir que sa fermeture résultant de la crise sanitaire actuelle soit indemnisée par son assurance perte d'exploitation.

Nul doute qu'il se trouvera un juge quelque part pour accéder à sa demande. Je connais assez bien cette engeance, ils ne sont pas là pour faire respecter le droit, ils s'érigent la plupart du temps en redresseurs de torts (supposés) et se fichent comment une guigne des effets de bord de leurs petites décisions.

Or regardons ce qu'est une prime d'assurance. Une prime se compose d'une partie de taxes, puis d'abondement à des fonds divers obligatoires — comprendre de sommes d'argent qui tombent dans le puits sans fond de notre état obèse — et, enfin, permet à la compagnie d'assurance de supporter le risque pour vous. Hors appétit de l'état, une prime est calculée en fonction des risques couverts et de la probabilité de réalisation de ces risques. Elle n'est pas calculée au doigt mouillé, il y a toute une caste de gens appelés actuaires qui s'y collent pour que la compagnie d'assurance puisse vivre, c'est-à-dire en générant assez de cash flow pour que les sinistres puissent être couverts avec une grande probabilité. Si un contrat perte d'exploitation n'a pas prévu explicitement le cas d'une crise sanitaire, le risque n'a pas été pris en compte dans le calcul de la prime. C'est aussi simple que cela.

Le fait qu'une décision probable contraignant une compagnie à couvrir un risque non prévu dans un contrat d'assurance aura plusieurs effets :

  • la justice aura indiqué que le droit contractuel est totalement vidé de sa substance puisqu'elle peut, comme cela lui chante, modifier les termes d'un contrat licite et signé entre deux personnes privées. Quid donc de la valeur des signatures au bas d'un contrat ?
  • les signataires d'un contrat ayant explicitement prévu ce cas, donc qui payaient des primes plus importantes incluant ce risque, vont sans doute la trouver saumâtre puisqu'ils auront payé un risque qui sera in fine couvert par le risque de base ;
  • les compagnies d'assurance qui seront contraintes de couvrir les pertes vont mécaniquement augmenter toutes les primes pour éviter de se faire avoir la prochaine fois. Ce n'est d'ailleurs par la première fois qu'on leur aura fait le coup.

Loin de moi l'idée de prétendre que les compagnies d'assurance sont des philanthropes. Comme toutes entreprises, elles sont là pour gagner de l'argent, soit pour elles-mêmes (cas des assurances mutuelles), soit pour leurs actionnaires. Si elles existent toujours, c'est parce que leurs gestions sont à peu près saines et que le droit contractuel a encore une certaine valeur dans ce pays. Casser la confiance dans un contrat reviendra à bouleverser le rapport entre les souscripteurs d'un contrat, dans le cas des assurances, mécaniquement, à augmenter les prix puisqu'ils faudra qu'elles tiennent compte dans leurs calculs d'un risque supplémentaire, le risque juridique.

Well done, old chap !

 

L'indigence de l'électronicien professionnel

15.05.20 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur

Je viens encore de tomber sur un problème qui ne devrait pas exister.

Ceux qui me lisent se souviennent qu'il y a quelques mois, j'ai remis en place le service support de Texas Instruments qui ne comprenait même plus les schémas qu'ils fournissaient dans les Application Design du composant de base qu'est le TL5001. J'ai passé plusieurs mois à comprendre l'origine du problème avant de leur écrire une tartine dont la seule réponse fut que je connaissais maintenant mieux leurs composants qu'eux.

Pour un client, je dois utiliser un circuit de compensation d'une tension différentielle d'entrée d'un amplificateur opérationnel. Les amplificateurs à compenser étant des TL974 de Texas Instruments, j'utilise dans la compensation des TL972 puisque je n'ai besoin que de deux amplificateurs et non quatre. Problème, ces amplificateurs ont une grande bande passante et partent très vite en oscillation sur des problèmes de phase dans la boucle de contre-réaction.

J'en passe donc par une étape de simulation Spice (avec ngspice pour être précis), histoire de trouver le filtre à avance de phase qui fonctionne. Manque de chance, Texas ne fournit pour ce circuit qu'un modèle Spice pour TINA-TI Spice, sa version maison de Spice. Ce modèle n'est pas utilisable directement avec ngspice. J'utilise donc le modèle fourni par STMicroelectronics, les deux composants des deux fondeurs étant censés être strictement identiques.

Je simule mon circuit. je constate deux choses intéressantes. Non seulement il n'oscille pas, mais la tension statique de sortie qui devait être de Vin+Vd — où Vin est la tension d'entrée et Vd la tension différentielle à compenser — est de Vin-Vd ! Autant le fait que cela n'oscille pas ne me dérangeait pas plus que cela, autant le fait d'avoir une tension statique erronée en sortie était plus problématique. Je cherche, je creuse, je fais confiance à ngspice puisque l'expérience me montre que c'est un outil digne de confiance, je ne comprends pas.

Je décide donc d'attaquer en désespoir de cause la conversion du modèle de Texas pour qu'il fonctionne avec ngspice. Une heure plus tard, le modèle fonctionne. Je simule et là, au moins, j'ai la bonne tension statique en sortie et je peux commencer à concevoir mon filtre déphaseur.

Cette mésaventure me pose un problème quasiment philosophique. Le modèle de ST est trivialement faux. Mais combien de concepteurs électroniques utilisent-ils ce modèle sans se poser de questions en prenant les résultats fournis comme argent comptant ? Cela explique peut-être la qualité tout à fait relative de certains produits électroniques. Entre les fondeurs qui se contrefichent de la validité de leurs datasheets, les modèles des composants qui sont totalement à côté de la plaque et le niveau de l'ingénieur moyen, je pense avoir un début d'explication.

 

Confiné ou con fini ?

06.05.20 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Je hais les politiciens

J'ai commandé un certain nombre de composants électroniques pour peupler des circuits d'assez grandes dimensions (740 mm * 500 mm) qui m'ont été livrés hier par DHL. Petit problème, cette livraison de composants devait être faite par UPS qui fonctionne encore en équipes réduites malgré les tournées bien plus nombreuses à faire. Comme il faut toujours être aimable avec les livreurs et que je n'ai pas grand'chose à reprocher à UPS, j'ai accepté de récupérer le colis au bureau de tabac à quelques kilomètres de chez moi pour soulager mon livreur habituel.

Je remplis donc une attestation de déplacement dérogatoire et j'en profite pour sortir faire quelques courses. Le but de ma sortie était simple : dans l'ordre aller récupérer ce colis, faire un tour au supermarché du coin puis chercher un peu plus loin un chronopost qui n'est plus livré à domicile. Les deux premières étapes se passent sans aucun problème. Je récupère aussi le chronopost dans le bourg voisin, mais au départ du parking, je tombe sur une patrouille volante de la gendarmerie. J'avais mon attestation de déplacement, je pensais avoir la paix. Erreur.

Devant moi, un petit jeune roulait dans une voiture immatriculée 85 (Vendée pour ceux qui ne connaîtraient pas la liste des départements français avec les préfectures et les sous-préfectures) dans l'ancien système. Pas une voiture récente, donc. Et cet automobiliste qui présente pourtant un document ressemblant à une attestation se fait traiter plus bas que terre et termine sur le côté avec un amende bien sentie. J'observe la scène en me disant que si les pandores réagissaient comme cela dans les cités sensibles de la préfecture du coin, les pavés doivent voler assez vite. Arrive mon tour.

À ce point du récit, il faut que je vous signale que la 2CV (immatriculée en Haute-Savoie pour des histoires de dimensions de plaques minéralogiques) est toujours chez le garagiste — si vous avez suivi mes aventures, une bougie a décidé de vivre sa vie en cassant le filetage de la culasse — et que je roule actuellement dans une XM immatriculée dans le département de la Seine. Une voiture 75 au fond de la campagne, encore un salopard de parisien qui est venu se mettre au vert ! Cette XM a un problème depuis son retour du contrôle technique, le chauffage est bloqué sur chaud. Je roule donc avec les fenêtres ouvertes. Cela a son importance pour la suite du récit.

Je me fais donc arrêter par un gendarme pas réellement aimable. Je prépare mon attestation et la présente par la fenêtre ouverte, ce qui me semblait le plus naturel. Il commence par me hurler dessus, parce que le règlement indique que je dois lui montrer l'attestation au travers du pare-brise et surtout pas par la fenêtre ouverte et que je dois être confiné dans mon département. Je lui réponds qu'il me doit d'abord le salut réglementaire et, qu'ensuite, éventuellement, nous discuterons. J'obtiens un salut tout juste réglementaire, mais j'en obtiens un.

Il regarde l'attestation et m'indique qu'il verbalisera. Je coupe le moteur et lui demande en quoi mon attestation est mal remplie, parce que si elle est mal remplie, il faudra qu'il m'indique sur son procès-verbal en quoi elle serait mal remplie. Selon lui, il paraîtrait que je n'ai pas le droit d'être confiné dans ce département parce que mon véhicule est immatriculé dans la Seine. Il n'y a pas à dire, le képi est un sale truc qui empêche le cerveau de fonctionner et la discussion promettait donc d'être fort passionnante.

Derrière moi, les véhicules s'agglutinaient déjà. Il faut dire que je bloquait la place principale du village. Je demande donc à ce pandore borné la référence de la loi, du décret ou de n'importe quelle circulaire indiquant qu'il était interdit d'être confiné ailleurs que dans le département d'immatriculation de son véhicule, accessoirement le texte qui contraignait un véhicule à avoir une immatriculation dans le département de garage habituel (dans l'ancien système d'immatriculation, il suffisait d'une résidence dans le département d'immatriculation, dans le nouveau, cette condition n'existe même plus). Pas de réponse sauf un rangez-vous sur le côté. Ah non, mon gars, on va régler le différend ici, je ne bougerai pas. Et comme ça ne te plaît pas, que tu as le grade de gendarme, que l'autre motard est un adjudant, va me chercher ton supérieur qui verbalise le pauvre type roulant dans une voiture vendéenne. Il s'exécute en maugréant et le chef arrive. À peine moins borné puisqu'il couvre son subalterne et qu'il m'indique que je dois être confiné dans mon lieu de résidence et que pour prouver que je réside ici, il me faut une attestation de résidence.

Tu ne me prendrais pas par hasard pour un imbécile ? Donne-moi la référence d'un texte quelconque indiquant qu'il faut adosser à ta fichue attestation de déplacement une attestation de domicile. Par ailleurs, tu ne m'as pas demandé de pièce d'identité, tu ne sais même pas où j'habite. Tout ce que tu as vu, c'est un véhicule immatriculé à Paris, c'est un peu court. Et je dois te dire, tout adjudant de la gendarmerie que tu es que j'ai appris un seul truc à l'armée, le jeu du plus con et que j'y excelle parce que j'ai beaucoup d'endurance. Tu veux me coller une amende alors que mon attestation est bien remplie et que j'ai un colis dans le coffre qui indique clairement que je réside dans un village à quelques kilomètres et que j'y ai une activité professionnelle ? Parfait, mais je n'en resterai pas là. Maintenant, mon cher, tu prends tes responsabilités, je prendrai les miennes.

La conversation a pris une demi-heure. Durant une demi-heure, j'étais au milieu de la chaussée et j'entravais la circulation.

 

Les pépins d'Orange

24.04.20 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur

Je hais de plus en plus Orange. À un point tel que cela devrait donner une bonne définition de l'infini.

J'habite au fin fond de la campagne. Lorsque j'ai demandé un branchement téléphonique, il y a quelques années, il a fallu batailler trois mois. Je vais être honnête, au bout de quinze jours, j'avais une prise téléphonique dans ma grange et j'avais fait un piquage pour la maison. Mais il y avait tellement de friture sur la ligne qu'il était impossible de l'utiliser même pour téléphoner aux dérangements. Après avoir copieusement râlé et m'être déplacé directement à la direction départementale de ce qui s'appelait encore France Telecom puisqu'au bout d'un mois le problème n'avait pas avancé d'un pouce, j'ai vu passer le sous-traitant du sous-traitant du sous-traitant de France Telecom (si, si !) qui a réussi à me fournir une tonalité digne de ce nom. Entre temps, j'utilisais un accès internet par WiMAX, l'internet pour les bouseux.

Or mon fournisseur d'accès internet pour les bouseux a mis la clef sous la porte, je me suis retrouvé au milieu d'un imbroglio juridique et j'ai décidé de prendre un accès ADSL puisque j'avais maintenant le droit à du 6,5 Mbps chez Nerim. J'ai demandé une seconde ligne en dégroupage total, cela fut impossible et je suis passé en dégroupage partiel (collecte Orange). Le début des ennuis.

Depuis six mois, j'utilise en alternances trois modems différents, soit en PPPoE, soit en PPPoA selon le sens du vent. La configuration qui fonctionnait un jour ne fonctionne plus le lendemain. Depuis six mois, Orange m'a retiré une ligne en partie neuve avec une nouvelle distribution tellement l'ancienne était moisie. Depuis six mois, je n'arrête pas d'avoir des problèmes. Et à chaque fois le service technique d'Orange tente de me faire payer une prestation.

Depuis quinze jours, mon accès internet est de nouveau devenu instable. Tellement instable que le robot d'Orange a décidé de limiter le débit sur la ligne à 2,4 Mbps en débit descendant, 500 kbps en montant. Envoyer des fichiers de fabrication de 800 Mo à mes fournisseurs est un peu longuet. Cela n'a pas provoqué d'alarme plus que cela du côté d'Orange. Or une ligne qui devient brutalement instable ne le devient pas par l'opération du Saint Esprit. Qu'à cela ne tienne, c'est au client de s'apercevoir de la chose. J'accepterais cela à partir du moment où il n'y avait pas un mécanisme automatique réduisant le débit chez Orange. Ils ne peuvent donc pas prétendre ne pas être au courant !

J'ai donc appelé le support technique de Nerim qui m'indique dans un premier temps que la ligne est bonne aux essais. Très bien, mettez donc la ligne sous surveillance. Je les rappelle le lendemain pour m'entendre dire qu'il y a un défaut d'isolation sur l'un des câbles de la paire. Ah oui ? Je débranche l'installation pour n'utiliser que la prise de test en tête de l'installation. J'essaie un autre modem, même chose. Je laisse donc tomber ce défaut mineur (isolation à 780kR, pas de quoi fouetter un chat). Je tente à tout hasard le changement de filtre.

Vendredi dernier, dans la soirée, j'entends mon antique S63 tinter. Le S63, c'est ce bon vieux bigophone en plastique gris avec un cadran rotatif. Il ne ment pas, lorsqu'il tinte, c'est soit une tonalité de présignalisation (celle dans laquelle passe les informations comme le numéro de l'appelant), soit une manipulation sur la ligne. Depuis lors, alors qu'officiellement, il n'y a eu aucune intervention sur la ligne, ma connexion internet est parfaitement stable, mais toujours bloquée à 2,4 Mbps sans aucune raison valable. L'isolation des deux câbles de la paire par rapport à la terre est parfaite. Il paraît que c'est parce que j'aurais changé le filtre ADSL. Il faudra m'expliquer comment un filtre qui n'est connecté qu'à la paire téléphonique peut provoquer un défaut d'isolation par rapport à la terre !

Le support de Nerim ne peut qu'attendre le bon vouloir d'Orange pour le rétablissement de la ligne à son débit nominal (6,5 Mbps/1 Mbps aux dires d'Orange). Et je ne suis plus embêté par le téléphone puisque je n'ai plus de tonalité ni de tension sur la ligne. Je rappelle donc les dérangements d'Orange puisque, malheureusement, il faut encore que j'aie recours à leurs services.

Et là, les dérangement d'Orange me promettent de m'envoyer quelqu'un pour vérifier la ligne chez moi. Je rappelle que la ligne sert de support à un accès internet ADSL, que si cet accès est stable, le problème ne provient pas de chez moi. En revanche, durant l'intervention qui n'a pas eu lieu, vendredi dernier, il est fort probable que le technicien ait retiré la jarretière téléphonique de la partie analogique et ait oublié de la rebrancher.

Mais pour corriger cela, il est obligé de venir chez moi — alors que l'intervention doit se limiter au central téléphonique — et il fera cela, confinement oblige, quand son emploi du temps lui en laissera le temps.

Reprenons donc : depuis six mois, tout le monde se rejette les responsabilités, depuis six mois, à chaque fois qu'un sous-traitant d'Orange corrige un problème, il en provoque un ailleurs et tente de déclencher une facturation. Depuis six mois, j'ai toujours un service qui dysfonctionne.

 

Claude Reboul

22.04.20 | par Le Grincheux | Catégories: Monde de merde

Je viens d'apprendre avec une certaine tristesse que Claude Reboul est décédé le 15 mars dernier à l'âge de 75 ans.

Claude Reboul, c'était un artiste atypique. Je l'ai connu parce qu'il jouait du limonaire au bout de ma rue quand je suis arrivé à Paris. À l'époque, je lui avais acheté un disque, il se présentait comme l'organiste barbare. C'était un artiste atypique, écrivain, musicien, chanteur, certains diraient un artiste fou. Je savais qu'il avait dans son Auvergne profonde quelques véhicules Citroën anciens, nous en avions discuté à l'époque. Je ne savais pas, en revanche, ce qu'il en ferait.

Dans ses mains, le Citroën Type 12 devient un instrument de musique utilisant quarante-deux trompes de camion.

Claude Reboul
le Mécanophone

Une AC4 boulangère devient la voiture de Gaston Lagaffe.

Claude Reboul
la Gaffomobulle

Des vidéos du Méconophone sont disponibles sur Youtube. Je vous conseille d'aller les regarder. J'espère que ses inventions loufoques vont survivre, paix à son âme. 

 

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