Fétichisme maniaque

05.08.10 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Mauvais esprit, Je hais l'informatique, Vieux con, Je hais les écolos

Il paraît que les tablettes électroniques sont bonnes pour l'environnement. Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre lorsqu'on sait que quatre-vingt pourcents des composants de ces bijoux de technologie sont issus de sources primaires et qu'ils ne se recyclent que très mal — ou que leur recyclage est dispendieux en énergie, ce qui revient pratiquement au même.

Ces tablettes sont, paraît-il, écologiques parce qu'elles évitent l'abattage d'arbres pour fabriquer du papier. C'est un fait indéniable, le papier est issu du bois donc des forêts. Mais d'où provient donc l'énergie nécessaire au fonctionnement de la tablette ? Je n'ai encore jamais vu un tel gadget muni de panneaux solaires, encore qu'il faudrait discuter du rendement total du panneau solaire, construction et destruction comprises. Combien de livres peut-on lire avec un tel engin avant qu'il ne tombe en panne ? Combien de jeux de piles ou d'accumulateurs aura-t-il consommé ? On ne parle jamais du taux de panne de ces bidules ni de leur consommation, encore moins des lunettes de leurs sympathisants. Personnellement, je n'ai encore jamais vu un livre, même très ancien, tomber en panne. J'entends déjà les esprits forts me signaler qu'ils peuvent être dévorés par les vers. Peut-être, mais l'électronique n'aime pas l'humidité non plus et si elle n'est pas dévorée par les vers, elle s'oxyde et moisit, ce qui fait qu'au final, le résultat est le même.

Par ailleurs, l'argument du nombre d'arbres abattus me semble particulièrement spécieux. Je reçois des volumes énormes de publicité dans mes boîtes aux lettres, que ce soit à Paris ou au fin fond de la campagne, et j'aimerais savoir, au regard de la consommation de livres moyenne annuelle par habitant, quelle fraction de la consommation annuelle de papier la publicité utilise. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression que cette fraction n'est pas vraiment négligeable. Les mêmes esprits forts me diront que la publicité est faite sur du papier recyclé. Certes, mais je les mets au défi de reconnaître un papier recyclé correctement d'un papier neuf.

Les marchands de soupe à la tête desquels se situe Apple, la petite pomme qui fabriquerait des machines à laver si le fait d'avoir une pomme sur une machine à laver faisait vendre, et qui essaient de nous refiler malgré nous ces tablettes électroniques indispensables nous affirment péremptoirement que le livre est mort, déjà enterré et que pour être un homme moderne, il faut absolument avoir une tablette tactile pour lire. Je n'ai pas encore vu le faire-part annonçant la mort du livre.

Et si je n'en veux pas, de ces trucs électroniques ? Et si j'étais un fétichiste maniaque et tellement pervers qui collectionnait les bouquins ? J'aurais l'air bête avec des disques durs sur mes étagères ou des cartes mémoires qui ne seront peut-être pas compatibles avec la prochaine tablette parce qu'il faut bien faire marcher le commerce. Avec des livres contre les murs, on peut isoler phoniquement et thermiquement un appartement. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé d'isoler un appartement avec des cartes mémoire… Je vois d'ici le tableau.

Sérieusement, arrivez-vous à imaginer les bibliothèques et les librairies d'un monde où la tablette électronique a remplacé le livre ? La relation avec un livre est charnelle — je vous ai déjà dit que j'étais pervers — : l'odeur du papier et de l'encre, le toucher du vélin et de la reliure ne sont pas étrangers à l'amour des livres. Je n'ai encore jamais vu quelqu'un sentir une tablette ou en caresser une et je crois que le jour où je verrai ça, je désespérerai encore plus de mes frères humains.

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La culture sur France Inter

04.08.10 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur

Remarque liminaire : cet article a été écrit dans la foulée d'une émission passant sur France Inter le 4 août 2010. J'ai été induit en erreur par le présentateur et ai attribué à l'un des invité les mots du second. Je réitère mes plus plates excuses à Monsieur Albert Ben Loulou qui n'était pas responsable de la sentence qui m'a fait bondir. Le nom du coupable est cité dans les réponses à ce papier.

À ce propos, j'ai particulièrement apprécié le dialogue avec Monsieur Ben Loulou qui m'a aimablement signalé mon erreur. Ce n'était pas le cas d'un autre contributeur qui aurait pu tout autant me corriger. Voici l'extrait de l'émission en question.




Pour des raisons d'honnêteté et pour que les réponses à ce papier restent compréhensibles, je n'ai pas touché un mot de l'article initial que voici.

Je viens d'apprendre que Georges Simenon a passé la seconde guerre mondiale caché aux États-Unis. C'était dans l'émission Microfictions d'Ali Rebeihi, le mardi 3 août 2010, vers 20h30 sur France Inter et le responsable était Albert Ben Loulou, ami de Frédéric Dard.

L'émission portait sur Frédéric Dard, autant dire qu'il s'agissait d'un marronnier de l'été et que dans ce cas précis, un ami de l'auteur était le bienvenu. Mais un ami n'est pas un spécialiste. Ce spécialiste auto-proclamé de Frédéric Dard en particulier et de la littérature française en générale en est arrivé on ne sait comment à parler de Georges Simenon. Je sais bien que tout le monde est en vacances au mois d'août et que les journalistes et animateurs d'émissions de radio sont contraints de faire avec les spécialistes qui restent joignables, mais ce n'est pas une raison pour donner la parole à n'importe qui et surtout de le faire parler de n'importe quoi. Le fait d'avoir été un ami de Frédéric Dard ne fait pas de vous par la grâce des ondes un spécialiste de la littérature française.

Georges Simenon se serait, d'après lui, courageusement caché (sic) aux États-Unis durant la seconde guerre mondiale. Il est vrai qu'il s'est caché, mais plus prosaïquement entre la Vendée et les Charentes-Maritimes où il a failli être pris plusieurs fois parce que son nom ressemblait beaucoup au patronyme à consonnance prétendûment juive Simon. Il n'est parti visiter les États-Unis qu'après la guerre, en 1945. L'auditeur de base, qui n'a aucune raison de connaître la biographie de Simenon, pourrait se méprendre sur l'homme.

Plusieurs choses me dérangent profondément. D'une part, nous avons un journaliste se targant de faire une émission littéraire sans avoir aucune espèce de culture générale et qui glisse de Dard à Simenon tout en réduisant Simenon à Maigret à tel point que je me demande s'il a un jour ouvert un roman de Simenon, et d'autre part, nous avons un individu qui se dit spécialiste de la littérature policière parce qu'il connaissait le père de San Antonio, ce qui est tout de même assez léger, et qui diffame un Simenon qui ne peut même pas répondre pour rétablir la vérité. Aucun de ces deux individus n'a la culture nécessaire pour tenir une émission littéraire mais les deux ont une prétention culturelle à une heure de grande écoute.

Ce n'est pas la première erreur grossière relevée dans les émissions « culturelles » d'Inter depuis quelques mois mais je crois qu'il s'agit de celle qui a fait déborder le vase. Quand Val et sa clique comprendront-ils que lorsqu'on a la prétention de produire des émissions culturelles, il faut être un minimum crédible. Les animateurs qui ont quitté la station récemment avaient pour bon nombre d'entre eux un solide bagage culturel. En tout cas, ils semblaient vérifier leurs sources plus attentivement. Quant aux invités, je ne sais pas si c'est à cause de l'été, mais le niveau baisse sensiblement.

Certes, France Inter n'est pas France Culture, mais ce n'est pas pour cela non plus qu'il faut raconter impunément des bêtises dans le poste. Messieurs Hees et Val, relevez le niveau ou vos auditeurs iront écouter la différence ailleurs.

 

Soudure sans plomb

03.08.10 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Haines ordinaires, Je hais les écolos

Je n'ai rien contre la soudure sans plomb. C'est juste une idée intéressante et parfaitement inutile qui a germé dans le cerveau d'un type qui trouvait que trop de gens léchaient les circuits imprimés et risquaient de souffrir du saturnisme.

Je n'utilise pas cette soudure sans plomb car on trouve toujours l'alliage plomb-étain pour la réparation de l'existant. La soudure sans plomb — RoHS pour nos amis anglophones — n'est en effet obligatoire que pour des nouvelles réalisations. Il n'y a donc aucune raison valable de se priver.

J'ai plusieurs raisons de ne pas utiliser cette horreur.

La température de fusion de l'alliage est plus haute. Il faut donc un fer plus puissant qui risque de détériorer les composants fragiles. Lorsque je soude des composants délicats ou difficiles d'accès, cela fait une grande différence.

Mais il y a beaucoup plus amusant. La soudure au plomb est un alliage eutectique. Il fond et se solidifie à température constante comme s'il s'agissait d'un corps pur vis à vis du processus de fusion. La soudure non plombée n'est pas eutectique et forme des microfibres d'étain qui sont sources de pannes soit par soudures sèches soit par défaut électrique lorsque ces fibres sont transportées par le souffle de ventilateurs. Parfois, on trouve ces fibres très loin de leur source. Vous me direz qu'il existe des soudures à l'or, à l'argent. Cela ne n'arrange rien puisque le zinc, l'étain, l'or et l'argent peuvent tous créer des filaments. Seul le plomb permet de s'en tirer.

Mécaniquement, il y aurait aussi beaucoup à dire. La soudure au plomb étant un peu plus molle, elle suit bien plus volontiers les déformations des circuits imprimés.

Donc, la soudure sans plomb est un progrès indéniable et tient toutes ses promesses écologiques. La fiabilité des circuits est plus faible et comme il est très difficile de faire réparer une carte électronique même un jour de semaine dans une grande ville comme Paris, tout ce qui est panne finit invariablement dans une poubelle, recyclée ou non. Je serais d'ailleurs assez curieux de connaître le pourcentage d'augmentation des déchets électroniques résultant de l'adoption de la soudure sans plomb si d'aventure une telle étude existe.

Je ne pense pas être un adversaire vicéral de l'écologie. Je me sens plus opposé aux écologistes qui confondent trop souvent l'écologie avec l'idéologie qu'ils s'en font qu'à l'écologie elle-même. L'écologie devrait, sous peine de n'avoir plus aucun sens, consister à proposer quelque chose de meilleur que l'existant. Il est illusoire de convaincre une population de revenir à l'époque moderne — dernière époque où l'empreinte écologique était favorable à la planète —, à savoir s'éclairer à la bougie et se déplacer à cheval. Quoique… Il faudrait aussi produire du fourrage pour tout un tas d'équidés et je ne suis pas sûr qu'au final ce soit bien mieux que des biocarburants.

 

Hadopi

02.08.10 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Je hais l'informatique, Haines ordinaires

Grâce à la France et à son grand machin appelé HADOPI, l'industrie du disque est sauvée. Éric Walter, un proche de notre bien aimé président Nicolas Sarkozy et ex-conseiller aux NTIC (nouvelles technologies de l'information et des communications [ndlr]), vient d'être nommé secrétaire-général de la HADOPI. Pirates de tout poil, tremblez, vos jours sont comptés !

Et tremblez d'autant plus que cet individu est un spécialiste des NTIC. En tant qu'ex-conseiller — on comprend aisément pourquoi —, il a pu déclarer aux journalistes de la Dépêche du Midi (sic les fautes de français, conformément à son maître, il semble ne pas connaître la structure grammaticale d'une négation) :

Il y a déjà des moyens de sécurisation qui existent : pour les enfants, les parents, pour la famille seule, la PME, la grosse entreprise, l'utilisateur incompétent, celui qui s'y connaît. Le plus connu, c'est la clé Wep. Une clé virtuelle qui permet à l'émission Wi-Fi d'être accessible que par l'utilisation d'un code.

Après les discours totalement hors de propos (perte d'emploi, diversité culturelle…) et nauséabonds des actionnaires des majors de l'industrie du disque et des soi-disant artistes, après la scandaleuse récupération des dix mille artistes qui soutiendraient cette loi, après le pare-feu OpenOffice, après le vote qui s'est déroulé de façon scandaleuse à l'assemblée nationale, je pensais qu'on avait déjà tout entendu et atteint le fond. Force est de constater que non.

La question n'est pas de savoir si le piratage est bon ou mauvais et je me garderais de lancer le débat, mais de se demander où l'on arrive à trouver des individus spécialistes d'un domaine qui leur est parfaitement étranger. J'espère au moins qu'ils sont bien payés !

 

Le mari, la femme et l'amant

02.08.10 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Mauvais esprit, Je hais les tradis, Haines ordinaires

Que serait la littérature sans le trio formé depuis des siècles par le mari, la femme et l'amant ? Sans lui, les plus grandes œuvres de la littérature française n'auraient pu voir le jour. Que deviendraient la Princesse de Clèves ou Madame Bovary si par un trait de plume, pour des raisons de moralité, on caviardait l'amant ?

Je me faisais cette réflexion à la suite d'une discussion avec des gens quelque peu bornés qui partaient du principe que ces œuvres, pleines de meurtres, de débauche, d'adultère et de sexe, ne faisaient que pervertir la jeunesse. Comme par ailleurs et aux dires de notre cher président, lire la Princesse de Clèves ne sert à rien, la littérature française a du souci à se faire.

La litterature n'est pas qu'un outil permettant de se forger péniblement son propre style à la fin de longues lectures aussi passionnantes pour un collégien que le Cid, 1984 ou les Faux monnayeurs. Elle permet un cheminement de pensée, une ouverture au monde. Enfin, pour les Faux monnayeurs, il me reste quelques doutes, puisque le seul extrait qui me reste est l'alexandrin :

Quiconque à quarante ans n'a pas d'hémorroïdes

qui n'est suivi d'absolument rien. On ne peut pas vraiment dire que Gide s'est foulé un neurone…

L'époque d'écriture du Cid n'a rien à voir avec notre époque contemporaire, mais lorsqu'on réduit cette pièce à sa plus simple expression — qu'il est joli garçon l'assassin de papa —, sa portée devient universelle.

Et encore, je ne parle que des œuvres originelles. Lorsqu'on attaque les parodies, souvent plus vraies que les originelles, ça se corse singulièrement. Je ne sais pas si vous vous souvenez de vos classiques. Je pose la question car je suis convaincu qu'un classique de la littérature est quelque chose que tout le monde aimerait avoir lu et que personne n'a vraiment ouvert. Personnellement, je les ai étudiés et j'en garde encore quelques souvenirs. Je ne comprends pas vraiment pourquoi s'embêter à lire Phèdre de Racine alors que le résumé qu'en a fait André Isaac, plus connu sous le nom de Pierre Dac, est parfaitement conforme à la version de Racine. Jugez vous-même :

PHÈDRE

parodie que Pierre DAC a créée en novembre 1935
avec Fernand Rauzéna et O'dett,
au Liberty 's, un cabaret-dancing de Paris

PERSONNAGES

PHÈDRE, SINUSITE (1ère servante de Phèdre), PET-DE-NONNE (2e servante), HIPPOLYTE, THÉRAMÈNE, LE CHOEUR ANTIQUE

LE CHOEUR ANTIQUE (gueulant)

Ô puissant Dieu des Grecs, je viens sous votre loi
Faire entendre en ces lieux ma douce et faible voix.
De Phèdre et d'Hippolyte au lourd passé de gloire
Je veux ressusciter la tragique mémoire.
Phèdre aimait son beau-fils, Hippolyte au cœur pur,
Qui lui ne voulait pas de cet amour impur.
Ce que vous entendrez ici n'est pas un mythe
Mais le récit vécu de Phèdre et d'Hippolyte.

(Le Choeur antique sort et Hippolyte et Théramène paraissent.)

THÉRAMÈNE

Tu me parais bien pâle et triste à regarder
Qu'as-tu donc Hippolyte ?

HIPPOLYTE

Je suis bien emmerdé !

THÉRAMÈNE

C'est un sous-entendu mais je crois le comprendre.
Va, dis-moi ton chagrin, je suis prêt à l'entendre.

HIPPOLYTE

Le dessein en est pris, je pars, cher Théramène,
Car Phèdre me poursuit de ses amours malsaines.

THÉRAMÈNE

Et Aricie alors ?

HIPPOLYTE

Ah ! Ne m'en parle pas !
Quand j'évoque la nuit ses innocents appas
J'ai des perturbations dedans la tubulure
Car cette Aricie-là je l'ai dans la fressure,
Elle est partout en moi, j'en ai le cerveau las,
J'ai l'Aricie ici et j'ai l'Aricie là !

THÉRAMÈNE

Elle a pris je le vois et tes sens et ta tête.

HIPPOLYTE

Ah ! je veux oublier le lieu de sa retraite !

THÉRAMÈNE

La retraite de qui ?

HIPPOLYTE

La retrait' d'Aricie
Qu'elle sorte de moi ! Aricie la sortie !

(On entend une trompette jouer : As-tu connu la putain de Nancy ... )

THÉRAMÈNE

Mais qui vois-je avancer en sa grâce hautaine ?
N'est-ce pas de l'amour la plus pure vision ?
C'est l'ardente sirène, la sirène des reines,
C'est Phèdre au sein gonflé des plus folles passions !

PHÈDRE (entrant avec ses servantes)

Oui, c'est moi, me voici. Tiens, c'est toi Théramène?
Que viens-tu faire ici ?

THÉRAMÈNE

Je venais, souveraine
Vous redire à nouveau mon récit tant vécu.

PHÈDRE

Ton récit je l'connais, tu peux te l'foutre au cul !
À l'écouter encor' j'en aurais du malaise
Il y a trop longtemps que Théramèn' ta fraise !

(Théramène, ulcéré, s'incline et sort. Phèdre voit Hippolyte.)

PHÈDRE

Hippolyte ! Ah ! Grands dieux je ne peux plus parler
Et je sens tout mon corps se transir et brûler !

HIPPOLYTE

Ô rage ! Ô désespoir ! Ô détestable race !

PHÈDRE

Par Jupiter je crois qu'il me trait' de pétasse !

SINUSITE

Laissez-le donc maîtresse, il ne veut point de vous !

PHÈDRE

Et moi j'en veux que j'dis, et j'l'aurai jusqu'au bout !

(À Hippolyte)

N'as-tu donc rien compris de mes tendres desseins ?
T'as-t-y tâté mes cuiss's, t'as-t-y tâté mes seins ?
Ne sens-tu pas les feux dont ma chair est troublée ?

HIPPOLYTE

C'est Vénus tout entière à sa proie attachée !

PHÈDRE

Oui, pour te posséder je me sens prête à tout !
Que veux-tu que j'te fasse ? je suis à tes genoux.
Que n'ai-je su plus tôt que tu étais sans flamme.

HIPPOLYTE

Certes il eût mieux valu que vous l'sussiez, madame…

PHÈDRE

Mais je n'demande que ça !

HIPPOLYTE

De grâc' relevez-vous.

PHÈDRE

Voyons tu n'y pens's pas, je n'peux pas fair' ça d'bout !

HIPPOLYTE

N'insistez pas, madam', rien ne peux m'ébranler.

PHÈDRE

Si t'aim's pas ça non plus, j'ai plus qu'à m'débiner !

HIPPOLYTE

C'est ça, partez, madame, allez vers qui vous aime.

PHÈDRE

Par les breloqu's d'Hercule, je resterai quand même !
Ah ! Que ne suis-je assise à l'ombre des palmiers…

HIPPOLYTE

Et pourquoi donc, madame ?

PHÈDRE

Parc'que là tu verrais
Ce dont je suis capable et ce que je sais faire.
Je connais de l'amour quatre cent vingt-huit manières !

HIPPOLYTE

C'est beaucoup trop pour moi, madame, voyez-vous.

PHÈDRE

Dis, t'es pas un peu dingu' ? Ça s'fait pas d'un seul coup !
Oui je sais distiller les plus rares ivresses.
C'est y vrai, Sinusite et Pet-d'Nonne ?

LES SERVANTES (un peu gênées)

Oui c'est vrai, cher' maîtresse.

HIPPOLYTE

Je ne serais pour vous d'aucune utilité
Je ne suis que faiblesse et que fragilité.

PHÈDRE

On n'te demande rien ! je f'rai le nécessaire,
T'as pas à t'fatiguer, t'auras qu'à t'laisser faire.

HIPPOLYTE

Le marbre auprès de moi est brûlant comme un feu…

PHÈDRE

J'suis pas feignant' sous l'homme et j'travaill'rai pour deux !

HIPPOLYTE

Vos propos licencieux qui blessent les dieux même
Point ne les veux entendre, c'est Aricie que j'aime.

PHÈDRE

Mais de quels vains espoirs t'es-tu donc abusé ?
Aricie est pucelle et n'a jamais…

HIPPOLYTE

Je sais !
Mais c'est cela surtout qui me la rend aimable.

PHÈDRE

Oui mais pour c'qu'est d'la chose elle doit être minable !
Allons, va, n'y pens's plus et sois mon p'tit amant
Tu connaîtras par moi tous les enchantements !

HIPPOLYTE

De grâce apaisez-vous, je me sens mal à l'aise.

PHÉDRE

Viens, pour te ranimer j'te frai Péloponèse !

HIPPOLYTE

Qu'est-ce encor que cela ?

PHÈDRE

C'est un truc épatant !
Ça s'fait les pieds au mur et l'nez dans du vin blanc !

HIPPOLYTE

De tant de perversion tout mon être s'affole.

PHÈDRE

Ben qu'est c'que tu dirais si j'te f'sais l'Acropole.

HIPPOLYTE

Quelle horreur !

PHÈDRE

Comm' tu dis! Mais c'est bougrement bon…
Ça s'fait en descendant les march's du Parthénon !

HIPPOLYTE

Prenez garde, madame, et craignez mon courroux !

PHÈDRE

C'est ça, vas-y Polyte, bats-moi, fous-moi des coups !

HIPPOLYTE

Vous frapper ? Moi, jamais, mon honneur est sans tache.

PHÈDRE

Mais y'a pas d'déshonneur, moi j'aim' ça l'amour vache.
Viens, tu s'ras mon p'tit homme et j'te donnerai des sous.

HIPPOLYTE

Ah ! Que ne suis-je assis à l'ombre des bambous.
Je ne veux rien de vous, mon coeur reste de roche !

PHÈDRE (câline)

Qu'est c'que tu dirais d'un p'tit cadran solaire de poche ?
J'te frai fair' sur mesure un' joli' peau d'mouton
Et pour les jours fériés des cothurn's à boutons…

HIPPOLYTE

Croyez-vous donc m'avoir en m'offrant des chaussures ?
C'est croire que mon cœur du vôtre a la pointure !

PHÈDRE

En parlant de pointure, si j'en juge à ton nez
Ell' doit être un peu là si c'est proportionné !

HIPPOLYTE

Vous devriez rougir de vos propos infâmes
Vous me faites horreur, ô méprisable femme !

PHÈDRE

À la fin c'en est trop ! Mais n'as-tu donc rien là ?

HIPPOLYTE

Madame je n'ai point de sentiments si bas.

PHÈDRE

Les feux qui me dévor'nt ne sont pas éphémères,
Hippolyt' je voudrais que tu me rendiss's mère.

HIPPOLYTE

Ciel ! Qu'est-ce que j'entends ? Madame oubliez-vous
Que Thésée est mon père et qu'il est votre époux ?

PHÈDRE

C'qui fait que j'suis ta mer', c'est pour ça qu'tu t'tortilles ?
Ben comm' ça tout s'passera honnêtement en famille.

HIPPOLYTE

Mais si de cet impur et vil accouplement
Il nous venait un fils, que serait cet enfant ?

PHÈDRE

Puisque je s'rais ta femme en mêm' temps que ta mère
L'enfant serait ton fils en mêm' temps que ton frère.

HIPPOLYTE

Et si c'était un' fill' qu'engendrait votre sein ?

PHÈDRE

Ta fill'serait ta sœur et ton frèr' mon cousin !

HIPPOLYTE

Ah ! Que ne suis-je assis à l'ombre des pelouses…

PHÈDRE

Tu parl's ! Avec c'mond'là, qu'est-c'qu'on f'rait comm' partouzes !

HIPPOLYTE

Assez, je pars, adieu !

PHÈDRE

Ah ! Funèbres alarmes
Voilà donc tout l'effet que t'inspirent mes charmes ?
J'attirerai sur toi la colère des dieux
Afin qu'ils te la coupent !

HIPPOLYTE

Quoi, la tête ?

PHÈDRE

Non, bien mieux !

HIPPOLYTE

Vous êtes bien la fille de Pasiphaé !

PHÈDRE

Et toi va par les Grecs t'faire empasiphaer !
Sinusite et Pet-de-Nonne venez sacré's bougresses
Calmez mon désespoir, soutenez ma faiblesse.

PET-DE-NONNE

Elle respire à peine, elle va s'étouffer.

PHÈDRE

Ben, c'est pas étonnant, j'ai c't'Hippolyt' dans l'nez !
Je veux dans le trépas noyer tant d'infamie
Qu'on me donn' du poison pour abréger ma vie !

SINUSITE

Duquel que vous voulez, d'l'ordinaire ou du bon ?

PHÈDRE

Du gros voyons, du roug', celui qui fait des ronds.
Qu'est c'que vous avez donc à m'bigler d'vos prunelles ?
Ecartez-vous de moi !

(À Hippolyte)

Toi, viens ici, flanelle.
Exauce un vœu suprême sans trahir ta foi,
Viens trinquer avec moi pour la dernière fois.

(Les servantes apportent deux bols.)

À la tienne érotique sablonneux et casse pas le bol !

(Elle boit)

Oh Dieu que ça me brûl', mais c'est du vitriol !

(Hippolyte boit)

Divinités du Styx, je succombe invaincu
Le désespoir au coeur…

PHÈDRE

Et moi le feu au cul !

 

Nous voyons donc que Phèdre, classique s'il en est, est rempli d'inceste, de suicide et de plein d'autres choses que la morale chrétienne réprouve même si ça reste en famille. Faire lire cette tragédie aux élèves de collège ne peut donc que les pervertir et leur faire toucher du doigt des pensées impures.

Mais cela ne doit pas s'arrêter au collège. Souvenez-vous du Club des Cinq, du Clan des Sept ou des Six Compagnons. Quels univers malsains pour des enfants qui savent à peine lire ! Des filles habillées en garçon, une amitié virile, que des choses innommables qui faut censurer à tout prix.

La littérature est donc l'ennemi. Sachant qu'en donnant le goût de la lecture, on donne le goût de la littérature, il n'y a plus qu'une seule chose à faire : empêcher que les enfants attrapent le goût de la lecture. Fantomette, voilà l'ennemi !

Sus à Fantomette !

 

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