Excursion TASSienne

17.01.18 | par Le Grincheux | Catégories: Déclaration de guerre

Vous vous en souvenez sans doute. Ou peut-être ne vous en souvenez-vous pas. À la suite de l'affaire du forcené de Tulle, l'audience du 29 novembre 2017 contre la CIPAV a été renvoyée au mercredi 17 janvier 2018 à 9h00. C'est-à-dire ce matin. Il n'y a pas à dire, que c'est triste, Tulle, le mercredi, avec ou sans Hollande…

Après être passé par la fouille habituelle, je me dirige vers la salle d'audience. À l'ouverture des débats, la salle était remplie d'avocats. Je n'avais encore jamais vu ça, pourtant, j'y ai mon rond de serviette. À l'appel des causes, j'entrevois deux ou trois dossiers dont la hauteur se mesure en mètres linéaires. Cela promet d'être long. Je fais contre mauvaise fortune bon cœur sachant que le président prendra un malin plaisir à me faire passer en dernier. En effet, depuis le temps que nous nous pratiquons, elle commence à se dire qu'il ne faut surtout pas me laisser donner des idées aux avocats. C'est de bonne guerre.

Les affaires sont appelées dans un désordre absolu en fonction des préséances des barreaux. Albi avant Limoges, Brive après Tulle ou Ussel… Une avocate plaide un dossier de libéré en fondant son argumentation sur l'arrêt de la cour de cassation de novembre 2016, lequel impose aux caisses de détailler leurs prétentions. Ce faisant, elle appuie sur la nullité de la mise en demeure, celle de la contrainte qui s'ensuivit et sur le fait que la contrainte fait référence à des mises en demeure qui n'existent pas, en tout cas pas à la date spécifiée. Elle indique au président qu'elle demande au tribunal, comme il se fait régulièrement, une première décision sur la forme avant de plaider le fond. Refus poli parce que cela donnerait trop de travail du tribunal.

J'arrive à dire quelques mots à l'avocate en question qui m'a dit tout le mal qu'elle pensait de ce président, non pour cette affaire en particulier, mais pour son attitude en général. Je n'en écrirai pas plus.

Les affaires passent les unes après les autres. deux avocats, brillants, remettent le représentant de l'URSSAF à sa place. L'un ouvertement, l'autre en se moquant de lui, le flattant avec un certain excès appuyé. Je ne pense pas que du haut de sa suffisance il ait compris le message.

Et nous arrivons à mon tour. La salle était vide. Restaient le président et ses deux assesseurs (dont l'un sans sa médaille), le greffier, l'avocat de la CIPAV et moi. Je n'ai pas le temps de m'avancer à la barre que le président avait déjà donné la parole à mon contradicteur. Or j'étais demandeur, c'était à moi de parler. Mon contradicteur se lance dans une plaidoirie minimaliste. N'ayant pas le choix, je le laisse faire.

Puis vient mon tour de parler. Je demande donc au président si mon contradicteur satisfaisait aux exigences de l'article 124-4 du code de la sécurité sociale. Aux yeux d'un bœuf qui vient de paître du président, je réitère ma question. Inteloquée, elle me rétorque qu'un avocat n'a pas besoin de s'y conformer. Pourtant, je ne parle pas de l'article 416 du code de procédure civile réglant les représentations par les avocats, mais du 124-4 du code de la sécurité sociale qui impose à un prestataire intellectuel, ici un avocat, d'avoir une délégation de marché de la caisse. Faute par mon contradicteur de satisfaire à ce point précis, j'indique au tribunal qu'il devra retirer du dossier toutes les écritures de mon adversaire. Le président note, je ne sais ce qu'il en adviendra.

Je continue en signalant aimablement au tribunal que la CIPAV fonde ses écritures sur l'article R111-1 du code de la sécurité sociale. Or cela ne saurait perdurer puisque la CIPAV est l'une des douze sections professionnelles de la CNAVPL qui est implicitement exclue par cet article de l'organisation de la sécurité sociale. Par ailleurs, afin de savoir à qui je m'adresse puisque la CIPAV refuse de me dire qui elle est, j'annonce au président que j'ai fait ma petite enquête. Un administrateur de la CIPAV m'a en effet écrit que la CIPAV est une association de loi 1901. Or la préfecture de police de Paris où elle a toujours eu son siège est incapable de retrouver une quelconque immatriculation de cette association. Elle me l'a écrit.

Délibéré au 14 février 2018.

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Nouvelle (proposition de) taxe fumeuse

13.01.18 | par Le Grincheux | Catégories: Je hais les politiciens

Cela m'avait échappé. Entre les réveillons de Noël et du nouvel an, il n'y a eu aucune trêve pour les députés cherchant toujours plus comment faire les poches des Français. Un groupe d'experts, rassurez-vous payés par vos impôts, fut réuni et un article fut publié dans un journal. Il y est écrit :

Un groupe d’experts missionné par la ministre des Transports Elisabeth Borne a publié un rapport d’étape dans lequel il envisage la mise en place d’une contribution sur les livraisons à domicile. L’Etat est à la recherche de financements pour réaliser des investissements dans le secteur du transport… et la création d’une taxe sur les livraisons à domicile est une piste à envisager ! Elle est en effet évoquée par le Conseil d’orientation des infrastructures (COI) dans un rapport d’étape publié récemment. Ce groupe d’élus et d’experts a été créé par la ministre Elisabeth Borne afin de préparer la future loi visant à moderniser nos modes de transports. Et pour le COI, "une taxation des livraisons à domicile serait souhaitable".

Vous avez bien lu, elle a osé. Naturellement, évidemment, l'idée ne vient pas d'elle. Elle n'est que le vecteur représentant la voix de son maître.

Ainsi, après les diverses taxes ponctionnées un peu partout entre l'achat de votre ordinateur, la taxe sur les supports de sauvegarde parce que vous pourriez — notez bien le conditionnel — y stocker des fichiers illicites violant les règles du droit d'auteur, les taxes sur les fournisseurs d'accès internet — pour les mêmes raisons —, les diverses taxes sur les télécommunications, celles sur votre téléphone, vous allez encore être taxé pour avoir commandé une simple pizza parce que vous être trop fatigué de travailler sept mois par an juste pour payer d'autres impôts, d'autres taxes, d'autres cotisations et une foultitude d'autres vexations fiscales.

Et malgré cela, le budget a déjà prévu d'emprunter 195 nouveaux milliards d'euros cette année. Ce n'est qu'une prévision qui, naturellement, est largement sous-évaluée.

Bientôt, ces experts vont trouver l'idée de nous faire payer l'air que l'on respire ou les ventilateurs en été sous prétexte que cela donne l'illusion d'avoir un peu d'air frais oubliant combien le gouvernement de son côté, en continuant à nous pomper l'air, ne brasse que du vent.

Je cite encore :

Avec l’essor du e-commerce, le flux de livraison double tous les trois ans. Il souhaite ainsi réduire le volume de celles réalisées au domicile du consommateur car "se développe à profusion un transport de colis sous-optimisé et qui est source de nuisances multiples", peut-on lire dans le rapport d’étape. "L’idée proposée à ce stade est celle d’un signal-prix pour réduire l'attractivité de la livraison à domicile", au profit des relais-colis. Néanmoins, rien ne dit que le gouvernement retiendra cette option. "Sa mise en oeuvre apparaît complexe et nécessite préalablement une étude approfondie", prévient en effet le COI.

Source de nuisances multiples et sous-optimisé. Si ces entreprises sont sous-optimisées, elles disparaîtront comme a disparu Mory une fois qu'elle n'a plus été capable de faire de la croissance externe. Entre temps, certaines fonctionnent très bien et arrivent à payer leurs salariés. Madame Borne, la source de nuisances multiple, c'est vous et vos semblables, c'est vous et vos pseudo experts.

 

 

Fake news

12.01.18 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Je hais les politiciens

Notre actuel président de la république s'est en partie fait élire sur la suppression de la taxe d'habitation. Plus exactement, il indiquait supprimer cette taxe d'habitation sans avouer qu'en plus de l'augmentation de la CSG, il y aurait un impôt de remplacement. Il aurait été avisé de supprimer plutôt la taxe foncière qui n'est qu'un loyer déguisé payé à l'état pour avoir le droit de posséder son bout de terrain, la taxe d'habitation au moins servant officiellement à payer les coûts subis par la collectivité pour le fait d'habiter chez soi.

Lorsque je prétendais que Macron n'était que le digne fils spirituel de Hollande, j'espérais tout de même me tromper. Fichtre non, il est vraiment au top et il sera difficile de faire mieux d'autant que sa rhétorique est très subtile. En même temps et en sens contraire, c'est pareil tout en étant différent voire en pire. L'avantage de cette rhétorique, toutefois, c'est qu'elle colle à tout et à son contraire.

Mais revenons aux déclarations du ministre auprès du ministre de l'intérieur. Jacqueline Gourault a en effet indiqué hier jeudi que la disparition de la taxe d'habitation donnerait lieu à la création d'un nouvel impôt qualifié de plus juste. Pourquoi ne suis-je même pas étonné ? Juste après cette déclaration, elle semblait revenir sur ses propos puisqu'elle intique sur Twitter que « la taxe d'habitation est définitivement abolie et ne sera pas remplacée par un autre impôt. La fiscalité locale sera entièrement repensée. »

Notez bien que la fiscalité locale sera entièrement repensée. S'il n'y aura peut-être pas de nouvel impôt, on pourra vous tondre ou vous saigner en repensant les impôts existants, les collectivités locales ayant besoin de ressources. Le ministre cependant n'a pas été plus précis, « ça doit s'emboîter avec la fin de la taxe d'habitation », a-t-elle simplement fait savoir, soulignant que les discussions ont d'ores et déjà débuté.

C'est bon signe, heureux contribuables que vous êtes.

Mais plutôt que de ponctionner une fois de plus le contribuable français qui est déjà l'un des plus taxés au monde si ce n'est le plus taxé, peut-être pourrions nous commencer à regarder comment les collectivités locales utilisent cet argent. J'ai été pour ma part effaré du dernier conseil municipal de ma commune. J'y ai en effet appris deux choses fort importantes :

  • il y aura un service de transport à la demande pour aller de mon village de 1000 habitants à la sous-préfecture le jour du marché. Il faudra prévenir la veille et le trajet durera deux heures avec un changement de bus au chef-lieu de canton. Départ devant la gare à 7h00 du matin. Ce serait ridicule s'il n'y avait pas à la même gare trois trains qui passent tous les jours dans chaque sens permettant eux aussi d'aller à la sous-préfecture du coin (même à la préfecture du département voisin) ;
  • un budget de plusieurs millions d'euros a été alloué par la communauté de communes pour que les associations du lieu puissent acheter des chapiteaux pour leurs événements festifs. Jusqu'à présent, un chapiteau était partagé entre deux villages, mais il faut à chaque village le sien, c'est plus convivial. Soit les associations ont un besoin et elles se le paient, soit le besoin n'existe pas ou le nombre d'adhérents est insuffisant et elles n'en ont pas besoin. Nulle nécessité de gaspiller de l'argent public sous prétexte de subventions dont une partie vient de l'état français et une autre de l'Union Européenne, 20% restant à la charge de la commune, ce qui pour une commune dont les finances sont à l'os est déjà beaucoup.

Mais revenons à cette d'hypothèse d'un impôt en lien direct avec le territoire. Le grand débat est de savoir si on passe d'un système où les collectivités demandent une part d'un impôt national ou si on conserve des impôts locaux qui sont prélevés sur une assiette définie et avec des taux qui sont fixés. Le ministre semble être partisant de la seconde option.

 

Lettre ouverte au(x) cuistre(s) qui nous gouvernent

10.01.18 | par Le Grincheux | Catégories: Je hais les politiciens

J'écris cuistre, mais à la réflexion, je me demande s'il ne s'agit pas de crétins absolus. En tout état de cause, ces imbéciles sont des nuisibles qu'il serait bon d'empêcher de nuire plus longtemps. Il y a des pays en voie de développement. Il en est, comme la France, en voie de sous-développement et la classe politique dans son intégralité n'y est pas étrangère.

En effet, la république en marche, c'est une connerie par jour à tel point que cela nous ferait presque regretter Hollande, l'autre pays du chômage.

Hier, c'était la réduction à 80km/h de la vitesse sur le réseau secondaire. Je rappelle à toutes fins utiles qu'Emmanuel Macron, durant la campagne présidentielle, s'était ouvertement déclaré contre. Je cite :

En France, les vitesses sont "impaires" : 30, 50, 70, 90, 110, 130, écrit le candidat. Cela participe de leur lisibilité […] Je suis naturellement favorable, dès lors que les conditions de danger l'imposent, à abaisser la vitesse à 70. Mais abaisser en section courante la vitesse à 80 interrogerait l'ensemble de l'édifice.

Mais que faire d'autre lorsqu'on n'a plus d'argent pour entretenir le réseau ? Je me souviens, lorsque j'ai passé le permis il y a presque trente ans, qu'il était facile de conduire la nuit. Il y avait des bandes blanches sur les routes principales, visibles, elles étaient en bon état. On pouvait aussi conduire la nuit en feu de croisement, les catadioptres rendant la route parfaitement visible. Aujourd'hui, les feux sont devenus blancs avec une prime d'éblouissement aux phares xénon, il faut rouler avec les phares pour avoir une idée de l'endroit où l'on met les roues même dans certaines agglomérations tant le revêtement est dans un état déplorable et qu'il faut deviner où se trouve le bord de la route.

Au lieu de cela, on limite la vitesse de circulation. Tout le monde sait que cela va éviter les 1500 morts en ville où, a priori, personne n'est censé rouler à plus de 50 km/h. Tout le monde sait que cela va éviter aux gens de conduire sous l'emprise d'alcool, de médicaments ou de stupéfiants. Tout le monde pense que cela évitera aussi à certains inconscient de faire marche arrière dans des virages sans visibilité, ou plus simplement de couper les mêmes virages.

À titre personnel, je conduis depuis presque trente ans et j'ai plusieurs centaines de milliers de kilomètres à mon actif même dans des pays très mal éduqués en terme de conduite comme l'Arabie Séoudite. En presque trente ans, j'ai eu trois accidents. Deux accidents à vitesse réduite, l'un lorsqu'une brave dame est sortie d'un stationnement pour faire demi tour devant moi, le deuxième sur une route de montagne où une greluche se croyant seule a coupé un virage sans visibilité lorsque j'arrivais. Le troisième sans tiers grâce à un garagiste qui m'a imposé de mettre des pneus neufs à l'avant d'un véhicule, ce qui m'a permis de faire plusieurs beaux tête-à-queue le même jour dont l'un s'est achevé dans la pile d'un pont de la SNCF. Jamais la limitation de vitesse à 80 km/h n'aurait évité ces accidents.

Pire, conduire en ville relève aujourd'hui d'un parcours du combattant. Les rues pas forcément très larges sont maintenant affublées de bandes cyclables. Entre les vélocipèdes et autres bicyclettes souvent à contresens, les gens qui ouvrent leurs portières en stationnement n'importe comment, les panneaux et autres feux cachés derrières des fourgons en stationnement et maintenant les piétons à qui il faudra laisser la priorité dès lors qu'ils sont en regard du passage piéton et non plus engagés, ne pas commettre d'infraction répréhensible relèvera d'une gageure. D'ailleurs, parmi les cyclistes accidentés tous les ans, pourrait-on connaître le nombre de ceux qui l'ont été sur des bandes cyclables à contresens ? Je n'ai pas réussi à trouver ces statistiques.

Plutôt que de payer le changement de tous les panneaux de limitation de vitesse dont le code de la route nous apprend qu'il en faut un tous les cinq kilomètres, le gouvernement aurait été avisé d'utiliser cet argent pour entretenir les routes. À moins que le dessein profond soit d'augmenter la manne de plus de 900 millions d'euros des procès verbaux établis par les photomatons qui poussent au bord des routes comme les champignons après la pluie. Mais je suis mauvaise langue, notre charmant premier ministre ayant signalé que le coût du financement des nouveaux panneaux sera entièrement financé par l'état. Débile, d'où crois-tu donc que provient l'argent avec le quel tu te gaves et avec lequel tu paies tes mesures ineptes ?

D'autant qu'il y a comme un biais dans le raisonnement. L'étude suédoise affirmant que chaque réduction de 10 km/h de la vitesse conduit automatiquement à une réduction des morts de 4% est maintenant connue comme bidonnée. Les études faites en France ne sont pas publiques parce que les résultats ne sont pas aussi bons et représentatifs qu'ils devraient l'être d'autant plus que cette réduction de vitesse s'est accompagnée d'une réfection des routes sur les mêmes tronçons. Le Danemark qui avait lui aussi limité la vitesse à 80 km/h s'est rendu compte que l'expérience était contre-productive et vient d'augmenter la limitation de vitesse à 90 km/h. Naturellement, ces gens n'ont rien compris et, une fois encore, la France, ce phare de la modernité, a raison contre le reste du monde.

Mais il ne faudrait pas croire que cette mesure débile est la seule que le gouvernement a dans ses tuyaux. Il s'agirait plutôt de l'arbre qui cache la forêt et lorsqu'on parle de cela, on évite de parler des autres sujets. Et pourtant, il y en a. Dans les mesures déplorables figurant dans les cartons se retrouve une petite perle. En effet, les politiciens français, du haut de leur magistère universel, se croient autorisés et capables de « repenser le capitalisme » (sic, jamais je ne me serais permis une telle formule), un système que l'humanité a mis des siècles si ce n'est des millénaires à raffiner.

J'avoue, j'hésite entre le rire et les larmes de désespoir et de colère. Qu'ils essaient déjà de réduire le chômage endémique à notre économie suradministrée pour commencer. S'ils y arrivent, ils pourront s'attaquer à repenser le capitalisme.

Non, ils veulent tout simplement repenser le capitalisme. Cela fleure bon le gouvernement en marche vers la démagogie, le ridicule achevé et la petite brouette de réglementations, instabilités et insécurités juridiques aussi inutiles que nuisibles pour l'économie française, mal français s'il en est.

Ce ne serait pas si grave s'ils connaissaient le capitalisme. Cela permettrait un début de réflexion. Mais ils ne le connaissent pas et l'abhorrent de toute façon de tout leur cœur. Ils vont tout au plus repenser le socialisme, seule chose qu'ils connaissent et que leurs esprits étroit arrivent à imaginer sans trop de peine.

Il y a en effet en France une maladie chronique et incurable consistant à vouloir aprioriser toute forme d'initiative individuelle ou entrepreneuriale estimant qu'elles ne peuvent s'inscrire que dans une ligne pensée préalablement par un état omniscient. Cela n'est pas récent, souvenez-vous du commissariat au plan. Ce formatage culturel dénit à l'homme libre, donc à l'entreprise, toute responsabilité pour forger son propre destin. Pire, il est à la base de tous nos maux et régressions depuis 1945 puisqu'il a inhibé toute prise de risque susceptible de déplaire aux règles imposées par l'état, ceux qui voulaient s'y soustraire ayant souvent compris rapidement qu'il valait mieux partir vers des cieux plus cléments.

Mais revenons à cet n-ième pet de l'esprit du gouvernement en marche. Il existe un principe médical que ce gouvernement devrait bien appliquer : primum non nocere. Pour ceux qui n'ont pas eu la chance d'user leurs fonds de culottes en classe de Latin, cela peut se traduire par d'abord, ne pas nuire. Pourtant, en matière de nuisance, le projet de Nicolas Hulot qui se profile à l'horizon est un modèle. Je rappelle à toutes fins utiles que Nicolas Hulot est un autodidacte, photographe et animateur d'émission de télévision spécialisée dans le crash d'engins volants mal identifiés. À ce titre, n'étant absolument pas juriste, il serait inspiré de faire preuve d'un peu plus de modestie intellectuelle tant le sujet touché est sensible.

La question à laquelle notre juriste au pieds tendres veut répondre est celle de savoir comment il convient de définir une entreprise. Cette question métaphysique, pourtant, trouve sa réponse dans le code civil français (articles 1832 et 1833). Elle est même simple et succinte. Les esprits chafouins préntendront qu'elle est lapidaire.

Ces réponses sont apportées par les articles 1832 et 1833 que je cite in extenso :

Article 1832

La société est instituée par deux ou plusieurs personnes qui conviennent par un contrat d'affecter à une entreprise commune des biens ou leur industrie en vue de partager le bénéfice ou de profiter de l'économie qui pourra en résulter.

Elle peut être instituée, dans les cas prévus par la loi, par l'acte de volonté d'une seule personne.

Les associés s'engagent à contribuer aux pertes.

Article 1833

Toute société doit avoir un objet licite et être constituée dans l'intérêt commun des associés.

L'article 1832 définit donc de manière simple, apolitique et sans idéologie l'entreprise. L'entreprise appartient à des personnes qui décident de s'associer pour créer des choses ensemble. Ce faisant, ils en partageront aussi bien les profits que les pertes.

L'article 1833 quant à lui indique qu'une société doit avoir une activité légale. Il est donc interdit de revendre de la viande humaine sur le marché ou des esclaves même en vie et d'un seul tenant. Ceux qui pensaient ouvrir un service « les Putes Bleues » c'est-à-dire un service téléphonique permettant de commander un ou une prostitué(e) en trente minutes au bas de chez soi y seront pour leurs frais.

Il est intéressant de signaler que le législateur, dans sa grande sagesse, avait décidé d'avoir une définition minimaliste de l'entreprise, ce qui permettait à la loi de réaliser les ajustements nécessaires. Or si on apprend insidieusement en ce début d'année 2018 que le gouvernement a confié une mission baptisée « entreprise et bien commun » à Jean-Dominique Senard, actuel patron de Michelin, et à Nicole Notat, ex-secrétaire générale de la CFDT, c'est bien Nicolas Hulot qui avait ouvert le feu le 11 décembre dernier lors d'une visite au Medef où il avait déclaré que :

L'objet social de l'entreprise ne peut plus être le simple profit, sans considération pour les femmes et les hommes qui y travaillent, sans regard sur les dégâts environnementaux.

Antoine Frérot, PDG de Véolia, lui emboîte le pas, ayant quant à lui déclaré qu'« [il] souhaiterais qu'il soit rappelé quelque part dans la loi tout ce qu'une entreprise apporte, et qu'elle ne sert pas seulement les intérêts des actionnaires et des patrons. Elle est d'intérêt général ».

Macron, Philippe, Hulot, Frérot, les nouveaux marxistes encore plus marxistes que Marx lui-même ! Ces gens-là refusent de comprendre qu'une entreprise est par essence privée. Je leur souhaite bien du plaisir lorsqu'il faudra expliquer aux investisseurs étrangers, dans notre monde ouvert, que leurs entreprises en France sont d'intérêt général. Par ces déclarations, nous sommes dans l'imposture intellectuelle la plus crasse et l'idéologie la plus débile du politiquement correct sirupeux consistant à transformer les entreprises en associations d'utilité générale.

Or une entreprise n'est qu'une société visant à permettre à des intérêts privés de s'épanouir et de créer de la valeur, même si la loi vient, par certaines interdictions, réduire le champ de liberté des entrepreneurs. Elle ne s'en prive pas puisqu'il suffit pour s'en convaincre de regarder le nombre de normes, de règlements tellement complexes qu'ils étouffent la croissance et l'envie d'entreprendre et donc au bout du compte, la croissance économique.

Il faudrait que tous ces responsables politiques comprennent une bonne fois pour toute que la définition d'une entreprise n'a rien à voir avec les solidarités que nous souhaitons tisser au sein d'une nation. Il s'agit de deux choses totalement différentes et le gouvernement se prépare à commettre une erreur terrible en succombant à l'idéologie car il n'y a que dans des pays marxistes que l'on souhaite changer l'objet et la définition d'une entreprise en expliquant qu'elle est d'intérêt général, ce qui revient de fait à nationaliser l'ensemble de l'économie.

Chose étrange dans un monde ouvert et que notre gouvernement veut d'ailleurs de plus en plus ouvert, ce même gouvernement veut aller vers une solution juridique totalement hallucinante. Il n'y a pas à dire, la vie à deux, c'est mieux, devenez schizophrène.

Souvenez-vous pourtant, ce n'est pas la première fois que ce genre de débat a lieu, même dans un passé récent. France Stratégie (payée par vos impôts) avait déjà pensé à nationaliser les biens immobiliers de tous les Français. Le gouvernement ne fait qu'un pas de plus en s'apprêtant à nationaliser toutes les entreprises de France en expliquant à tous les petits entrepreneurs de ce pays, à tous nos commerçants, à tous nos artisans, à toutes nos TPE, PME et PMI, qu'ils sont d'intérêt général.

Il y a juste un biais dans le raisonnement. La propriété privée des moyens de production implique le droit implicite aux bénéfices ou aux pertes privés. Le gouvernement n'aime peut-être pas cette idée-là, mais tous les idéologues de tous les pays qui ont essayé autre chose ont lamentablement échoué dans un océan de misère pour un ensemble de raisons qui sont des constantes universelles :

  • le risque enduré est personnel ;
  • le travail acharné est personnel ;
  • la souffrance est personnelle ;
  • les batailles juridiques sont personnelles ;
  • les impôts, taxes et autres vexations fiscales et sociales sont personnelles (à ce titre, il faut être complètement fou ou ne pas avoir le choix pour créer une entreprise en France).

C'est ainsi. Cela l'a toujours été, n'en déplaise au gouvernement français.

Quant aux aspects environnementaux chers à notre ministre d'état, il serait bon de cesser l'hypocrisie ambiante. Je commencerai pour ma part à croire à l'écologie et aux politiques dites environnementales lorsqu'elles seront utilisées à d'autres fins qu'au capitalisme de connivence ou à l'augmentation de la pression fiscale. J'y croirai lorsque nous cesseront d'évoluer dans un système de consommation de masse fondé sur une production de masse. Je ne plaide pas pour la décroissance, mais pour la production et la réparation de matériel de qualité évitant la pollution de masse générée par les appareils irréparables, soit physiquement, soit économiquement. Aujourd'hui, la protection de l'environnement n'est qu'un prétexte de plus pour taxer les gens et cela devient plus une religion détestable qu'une réalité. Pour ces aspects environnementaux, nul besoin de changer la définition de l'entreprise sauf à prendre les français pour des imbéciles. C'est une évidence qu'il faut énoncer.

Vous pensez que j'en ai terminé ? Même pas. je vous ai signalé plus haut que la république en marche, c'est au moins une connerie par jour. On pourrait même croire qu'il s'agit du Parti Socialiste 2.0.

Nous avons ainsi eu quelques saillies sur une loi anti fake. C'est amusant et inutile mais cela occupe. La loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 traite déjà de ce sujet et il ne doit pas être une prérogative d'un juge, dans un état de droit, de dire en référé ce qui est vrai de ce qui est faux. Sans cela, il est fort propable que l'affaire Cahuzac ou d'autres affaires n'auraient jamais été rendue publique. Que l'on applique déjà la loi en l'état avant de se lancer dans une législorrhée aiguë.

Et la dernière pour la route : il est urgent de modifier les soldes en réduisant leur durée et en rajoutant des jours par ci par là en cours d'année.

Il est vrai qu'il n'y a rien de plus important à faire.

 

Failles matérielles de processeur

07.01.18 | par Le Grincheux | Catégories: Je hais l'informatique, Pignoufferies de presse

La presse vient d'annoncer la découverte de deux failles dans les processeurs de type x86 (principalement Intel et ARM Cortex-A même si d'autres AMD et Power semblent aussi concernés). Il s'agit des exploits Spectre et Meltdown.

Il faut noter que les processeurs les plus touchés, les x86 d'Intel et les ARM Cortex-A n'ont a priori rien à voir entre eux. Par ailleurs, les ARM Cortex-A sont fabriqués par des fondeurs différents et il n'y a là aussi aucune raison que des processeurs sortis de deux usines de fondeurs différents soient affectés par hasard des mêmes dysfonctionnements.

Il y a quinze ans, j'avais écrit un papier sur l'évolution des processeurs qui concluait sur la nécessaire production de ce genre de faille en tant qu'effet de bord de l'évolution forcenée. En effet, les fondeurs se sont livré des batailles sur le front des consommations électriques et des fréquences tout en gardant les erreurs de jeunesse de leurs processeurs pour raisons de compatibilité.

Ainsi, les processeurs ARM et x86 possèdent des ABI étranges pour ne pas dire totalement moisies. Non seulement, elles embarquent des bugs de compatibilité (ah, le bug de la ligne A20 du 8086 ! Qu'est-ce qu'il nous aura ennuyé, celui-là !), mais pour des raisons tout aussi historiques, les instructions n'ont pas de format fixe. Ces instructions de format variable sont issues des différentes générations des processeurs CISC. Or un processeur CISC n'aime pas monter en fréquence. Pensez donc au processeur VAX qui comprenait je ne sais plus combien de formats de flottants et embarquait même un type de liste chaînée ! Il est illusoire de prétendre réussir à traiter toutes les instructions de manipulation de ces données en un nombre identique de cycles d'horloge, ce qui revient à dire que les pipelines sont très compliqués à rendre efficaces, les instructions courtes ayant tendance à les vider. D'autre part, les branchements et sauts qui sont efficacement traités par un processeur RISC — traitement des deux branches en parallèle et élagage de celle qui ne doit pas être exécutée, ce qui est rendu possible par une nombre fixe de cycles par instruction — se traduit par des contorsions de la logique et des suppositions du processeurs quant à la branche qui aura le plus de chance d'être la branche à exécuter.

Les x86 et les ARM sont devenus de vrais maîtres en la matière. Non seulement les instructions sont de formats variables (pour des raisons différentes, historiques pour les x86 et d'occupation mémoire pour l'ARM), mais ils doivent aussi fonctionner à de hautes fréquences en consommant le moins possible. Et si possible en ayant des instructions s'exécutant en un nombre de cycles pas trop différents de l'une à l'autre pour ne pas pénaliser les pipelines.

Ces contraintes aboutissent à l'utilisation de prédiction de sauts, d'exécution out of order et à une logique interne délirante si on veut la définir entièrement. Or un automate entièrement défini est très complexe et le nombre de cellules en cascade interdit souvent une montée en fréquence, ce qui fut le problème majeur lors de la conception des processeurs Alpha. Typiquement, l'ajout d'une simple condition de test peut réduire la vitesse de fonctionnement d'un facteur non négligeable en raison des simples délais de propagation entre portes logiques. La question que se sont posés les fondeurs est donc de savoir s'il était intéressant d'utiliser une machine entièrement définie ou s'il n'était pas plus légitime d'utiliser des états indéterminés sachant que ces états, en fonctionnement normal, ne seraient jamais atteints. Plus exactement en espérant que ces états ne seront jamais atteints. Or nous en sommes là, il est possible d'atteindre certains de ces états, ce qui conduit les processeurs à des états étranges et à des perméabilités entre espaces mémoires qui ne devraient jamais se voir.

Ce ne serait que risible si l'écosystème informatique entier n'était pas atteint de dégénérescence. En effet, il y a encore quelques années, il existait plusieurs architectures concurrentes. Je ne citerai que les Sparc/Sparc64, Power, PowerPC, MIPS, ARM, x86, IA64, AXP… Aujourd'hui, l'immense majorité des machines est conçue pour des raisons de coût autour des processeurs x86 (Intel ou AMD, je ne sais pas s'il existe encore d'autres fondeurs de x86) ou ARM appauvrissant d'autant les systèmes. Il reste bien quelques niches pour les Sparc, Power(PC) et MIPS, mais elles sont de plus en plus petites.

Je me souviens qu'il y a quinze ans, tout le monde me disait que les x86 étaient l'avenir parce qu'ils étaient moins chers et fonctionnaient plus vite. Certes, mais à quel prix ? Où en sommes-nous aujourd'hui ? En électronique, il est simplement impossible d'avoir le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la crémière. Le croire ne conduit qu'à des catastrophes industrielles. On ne peut pas avoir un processeur aussi complexe qu'un x86/amd64 sans en accepter la face cachée, les coupes sombres dans la logique interne. Je me rappelle aussi qu'on me rétorquait que les Sparc et autres Alpha étaient chers parce que Digital et Sun vendaient trop chers leurs processeurs vis à vis des coûts de conception et de fabrication. Le seul problème, c'est qu'ils en valaient le prix. DEC, avec ses équipes d'ingénieurs de haut vol, sortait un processeur tous les trois ou quatre ans, refusant de le sortir en cas de défaut. Intel sort de nouveaux cœurs tous les six mois à un an. Et on se retrouve avec des bugs à la noix depuis le Pentium et son fumeux bug FDIV.

Mais le monde de l'informatique n'a encore rien compris. Il faudra une catastrophe majeure pour qu'il se rende compte de ses bêtises.

Entre temps, les fondeurs aternatifs, tout au moins ce qui existent encore, ont une carte à jouer.

 

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