Je hais les touristes

06.08.10 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur

J'ai conscience d'acheter mes chemises chez Marks & Spencer et d'apprécier les vestes croisées, mais ce n'est pas pour cela que le touriste de base doit me confondre avec quelqu'un parlant volontiers anglais ou, pire, avec un panneau indicateur. Il paraît que j'ai un physique qui pourrait me faire passer pour anglais, mais de là à me confondre avec un panneau indicateur, il y a un pas que je trouve assez difficile à franchir.

Concernant l'anglais, je ne le parle que contraint et forcé. Je vous promets de me mettre sérieusement à l'anglais lorsque j'aurai fini mon apprentissage du français. De toute façon, ce n'est pas bien grave, j'arrive à me débrouiller dans la langue de Shakespeare bien mieux que la plupart des anglais dans celle de Molière et je répondrai aux touristes perdus dans la capitale dans leur langue maternelle ou en anglais le jour où ils arriveront à me demander autre chose que

Plîse ? Ouhère are ze tchahmpse zilaïsis ?

J'ai trop peur qu'on les retrouve huit jours après à la Bourboule et qu'ils donnent en sanglotant aux autorités le signalement d'un sadique qui opérait à la gare du Nord. J'avoue n'avoir aucune envie de filer en Suisse et d'y attendre quelques années que cette histoire soit oubliée.

J'ai travaillé dans un certains nombre de pays dont des pays fermés totalement aux touristes et les gens de ces pays n'imaginent pas leur bonheur. Je hais les touristes ! Ils se croient chez eux alors qu'ils sont chez nous ! Le touriste en ville est comme le pigeon : c'est un parasite ! Je rêve d'un Paris sans touristes et sans pigeons. Le bonheur… Personne au mois d'août pour nous pousser dans les wagons bondés du métro… Personne pour nous demander le chemin de la tour Eiffel depuis le Trocadéro… Pour les provinciaux, depuis le Trocadéro, il faut être aveugle ou touriste pour ne pas voir la tour Eiffel qui est plantée juste de l'autre côté de la Seine. Elle doit être trop petite.

Et encore, il faut distinguer les touristes selon leurs origines :

  • l'allemand rêve de défiler au pas de l'oie sur les Champs Élysées, un atavisme à surveiller sans doute, et se comporte en pays conquis ;
  • l'anglais part du principe que tout le monde doit parler sa langue et ne fera aucun effort pour essayer d'en parler une autre sous prétexte qu'il y a des générations d'anglais avant lui et depuis la guerre de cent ans qui nous ont obligé à parler leur langue parce qu'ils avaient la paresse d'apprendre la nôtre ;
  • l'irlandais termine aviné — ce qui est une performance à la bière tiède — au pub de la rue François Miron ;
  • l'italien, ah l'italien… J'ai entendu un guide arborant des autocollants d'une agence de voyage napolitaine mettre en garde son groupe à la station Palais royal–Musée du Louvre contre les pick-pockets qui sont susceptibles d'agir dans ladite station et de les voler. Si ça, ce n'est pas l'hôpital qui se fout de la charité !
  • le japonais ne visite pas Paris, il fait un marathon. Il doit avoir tout vu, y compris les grands magasins, en 48 heures chrono et ne doit surtout pas perdre de temps à attendre une rame de métro… Il monte d'ailleurs à l'assaut d'une rame comme il allait à l'assaut de Pearl-Harbour… Je ne sais pas si vous voyez bien ce que je veux dire. C'est un spectacle assez amusant, sauf lorsqu'on est déjà dans la rame et qu'un groupe important de japonais se tient sur le quai, prêt à pousser tout le monde pour y entrer ;
  • le français se croit partout chez lui — c'est tout de même un peu plus légitime que tous les autres —, a tout vu et croit tout connaître sauf les poubelles de la ville de Paris qu'il ne trouve jamais. On suit sans peine son parcours en suivant les papiers gras qu'il laisse derrière lui. Parfois, j'ai honte d'être français.

On dit que le parisien est râleur et n'accueille pas bien le touriste, mais c'est faux ! C'est le touriste à Paris qui se comporte n'importe comment. Au bout d'un certain temps, ça fatigue.

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Fétichisme maniaque

05.08.10 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Mauvais esprit, Je hais l'informatique, Vieux con, Je hais les écolos

Il paraît que les tablettes électroniques sont bonnes pour l'environnement. Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre lorsqu'on sait que quatre-vingt pourcents des composants de ces bijoux de technologie sont issus de sources primaires et qu'ils ne se recyclent que très mal — ou que leur recyclage est dispendieux en énergie, ce qui revient pratiquement au même.

Ces tablettes sont, paraît-il, écologiques parce qu'elles évitent l'abattage d'arbres pour fabriquer du papier. C'est un fait indéniable, le papier est issu du bois donc des forêts. Mais d'où provient donc l'énergie nécessaire au fonctionnement de la tablette ? Je n'ai encore jamais vu un tel gadget muni de panneaux solaires, encore qu'il faudrait discuter du rendement total du panneau solaire, construction et destruction comprises. Combien de livres peut-on lire avec un tel engin avant qu'il ne tombe en panne ? Combien de jeux de piles ou d'accumulateurs aura-t-il consommé ? On ne parle jamais du taux de panne de ces bidules ni de leur consommation, encore moins des lunettes de leurs sympathisants. Personnellement, je n'ai encore jamais vu un livre, même très ancien, tomber en panne. J'entends déjà les esprits forts me signaler qu'ils peuvent être dévorés par les vers. Peut-être, mais l'électronique n'aime pas l'humidité non plus et si elle n'est pas dévorée par les vers, elle s'oxyde et moisit, ce qui fait qu'au final, le résultat est le même.

Par ailleurs, l'argument du nombre d'arbres abattus me semble particulièrement spécieux. Je reçois des volumes énormes de publicité dans mes boîtes aux lettres, que ce soit à Paris ou au fin fond de la campagne, et j'aimerais savoir, au regard de la consommation de livres moyenne annuelle par habitant, quelle fraction de la consommation annuelle de papier la publicité utilise. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression que cette fraction n'est pas vraiment négligeable. Les mêmes esprits forts me diront que la publicité est faite sur du papier recyclé. Certes, mais je les mets au défi de reconnaître un papier recyclé correctement d'un papier neuf.

Les marchands de soupe à la tête desquels se situe Apple, la petite pomme qui fabriquerait des machines à laver si le fait d'avoir une pomme sur une machine à laver faisait vendre, et qui essaient de nous refiler malgré nous ces tablettes électroniques indispensables nous affirment péremptoirement que le livre est mort, déjà enterré et que pour être un homme moderne, il faut absolument avoir une tablette tactile pour lire. Je n'ai pas encore vu le faire-part annonçant la mort du livre.

Et si je n'en veux pas, de ces trucs électroniques ? Et si j'étais un fétichiste maniaque et tellement pervers qui collectionnait les bouquins ? J'aurais l'air bête avec des disques durs sur mes étagères ou des cartes mémoires qui ne seront peut-être pas compatibles avec la prochaine tablette parce qu'il faut bien faire marcher le commerce. Avec des livres contre les murs, on peut isoler phoniquement et thermiquement un appartement. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé d'isoler un appartement avec des cartes mémoire… Je vois d'ici le tableau.

Sérieusement, arrivez-vous à imaginer les bibliothèques et les librairies d'un monde où la tablette électronique a remplacé le livre ? La relation avec un livre est charnelle — je vous ai déjà dit que j'étais pervers — : l'odeur du papier et de l'encre, le toucher du vélin et de la reliure ne sont pas étrangers à l'amour des livres. Je n'ai encore jamais vu quelqu'un sentir une tablette ou en caresser une et je crois que le jour où je verrai ça, je désespérerai encore plus de mes frères humains.

 

La culture sur France Inter

04.08.10 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur

Remarque liminaire : cet article a été écrit dans la foulée d'une émission passant sur France Inter le 4 août 2010. J'ai été induit en erreur par le présentateur et ai attribué à l'un des invité les mots du second. Je réitère mes plus plates excuses à Monsieur Albert Ben Loulou qui n'était pas responsable de la sentence qui m'a fait bondir. Le nom du coupable est cité dans les réponses à ce papier.

À ce propos, j'ai particulièrement apprécié le dialogue avec Monsieur Ben Loulou qui m'a aimablement signalé mon erreur. Ce n'était pas le cas d'un autre contributeur qui aurait pu tout autant me corriger. Voici l'extrait de l'émission en question.




Pour des raisons d'honnêteté et pour que les réponses à ce papier restent compréhensibles, je n'ai pas touché un mot de l'article initial que voici.

Je viens d'apprendre que Georges Simenon a passé la seconde guerre mondiale caché aux États-Unis. C'était dans l'émission Microfictions d'Ali Rebeihi, le mardi 3 août 2010, vers 20h30 sur France Inter et le responsable était Albert Ben Loulou, ami de Frédéric Dard.

L'émission portait sur Frédéric Dard, autant dire qu'il s'agissait d'un marronnier de l'été et que dans ce cas précis, un ami de l'auteur était le bienvenu. Mais un ami n'est pas un spécialiste. Ce spécialiste auto-proclamé de Frédéric Dard en particulier et de la littérature française en générale en est arrivé on ne sait comment à parler de Georges Simenon. Je sais bien que tout le monde est en vacances au mois d'août et que les journalistes et animateurs d'émissions de radio sont contraints de faire avec les spécialistes qui restent joignables, mais ce n'est pas une raison pour donner la parole à n'importe qui et surtout de le faire parler de n'importe quoi. Le fait d'avoir été un ami de Frédéric Dard ne fait pas de vous par la grâce des ondes un spécialiste de la littérature française.

Georges Simenon se serait, d'après lui, courageusement caché (sic) aux États-Unis durant la seconde guerre mondiale. Il est vrai qu'il s'est caché, mais plus prosaïquement entre la Vendée et les Charentes-Maritimes où il a failli être pris plusieurs fois parce que son nom ressemblait beaucoup au patronyme à consonnance prétendûment juive Simon. Il n'est parti visiter les États-Unis qu'après la guerre, en 1945. L'auditeur de base, qui n'a aucune raison de connaître la biographie de Simenon, pourrait se méprendre sur l'homme.

Plusieurs choses me dérangent profondément. D'une part, nous avons un journaliste se targant de faire une émission littéraire sans avoir aucune espèce de culture générale et qui glisse de Dard à Simenon tout en réduisant Simenon à Maigret à tel point que je me demande s'il a un jour ouvert un roman de Simenon, et d'autre part, nous avons un individu qui se dit spécialiste de la littérature policière parce qu'il connaissait le père de San Antonio, ce qui est tout de même assez léger, et qui diffame un Simenon qui ne peut même pas répondre pour rétablir la vérité. Aucun de ces deux individus n'a la culture nécessaire pour tenir une émission littéraire mais les deux ont une prétention culturelle à une heure de grande écoute.

Ce n'est pas la première erreur grossière relevée dans les émissions « culturelles » d'Inter depuis quelques mois mais je crois qu'il s'agit de celle qui a fait déborder le vase. Quand Val et sa clique comprendront-ils que lorsqu'on a la prétention de produire des émissions culturelles, il faut être un minimum crédible. Les animateurs qui ont quitté la station récemment avaient pour bon nombre d'entre eux un solide bagage culturel. En tout cas, ils semblaient vérifier leurs sources plus attentivement. Quant aux invités, je ne sais pas si c'est à cause de l'été, mais le niveau baisse sensiblement.

Certes, France Inter n'est pas France Culture, mais ce n'est pas pour cela non plus qu'il faut raconter impunément des bêtises dans le poste. Messieurs Hees et Val, relevez le niveau ou vos auditeurs iront écouter la différence ailleurs.

 

Soudure sans plomb

03.08.10 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Haines ordinaires, Je hais les écolos

Je n'ai rien contre la soudure sans plomb. C'est juste une idée intéressante et parfaitement inutile qui a germé dans le cerveau d'un type qui trouvait que trop de gens léchaient les circuits imprimés et risquaient de souffrir du saturnisme.

Je n'utilise pas cette soudure sans plomb car on trouve toujours l'alliage plomb-étain pour la réparation de l'existant. La soudure sans plomb — RoHS pour nos amis anglophones — n'est en effet obligatoire que pour des nouvelles réalisations. Il n'y a donc aucune raison valable de se priver.

J'ai plusieurs raisons de ne pas utiliser cette horreur.

La température de fusion de l'alliage est plus haute. Il faut donc un fer plus puissant qui risque de détériorer les composants fragiles. Lorsque je soude des composants délicats ou difficiles d'accès, cela fait une grande différence.

Mais il y a beaucoup plus amusant. La soudure au plomb est un alliage eutectique. Il fond et se solidifie à température constante comme s'il s'agissait d'un corps pur vis à vis du processus de fusion. La soudure non plombée n'est pas eutectique et forme des microfibres d'étain qui sont sources de pannes soit par soudures sèches soit par défaut électrique lorsque ces fibres sont transportées par le souffle de ventilateurs. Parfois, on trouve ces fibres très loin de leur source. Vous me direz qu'il existe des soudures à l'or, à l'argent. Cela ne n'arrange rien puisque le zinc, l'étain, l'or et l'argent peuvent tous créer des filaments. Seul le plomb permet de s'en tirer.

Mécaniquement, il y aurait aussi beaucoup à dire. La soudure au plomb étant un peu plus molle, elle suit bien plus volontiers les déformations des circuits imprimés.

Donc, la soudure sans plomb est un progrès indéniable et tient toutes ses promesses écologiques. La fiabilité des circuits est plus faible et comme il est très difficile de faire réparer une carte électronique même un jour de semaine dans une grande ville comme Paris, tout ce qui est panne finit invariablement dans une poubelle, recyclée ou non. Je serais d'ailleurs assez curieux de connaître le pourcentage d'augmentation des déchets électroniques résultant de l'adoption de la soudure sans plomb si d'aventure une telle étude existe.

Je ne pense pas être un adversaire vicéral de l'écologie. Je me sens plus opposé aux écologistes qui confondent trop souvent l'écologie avec l'idéologie qu'ils s'en font qu'à l'écologie elle-même. L'écologie devrait, sous peine de n'avoir plus aucun sens, consister à proposer quelque chose de meilleur que l'existant. Il est illusoire de convaincre une population de revenir à l'époque moderne — dernière époque où l'empreinte écologique était favorable à la planète —, à savoir s'éclairer à la bougie et se déplacer à cheval. Quoique… Il faudrait aussi produire du fourrage pour tout un tas d'équidés et je ne suis pas sûr qu'au final ce soit bien mieux que des biocarburants.

 

Hadopi

02.08.10 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Je hais l'informatique, Haines ordinaires

Grâce à la France et à son grand machin appelé HADOPI, l'industrie du disque est sauvée. Éric Walter, un proche de notre bien aimé président Nicolas Sarkozy et ex-conseiller aux NTIC (nouvelles technologies de l'information et des communications [ndlr]), vient d'être nommé secrétaire-général de la HADOPI. Pirates de tout poil, tremblez, vos jours sont comptés !

Et tremblez d'autant plus que cet individu est un spécialiste des NTIC. En tant qu'ex-conseiller — on comprend aisément pourquoi —, il a pu déclarer aux journalistes de la Dépêche du Midi (sic les fautes de français, conformément à son maître, il semble ne pas connaître la structure grammaticale d'une négation) :

Il y a déjà des moyens de sécurisation qui existent : pour les enfants, les parents, pour la famille seule, la PME, la grosse entreprise, l'utilisateur incompétent, celui qui s'y connaît. Le plus connu, c'est la clé Wep. Une clé virtuelle qui permet à l'émission Wi-Fi d'être accessible que par l'utilisation d'un code.

Après les discours totalement hors de propos (perte d'emploi, diversité culturelle…) et nauséabonds des actionnaires des majors de l'industrie du disque et des soi-disant artistes, après la scandaleuse récupération des dix mille artistes qui soutiendraient cette loi, après le pare-feu OpenOffice, après le vote qui s'est déroulé de façon scandaleuse à l'assemblée nationale, je pensais qu'on avait déjà tout entendu et atteint le fond. Force est de constater que non.

La question n'est pas de savoir si le piratage est bon ou mauvais et je me garderais de lancer le débat, mais de se demander où l'on arrive à trouver des individus spécialistes d'un domaine qui leur est parfaitement étranger. J'espère au moins qu'ils sont bien payés !

 

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