Le prix de l'incompétence

02.02.11 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Mauvais esprit, Haines ordinaires, Je hais les financiers

Je vais encore me faire des amis.

Je ne sais pas si vous avez remarqué comme moi, mais l'incompétence est quelque chose qui est nécessaire, voire primordiale, au bon fonctionnement d'une partie de l'économie. Les banques, pour ne pas les nommer, gagnent plus à avoir des chargés de clientèle parfaitement incompétents ou nuisibles que des gens sérieux qui traitent efficacement ce qu'il faut appeler un usager — à moins qu'il ne s'agisse d'un usagé ? — et non un client puisque le seul choix qu'a le bipède moyen de notre beau pays est le choix de sa banque et non le choix d'avoir ou de ne pas avoir de relation avec une banque.

Depuis deux mois, je me bats avec la mienne. J'ai fait l'erreur d'avoir dans le même établissement mes comptes professionnels et mes comptes particuliers. Je pensais naïvement que ce serait plus simple. C'est une erreur que je ne referai plus puisque la banque a la facheuse tendance à faire une confusion des genres. Je ne citerai pas le nom de cette banque ici, mais toutes les autres banques avec lesquelles j'ai pu travailler se comportent de la même façon qu'elle. Personnellement, je ne demande pas des choses impossibles à une banque, juste qu'elle fasse son travail et qu'elle le fasse bien. En d'autres termes, j'ai besoin d'un compte courant avec une carte bancaire, un carnet de chèques, des comptes à terme et deux ou trois autres choses. Je me contrefiche comme de ma première chemise de toutes les placements idiots qui me sont proposés à longueur de temps et des assurances qui ne servent à rien sinon à gonfler les bilans de ces banques.

Je me bats depuis deux mois parce que j'essaie de mettre en place une solution de rachat de créance et de recouvrement. Les mauvais payeurs sont de plus en plus nombreux et il faut malheureusement faire avec eux. Il est beaucoup plus facile pour un organisme financier de partir à la chasse des mauvais payeurs plutôt qu'un simple petit patron lorsque le mauvais payeur est plus gros que lui et joue avec le système judiciaire, allant du référé au fond puis de renvoi en renvoi. Qu'à cela ne tienne, j'ai encore dû m'énerver sérieusement pour avoir ne serait-ce qu'un contrat de recouvrement. Six semaines pour un papier qui est arrivé par courrier électronique et pour m'entendre dire que je n'avais pas assez anticipé ma situation future. Certes, mais j'aimerais savoir comment il m'est possible d'anticiper des chèques sans provision. J'aimerais même qu'on me montre le banquier capable au premier coup d'œil de reconnaître un chèque en bois d'un qui ne l'est pas. Je parle bien entendu d'un chèque rédigé sur un formulaire de chèque barré et non sur un bout de bois du même métal.

Le point cocasse est que la banque en question a tout de même compris qu'elle était responsable de ma situation et m'a assuré ne pas me refuser de chèque avant le recouvrement de ces créances. Que nenni ! Les promesses n'engagent que ceux qui les croient et cette promesse du 31 décembre 2010 n'a pas tenu aussi longtemps que la gueule de bois du banquier. Le 4 janvier 2011, un chèque a été retourné sans provision pour un découvert autorisé de 5000 euros sur l'un de mes comptes professionnels. Précisons tout de même que j'ai actuellement 100000 (cent mille) euros en recouvrement judiciaire et extrajudiciaire, que j'attends un règlement de 50000 (cinquante mille) euros vers le 15 avril, que j'ai deux ou trois choses dans les tuyaux et que je ne suis pas un risque pour cette banque puisque j'ai dû en raison de son incapacité à financer les entreprises licencier tous mes salariés à l'exception d'un seul.

Ce qui est inadmissible, c'est que ma chargée de clientèle m'a envoyé un courrier électronique à 11h30 pour me signaler ce chèque en souffrance. Cette personne avait mon numéro de téléphone (cellulaire, plusieurs numéros professionnels…) mais n'a utilisé que le courrier électronique. C'est tellement plus pratique et rapide en cas d'urgence. Il faut dire aussi qu'un chèque sans provision est gardé cinq jours ouvrés par une banque avant d'être renvoyé et que son signalement n'a eu lieu que le cinquième jour, soit le jour du rejet. C'est sans compter avec le fait que cette chargée de clientèle était un peu malade et est rentrée chez elle à 12h00 sans être remplacée. Gain pour la banque : 50 euros de frais de rejet plus de frais pour les courriers recommandés dans tous les sens. S'ils font cela à quelques milliers de détenteurs de comptes, cela fait un somme assez rondelette.

Même chose à la fin du mois de janvier, sur mon compte personnel. Je fais actuellement des missions de prestation et je serai payé à la fin du mois de février. J'ai donc demandé à ma banque d'effectuer un virement d'un livret B sur mon compte courant pour assurer les prélèvements de prêts immobiliers jeudi dernier. Vendredi, coup de gueule parce que rien n'avait été fait. Samedi, envoi d'un mail à toutes les personnes de l'agence et réponse dans la foulée me disant que c'était impossible parce que quelqu'un avait posé un nantissement sur mon livret B le 5 mai 2010. C'est bien. D'une part, je n'étais pas au courant et d'autre part personne ne semble savoir ce qu'il en est. On croit rêver.

Le pire est que cette réponse n'a pas été faite par téléphone alors que j'essayais de contacter cette banque depuis plusieurs jours mais par courrier électronique. Je précise qu'il s'agit d'une banque qui a pignon sur rue et non d'une officine sur internet avec personne de réellement identifié à engueuler lorsque ça ne va pas. Je n'ai pas eu ce courrier électronique avant la fermeture de l'agence. Lundi était fermé et mardi était le 1er février. Gain pour la banque : un rejet de prélèvement d'échéance de prêt avec les intérêts qui vont bien, soit quelques centaines d'euros.

Lorsque l'incompétence est rémunérée à ce tarif, on comprend pourquoi rien n'est vraiment prêt à changer !

 

Côté d'Ivoire

30.01.11 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Mauvais esprit

Je n'ai rien contre la Tunisie, mais force est de constater qu'on nous assomme depuis quelques jours avec la révolution de jasmin qui s'y déroule. On n'entend plus que cela. La Côte d'Ivoire a laissé place à la Tunisie. Il me semble pourtant que l'actualité est un peu plus vaste que la seule Tunisie.

Remarquez, maintenant, on nous parle aussi de l'Égypte et de la révolution de papyrus, cela nous change un peu.

En Côté d'Ivoire, Laurent Gbagbo tient toujours et l'option militaire pour le déloger du palais présidentielle est toujours ouverte. Étranglé financièrement, il se dit capable de tenir jusqu'au mois de mars. Mais pour cela, il a déjà décidé de ne plus honorer le service de la dette extérieure et de réquisitionner huit milliards de francs CFA dans la locaux de la BCEAO qui a aussitôt fermé et jusqu'à nouvel ordre ses locaux en Côte d'Ivoire. Il s'est même lancé dans un programme de nationalisation forcée des compagnies d'eau et d'électricité. Tout est bon pour trouver des ressources rapidement et certains pans de l'économie accusent des chiffres d'affaire en baisse de plus de 80 %.

L'économie du pays n'avait pourtant pas besoin d'un tel choc, d'autant plus que les ivoiriens n'ont pas à payer le prix fort des gabegies de ses dirigeants. Nous n'avons pas non plus vocation à annuler la dette de ce pays après de tels troubles politiques.

La question de l'ingérence étrangère qui revient dans les discours ne se pose donc pas en tant que soutien à un candidat ou à un autre, mais par la seule subvention que donnent nos pays dits riches — mais plus pour longtemps — aux pays africains. Comme nous prêtons souvent à fonds perdus des sommes astronomiques à ces gouvernements, il paraît normal que nous ayons un droit de regard. Dans le cas contraire, nous n'aurions rien à dire et les gouvernements africains seraient dans leur bon droit lorsqu'ils crient à l'ingérence.

Monsieur Gbagbo ne devrait jamais oublier que les financements des pays étrangers au développement de son pays sont majoritairement des avances remboursables ou des prêts, en aucun cas des subventions. En tant que prêteurs, nous avons notre mot à dire sur la façon dont cet argent est utilisé, donc un avis à donner sur les gouvernements bénéficiaires. Ne pas le faire serait de l'inconscience.

 

Post coitum

24.01.11 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvais esprit, Je hais les tradis

Je risque fort de me faire un peu plus rare ces temps-ci, ayant une mission à faire me contraignant à deux heures quotidiennes de transport. Mes sujets de grincherie n'ont certes pas disparu, mais j'ai moins de temps pour les exprimer. Je profite de ces deux heures de transport pour lire et je suis tombé sur un petit livre de David Lodge qui vaut le détour. Ça s'intitule « la chute du British Museum » et pour situer le contexte, ce petit livre a été écrit aux alentours du concile Vatican II dans un style fin René Coty, début Charles de Gaulle contenant force pastiches.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser au premier abord, il ne parle pas d'art mais de la journée épique d'un chercheur obnubilé par une potentielle grossesse de sa femme au british museum — la journée, pas sa femme. Ce brave homme, fervent catholique, s'en tient avec sa femme aux prescriptions de sa sainte mère l'église — je dis la sienne parce qu'en ce qui me concerne, j'ai de plus en plus de mal avec certaines de ses positions —, ces prescriptions allant jusqu'à la régulation des naissances par la méthode naturelle plus souvent appelée roulette du Vatican. C'est un peu le contraire de la roulette russe et le résultat peut être tout aussi catastrophique. À 25 ans, ayant déjà trois enfants à son compteur et pas les moyens d'en nourrir un de plus, on comprend aisément son désarroi, et on le comprendra d'autant plus qu'il faut signaler aussi que sa femme était en retard. Bref, tout cela le travaille.

Voici un petit extrait jubilatoire du début du roman :

Le catholicisme était, selon des preuves archéologiques, assez largement répandu sur tout la planète Terre au vingtième siècle. En ce qui concerne l'hémisphère occidental, il semble qu'il ait été caractérisé par un système complexe de tabous sexuels et de rituels. Les rapports entre conjoints étaient restreints à certaines périodes limitées, déterminées d'après le calendrier et la température corporelle de la femme. Les archéologues martiens ont appris à reconnaître le domicile des catholiques grâce à la présence d'un grand nombre de graphiques compliqués, de calendriers, de petits livrets remplis de chiffres, et de quantités de thermomètres cassés, ce qui atteste la grande importance attachée à ce code. Des savants ont soutenu qu'il ne s'agissait là que d'une méthode pour limiter en nombre la progéniture ; mais comme il a été prouvé de manière concluante que les catholiques donnaient naissance à plus d'enfants en moyenne qu'aucune autre partie de la société, cela semble indéfendable. D'autre doctrines des catholiques comprenaient une croyance en un rédempteur divin et en une vie après la mort.

Notez bien que ce roman a été écrit avant la naissance des traditionalistes. Les catholiques ont un peu évolué depuis ce temps-là. Un peu. Quant aux traditionalistes…

 

Ceci est une révolution

18.01.11 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Mauvais esprit, Haines ordinaires

Entendus entre autres ce matin pour parler des événements de Tunisie Gisèle Halimi — dont je me demande encore pourquoi je l'indique en premier — et Serge Moati. Je ne parlerai pas ici de l'engagement politique de Gisèle Halimi même si je pense qu'elle se trompe aujourd'hui de combat. On ne peut d'une part limiter le féminisme à sa propre expérience et d'autre part considérer que le féminisme des années 1950 est le même que celui des années 2010. Si en 1950, sa position était légitime, aujourd'hui, elle ne l'est plus, principalement parce que le monde a considérablement évolué. Aujourd'hui, le féminisme n'est plus d'imposer une équité entre les hommes et les femmes, mais de trouver à chaque niveau de hiérarchie autant d'incompétents que d'incompétentes. En ce sens, vous me direz que le gouvernement français montre l'exemple.

Ce matin, elle a tout de même réussi à démontrer que ce sont les femmes tunisiennes qui ont évité l'écueil de l'islamisme en Tunisie. Cela revient à dire que les femmes des autres pays arabes ont perdu leur combat. Merci pour elles. Pour une chantre du féminisme, c'est assez amusant.

Non, Madame Halimi. Ce qui a fait que la Tunisie n'a pas — encore — eu de problème islamiste est dû à la politique de Habib Bourguiba. On aime ou on n'aime pas le personnage, c'est un tout autre débat, mais il faut constater que les priorités de son action politique furent le développement de l'éducation, la défense de l'égalité entre les hommes et les femmes, le développement économique et une politique étrangère équilibrée. Il était une exception parmi l'ensemble des dirigeants arabes et c'est cette exception et rien d'autre qui fait qu'il n'y a pas eu de problème islamiste dans ce pays. La politique de Bourguiba, à savoir l'éducation et l'économie, a fait que les fondements du développement de l'islamisme ont été sapés. Les femmes n'y sont pour strictement rien.

Personnellement, j'ai une sainte horreur des gens qui réécrivent l'histoire quitte à en faire un palimpseste patent pour la faire entrer dans leur moule, voire leur conception étriquée. Je n'ai rien contre le féminisme sauf lorsqu'il est bas de plafond et à poil dur, mais il faudrait tout de même éviter de mettre au crédit du féminisme des faits qui lui sont totalement étrangers.

 

Même à Paris

17.01.11 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Je hais les financiers

Heureux propriétaire d'une ruine aux environs de Pompadour, en Corrèze, pas dans le 91, je suis assez attentif à la fermeture des bureaux de poste et des différentes lignes de transport en commun qu'elles soient ferrées ou routières. Jusqu'à ce matin, je croyais naïvement que seules les campagnes profondes étaient touchées. Je pensais même qu'il y avait autant de différence de traitement postal entre les grandes villes et la campagne qu'entre les paroisses parisiennes et les clochers ruraux.

Erreur.

Le bureau de poste présent sur l'avenue de Champs Élysées a définitivement fermé ses portes le 13 janvier 2011. La raison n'est pas sa désaffection puisqu'il accueillait en moyenne chaque jour près de cinq cents personnes, essentiellement des touristes. Il se trouvait au 71 avenue des Champs Élysées et était l'unique bureau de poste de l'avenue. Non, la raison en est l'augmentation des loyers. À la fin du bail, le propriétaire a simplement décidé de multiplier par cinq le prix du loyer, portant ce dernier à quelques cent mille euros mensuels. La poste n'a pu faire face. Ce qui connaissent ce bureau de poste se demanderont ce qui coûte aussi cher dans le loyer d'un tel local, même sur la plus belle avenue du monde. La plus belle avenue du monde. Encore un poncif éculé ! Cette avenue sera peut-être la plus belle avenue du monde une fois qu'on y aura retiré les papiers gras jonchant le sol, les gommes à mâcher maculant le trottoir et les diverses hétaïres professionnelles ou occasionnelles la ponctuant de leurs talons aiguilles et surtout les touristes japonais et les parisiens.

Cette fermeture pose deux problèmes de fond. Je laisse sciemment la fermeture d'un bureau de poste de côté car cela me semble assez accessoire au regard des deux autres problèmes. Comment le législateur peut-il laisser un propriétaire faire n'importe quoi avec un loyer lors de la reconduction d'un bail au même locataire ? Pourquoi la poste n'est-elle pas propriétaire de ses locaux ? Il est vrai que les locaux entraient dans le calcul de la taxe professionnelle, mais l'un dans l'autre, au vu de tels loyers, ne pas être propriétaire me semble absurde.

Bienvenue dans un monde moderne.

 

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