Madame le Ministre, vous êtes indécente

19.06.13 | par Le Grincheux | Catégories: Je hais les politiciens

Oui, Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, c'est à vous que je m'adresse ce matin. Je n'ai pas pu appeler le standard de la matinale de France Inter étant dans les transports, mais je puis vous dire que le cœur y était. J'ai simplement laissé un message écrit, je ne sais pas à l'heure où j'écris ces lignes s'il est passé à l'antenne.

Vous êtes indécente puisque vous ne parlez que du secteur public et du privé, dichotomie chère aux penseurs de gauche, facile et rassurante. Cette vision est un peu manichéenne, il y aurait les bons qu'il faut protéger et les méchants que l'on peut ponctionner à l'envi. Sachez madame le ministre qu'il y a actuellement plus de deux millions et demi de travailleurs non salariés en France, soit dix pourcents des emplois selon l'INSEE (source). En continuant d'opposer le public au privé, vous éludez la question pourtant cruciale des travailleurs non salariés et des multipensionnés. Balayer d'un revers de main une telle question est indigne d'un gouvernement qui se veut de gauche, d'une part parce que cela revient à donner une valeur intrinsèque différente aux différents statuts des travailleurs et d'autre part parce qu'en faisant cela vous jetez les travailleurs non salariés dans les bras des caisses de retraites privées qui gèrent des retraites dites « Madelin ». Il faut dire à leur décharge qu'ils n'ont pas réellement le choix.

Plutôt qu'un long discours, je vais vous parler de chiffres. Vous avancez une retraite de 1500 € pour un fonctionnaire de catégorie B qui gagne 2400 € en pleine activité. Vous vous êtes rattrapée aux branches en signalant qu'il s'agissait de 2000 € de traitement et de 400 € de primes. Très bien, pourquoi ne pas inclure les primes dans le calcul de la pension. Mais dans ce cas, il faut aussi inclure ces primes dans le calcul des cotisations retraites. Vous avez cru bon de dire qu'un salarié du privé touchait lui aussi 1500 €, justifiant par là une sortie d'égalité de traitement devant la retraite. Certes, mais le taux de cotisations du public et du privé n'ont strictement rien à voir parce que statutairement, la pension d'un fonctionnaire est un salaire d'activité différé, principe de pension qui date de la création du statut du fonctionnaire en France, cela ne nous rajeunit pas. Dans ces conditions, parler d'égalité voire d'équité me laisse pour le moins perplexe. Vous seriez un homme, je penserais que vous avez étudié chez les jésuites et qu'il en reste quelque chose mais vous n'avez même pas cette excuse-là.

Quant aux travailleurs non salariés qui sont généralement aussi des multipensionnés, ces dix pourcents de travailleurs qui ne descendront jamais dans les rues parce qu'ils n'en ont ni les moyens ni le temps, vous les ignorez crânement. Non seulement ces travailleurs ne coûtent rien à la société puisqu'ils n'ont droit ni à une assurance chômage ni à une quelconque prévoyance, mais ils cotisent à fonds quasiment perdus à des caisses de retraites qui ne leur donneront que des cacahuètes dans le meilleur des cas.

Je ne vais pas parler dans le vague, je vais parler à titre personnel. Étant actuellement en activité, j'ai des revenus confortables, bien au delà de ceux du travailleur non salarié médian. Rassurez-vous, le fisc, l'URSSAF, les caisses de retraite, le RSI et tous les autres organismes de collecte divers et variés savent parfaitement me trouver et me le font savoir très régulièrement. Je déclare donc bon an mal an un peu plus de 100 000 € HT de chiffre d'affaire, ce qui fait qu'une fois toutes mes charges payées, il me reste grosso modo 60 000 € de revenu avant impôt sur le revenu, ce qui me place parmi le haut du panier des revenus français. Depuis pas loin de vingt ans que je travaille, j'ai cotisé à l'ARCO, à l'AGIRC, à l'IRCANTEC et dans une caisse de retraite de travailleurs non salariés que je ne citerais pas ici, ce serait lui faire trop d'honneur d'autant que, depuis que je me suis déplacé dans ses locaux pour résoudre un problème ubuesque en tapant du point sur la table, je suis rassuré, je sais enfin à quoi servent mes cotisations. Je ne sais pas si vous voyez bien de quoi je veux parler…

Mais revenons au calcul de ma potentielle retraite. En cumulant l'ensemble des droits acquis ARCO, AGIRC et IRCANTEC et la projection de ma caisse actuelle, je pourrai partir à taux plein à l'âge de 68 ans avec une retraite selon le système actuel de 9000 € bruts annuels. Vous avez bien lu, un 9 et trois 0, sur une année et bruts. La projection est donc optimiste. Et encore, je n'ai droit à ces 9000 € que parce que je cotise en tant que travailleur non salarié dans la tranche immédiatement supérieure à celle de mes revenus comme la loi me l'autorise. Je vous laisse donc imaginer ce qu'un petit commerçant ou un artisan qui peinent à gagner 15000 à 20000 € bruts annuels arrivent à toucher lorsqu'ils prennent leurs retraites.

Il y a donc deux problèmes de fond. Le premier est que je vais devoir travailler jusqu'à 68 ans. Si intellectuellement je suis toujours en forme, pourquoi pas ? Mais je devrai continuer en tant qu'indépendant sous peine de voir encore une fois une autre caisse de retraite intervenir dans le calcul. Il faudra donc que je continue à côté de mon vrai travail, celui qui me donne effectivement un revenu, de chercher des clients, de faire ma comptabilité, de gérer les peaux de bananes d'organismes aussi incompétents que le RSI ou l'URSSAF, de me battre pour recouvrer mes factures, en un mot que je continue à travailler une bonne soixantaine d'heures par semaine.

Parler d'égalité dans ces conditions, voire d'âge légal de départ à la retraite, est une vue de l'esprit. La position est indigne, que dis-je, indécente de la part d'un ministre de plein exercice. La question n'est pas d'allonger la durée de cotisation, la question n'est pas d'augmenter les taux de cotisation, la France étant malade entre autre de ses impôts, la question est d'avoir le courage politique de réformer un système à bout de souffle, réforme qui aurait dû être menée depuis le début des années 1980, date à laquelle tous les démographes ont commencé à tirer la sonnette d'alarme sur le système français des retraites. Depuis 1980, rien ne s'est passé, il y a certes eu des réformettes, mais qui n'ont consisté qu'à déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Le seul système viable à terme est la retraite à points. Chacun part quand il le veut avec les points qu'il a acquis. On ne parlerait plus d'âge légal, on pourrait même traiter du même coup les régimes spéciaux et les emplois dits pénibles en modulant le montant des cotisations nécessaires à l'octoi d'un point. Mais de cela, il n'en est pas question, la politique du gouvernement étant faite à la petite semaine en fonction des sondages d'opinion.

 

Antisèche

17.06.13 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvais esprit

Ce matin, la seule nouvelle vraiment réjouissante que nous avons pu entendre sur les ondes était que se tiendrait à partir de 8h00 l'épreuve de philosophie du baccalauréat 2013. Tous les ans, c'est un peu pareil, après le festival de Cannes et Roland-Garros, et juste avant le tour de France, a lieu cette épreuve emblématique qu'est la dissertation de philosophie.

Lorsque je vois la puissance de raisonnement de certains de mes contemporains, je me dis que s'ils ont réussi à avoir le bac, ce n'est que parce que l'épreuve de philosophie n'est pas éliminatoire et qu'il n'y a vraiment pas matière à an faire un foin. Et encore, je ne leur demande pas d'épeler Kierkegaard qui ne mériterait pas un tel outrage.

Et l'on a entendu le couplet sur la lutte contre la fraude, sur le fait que dans certains pays le candidat a droit à ses cours, ses manuels, voire un accès internet durant l'épreuve parce qu'il doit aussi valider le fait de savoir effectuer une recherche sur internet.

En France, le candidat est un gros gâté puisqu'il n'a droit ni à ses manuels, ni à utiliser son téléphone portable pour poser une question à un ami, ni à sa calculette dont on pourrait raisonnablement se demander ce qu'il en ferait lors d'une épreuve de philo, ni même à un accès internet et que la chasse aux fraudeurs ne fera pas de quartier puisqu'il y a maintenant des détecteurs de téléphones portables allumés. Avec une centaine de ses détecteurs sur l'ensemble des salles d'examen, je trouve le ministère un peu laxiste, mais au moins, les candidats peuvent encore dans notre beau pays aller passer cet examen habillés. Tout le monde ne peut pas en dire autant.

En effet, la Chine, pays moderne s'il en est, vient d'interdire dans certains centres d'examen du nord-est du pays faisant passer le gaokao, l'équivalent de notre baccalauréat, les soutiens-gorge pour éviter la fraude.

Fig. 1 : ceci n'est pas un soutien-gorge, c'est une antisèche chinoise

Là où cette décision frise le sublime, c'est que le législateur chinois n'a pas interdit tous les modèles de soutiens-gorge. Il n'a mis à l'index — si j'ose dire — que les modèles contenant des baleines métalliques. Rien n'est dit sur les éléments de lingerie sans armatures ou avec des baleines non métalliques. Je pensais naïvement que ces sous-vêtements étaient interdits pour éviter que des antisèches antiques en papier y fussent glissées. Même pas, sinon, il n'aurait été fait aucune distinction entre les soutiens-gorge contenant des baleines en métal et les autres.

Pour ne pas vous laisser sur votre faim, j'ai un peu enquêté pour comprendre le pourquoi du comment. Pour prévenir l'utilisation d'outils de triche électronique, les centres d'examen de la province du Jilin, dans le nord-est de la Chine, ont été munis de détecteurs de métaux tellement sensibles qu'une baleine de soutien-gorge les active. Rien n'est dit quant aux fermetures éclair de pantalon. En tout cas, les autorités n'ont pas demandé aux candidats de venir sans fermeture éclair. À l'heure où la Chine décide de lutter efficacement contre la fraude, notre centaine de détecteurs de téléphones portables en salles d'examen fait vraiment pâle figure. Mais après tout, on a les ambitions que l'on peut.

 

Chapeau bas

13.06.13 | par Le Grincheux | Catégories: Grincherie en panne

Il ne sera pas dit que je ne fais que râler.

Je suis l'heureux possesseur d'une Citroën XM (après être passé par les GSA, 2CV, BX et autres DS, les vraies). Cet engin est équipé comme toute bonne Citroën qui se respecte d'un circuit à haute pression utilisant du LHM, un liquide hydraulique minéral verdâtre et gras.

Sur les 1500 derniers kilomètres parcourus, l'engin m'a tout de même consommé pas loin de deux litres de ce liquide, liquide qui fuyait allègrement à l'arrière du garde-boue avant gauche et qui terminait sur le sol du garage, de la route, bref, par terre. Deux litres, ce n'est pas rien.

Ce liquide servant entre autre pour le circuit de frein, j'ai essayé de prendre rendez-vous à la succursale qui jouxte mon garage, c'est-à-dire celle de Paris-République. Le téléphone sonnait dans le vide, pourtant, j'ai essayé plus d'une fois. Enfin, c'est assez cohérent avec mes autres expériences de cette succursale. Entre les travaux qu'on ne demande pas qui sont effectués et facturés sans accord préalable, entre le fait que le standard vous demande de rappeler parce qu'il y a un pot en cours pour je ne sais plus quelle raison et les délais d'attente monstrueux pour avoir un rendez-vous pour une simple vidange, j'avoue toujours avoir été un grand chanceux qui s'est promis de ne plus les déranger qu'en cas de gros problème. Celui-là en était un.

Ne réussissant pas à les contacter, j'ai donc pris rendez-vous à la succursale de Pantin où j'ai mes habitudes depuis qu'ils n'ont pas réchigné à effectuer une réparation sur mon T2350. Pantin, ce n'est pas très loin, et grâce aux aménagements de Delanoë permettant de fluidifier le trafic, il ne faut plus guère qu'une bonne heure le matin pour faire les cinq kilomètres m'en séparant. Je laisse donc mon véhicule hier matin et, hier soir, quelle ne fut pas ma surprise d'avoir un coup de téléphone de la part de la succursalle Citroën de Pantin. Ce n'est pas le coup de fil qui m'a surpris, de leur part, j'y étais habitué. Ce qui m'a en revanche surpris, c'était son contenu. On me disait qu'un mécanicien avait démonté tout ce qu'il fallait pour inspecter l'intégralité du circuit hydraulique sans trouver la moindre fuite ni même le moindre suintement.

Admettons. Je n'ai jamais eu de problème avec la qualité de leur travail, je ne vois pas pourquoi j'irais mettre en doute le fait qu'aucune fuite n'ait été trouvée. Effectivement, hier matin, en arrivant à Pantin, je n'avais pas constaté le suintement habituel.

Je récupère donc ce matin mon engin en me demandant à quelle sauce j'allais être mangé parce qu'une inspection du circuit hydraulique avec démontage du pare-boue et de tous les caches pour accéder à l'intégralité du circuit, il y en a au bas mot pour deux heures de travail. Je n'ai payé que la recharge de la climatisation que j'avais demandée, le chef d'atelier ayant indiqué qu'à partir du moment où la cause de la fuite n'avait pas pu être identifiée, cela n'ouvrait pas droit à facturation d'autant qu'il ne savait pas si le problème perdurait.

Je veux bien admettre que je fasse entretenir mes véhicules dans cette succursalle. Mais il faut tout de même constater que je vais plus volontiers les faire entretenir à la campagne (d'ailleurs chez Renault, le garage Citroën du coin n'étant pas très commerçant outre le fait que son patron a un sacré poil dans la main !). Je suis donc un client fidèle mais pas très régulier. Rien n'obligeait le garagiste à me faire cadeau des deux heures de travail.

C'est assez rare pour être noté, surtout en région parisienne.

 

Les limites de la démocratie

12.06.13 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Je hais les politiciens

Depuis l'affaire Clément Méric, je m'interroge sur les limites de la démocratie. Donner le pouvoir au peuple est certes louable, mais l'hypothèse sous-jacente qui n'est que rarement évoquée est que ce peuble va déléguer ce pouvoir à des hommes dont les actions seront bénéfiques au bien commun. Or jamais n'est évoqué dans nos démocraties le fait que la somme des intérêts particuliers ne recouvre que rarement l'intérêt général.

Nous en avons encore eu un exemple criant ce matin.

En effet, Jean-Marc Ayrault vient de lancer les procédures de dissolution des groupuscules d'extrême droite nationaliste responsables de la mort de Clément Méric. En même temps, il vient de gagner six points dans les sondages. Comme la semaine passée n'ont été médiatisées que l'augmentation des impôts sur le revenu par la modification du quotient familial et cette douloureuse affaire, il est assez facile de déduire qu'une bonne partie de cette embellie est due à sa prise de position contre l'extrême droite nationaliste en général et le groupe de Serge Ayoub en particulier.

Or l'immense majorité des électeurs a peur de la peste brune et est intimement convaincue que la violence de l'extrême droite nationaliste est dangereuse alors que celle d'extrême gauche trouve sa justification dans celle de l'autre camp et, qu'une fois l'extrême droite fascisante rentrée dans le rang, la violence d'extrême gauche s'éteindra d'elle-même. C'est un peu simpliste et très mal connaître cette mouvance. Mais comme des spécialistes auto-proclamés de ces deux extrêmes en ont parlé dans le poste, cela doit être vrai. En d'autres termes, l'électeur voulait entendre que soient demandées les dissolutions des groupuscules d'extrême droite nationaliste. On les lui a données sur un plateau. Comme l'électeur est instinctif, il a trouvé cela très bien, même s'il n'y avait aucune raison de ne pas dissoudre aussi les groupuscules violents de l'autre bord, même si cela était totalement contre-productif. En effet, les groupes en question ont déjà annoncé qu'ils renaîtraient sous un autre nom. Ce sont les services de renseignement qui vont être contents puisqu'ils vont devoir refaire un travail déjà fait et sabordé par le gouvernement.

L'information parcélaire donnée par des media qui vont de plus en plus à la facilité n'aide pas à éduquer l'électeur. Une information, aujourd'hui, est aussi vite annoncée qu'elle est oubliée. Les enquêtes poussées permettant une information réelle n'existent plus et sont remplacées par des reportages vite consommés qui n'apportent pas l'éclairage nécessaire au citoyen. Comme en même temps le temps électoral a été raccourci passant du septennat au quinquennat, nous sommes en perpétuelle campagne électorale et la politique ne se fait plus qu'en fonction des sondages d'opinion. Ainsi, en ajoutant à la dictature des sondages d'opinion la mauvaise information du citoyen donc de l'électeur, nous obtenons la situation délétère que nous vivons depuis quelques années. Quelles que soient les décisions à prendre, seules celles qui froisseront le moins la majorité des électeurs seront prises. L'exécutif ne cherche plus à savoir si une décision est bonne ou mauvaise à long terme, mais si elle permet à sa cote de confiance de monter dans le prochain sondage. Son horizon est celui de la semaine, au mieux, celui de la prochaine élection, même si cette élection n'a rien à voir avec les décisions prises. Il cherche à flatter tous les intérêts particuliers des électeurs et refuse de s'attaquer à un problème d'intérêt général dès lors que celui-ci contrarie les intérêts particuliers de ses électeurs. La future réforme des retraites risque fort d'être bien en-deça de ce qu'il faudrait faire en raison du conflit latent entre intérêts général et particuliers. À l'heure où il faudrait mettre tout le monde autour d'une table pour enfin réformer durablement notre système des retraites, chaque syndicat commence à tirer la couverture à lui. Le gouvernement ne fera donc rien contre les régimes spéciaux dont une grande partie est indue, ne s'attaquera pas au problème des retraites dans la fonction publique ou au cas des multipensionnés, ne réformera pas le statut de la retraite des professions libérales ou des artisants qui ne descendront pas dans les rues. En revanche, si la CGT cheminot commence à manifester, il est fort possible que le gouvernement la satisfasse au moins en partie quitte à pour cela ponctionner d'autres travailleurs un peu plus pour peu qu'ils soient minoritaires.

Le principe même des élections rapprochées est donc mauvais et nuisible à la démocratie. Si l'on excepte la solution ultime du despotisme éclairé, ne restent plus que deux solutions. Redonner du temps pour avoir une réelle respiration démocratique en empêchant à un élu de faire deux mandats consécutifs, ce qui nous permettrait de sortir de la dictature des sondages conduisant à traiter les affaires du pays à l'affect, ou tout simplement tirer au sort nos représentants, ce qui au vu de la capacité d'analyse de certains ne serait pas forcément un mal.

 

Vendeur d'encre

11.06.13 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Je hais l'informatique, Je hais les financiers

Il y a longtemps que cela nous pendait au nez, cette fois, c'est la bonne. Hewlett-Packard a annoncé hier, 10 juin 2013, la fin d'OpenVMS. J'espère que, de là où ils sont, messieurs Hewlett et Packard ne voient pas ce qui se trame.

Après avoir depuis les années 1990 renoncé à la fabrication d'appareils de mesure, de calculatrices de poche fiables — ma 28S fonctionne toujours après vingt-quatre ans de bons et loyaux services alors que mes deux 48 ont rendu l'âme sur des problèmes de clavier et que les plus récentes sont ouvertement en plastique toc —, après avoir sabordé l'architecture HPPA et tué l'Alpha sans aucune raison valable si ce n'est de les avoir remplacés par l'aberration technique qu'est l'Itanium, voilà que HP s'attaque au fer de lance de ses systèmes d'exploitation. Vous me direz qu'il y a eu des développements du côté de HP-UX. Oui, mais simplement parce que HP-UX était en concurrence frontale avec Linux et qu'il fallait bien faire quelque chose. Mais la mort de HP-UX n'est qu'une question de mois.

Outre HP-UX, Hewlett-Packard développe, ou devrais-je dire développait, Non Stop et OpenVMS. Je n'ai jamais touché Non Stop, en revanche, j'ai eu l'occasion de pratiquer et d'administrer OpenVMS. Il me reste même un AlphaServer 800 chez moi, ma PWS500 étant maintenant au paradis des calculateurs. À bien des points de vue, ce système d'exploitation était un chef d'œuvre. Stable, solide, sécurisé, logique, sachant se faire oublier, tout ce qu'on attend d'un système d'exploitation. Mais aujourd'hui, j'admets qu'il est un peu vieillot. Pourquoi vieillot ? Parce que depuis le rachat de DEC par Compaq puis celui de Compaq par HP, rien n'a été fait pour promouvoir ce système et le faire vivre. HP a préféré vivre sur les licences du parc installé en se moquant ouvertement de ses clients dont j'étais. Depuis 2009, le développement étant devenu trop cher, il a été envoyé en Inde avec les fabuleux résultats que l'on a pu voir, comme OpenVMS 8.4 sur Alpha tout juste installé dont le SSHD.EXE provoque une violation d'accès lors d'une connexion entrante (et dont la correction tant qu'à faire nécessitait un contrat de support) ou dont le support de la carte graphique de la console est aléatoire, empêchant par là toute mise à jour de licence dès lors que la licence Motif a expiré. Des logiciels non testés envoyés dans la nature, sans aucun doute du grand art et tout ce qu'il faut pour fusiller un produit.

Je ne pleurerai pas sur HP-UX lorsqu'il tombera dans les oubliettes de l'histoire tant ce système est mauvais et ne tient pas la comparaison face à un autre Unix, au hasard Solaris voire Linux. En revanche OpenVMS était un cran au dessus avant que HP ne l'accapare pour le tuer. Si dans le monde Unix, il est facile de trouver des volontaires pour développer un système d'exploitation à la mode Unix, il est très difficile de faire la même chose sous OpenVMS. Les utilisateurs ne sont pas des bidouilleurs, sont en moyenne plus âgés (on n'arrive pas dans le monde VMS aujourd'hui dans son premier boulot) et ont moins de temps à consacrer à l'écriture d'un système d'exploitation. FreeVMS est pour ces raisons encore dans les limbes et risque fort de le rester longtemps.

La question est maintenant de savoir vers quoi vont être portés toutes les applications écrites depuis trente-cinq ans et utilisant des possibilités qui n'existent pas dans le monde Unix. HP n'en a cure et cette entreprise montre une fois de plus que l'utilisateur n'est pas son principal souci. En revanche, le consommateur l'est. On ne devrait jamais faire confiance à un marchand de soupe, pardon à un vendeur d'encre, surtout lorsque l'on veut faire un travail sérieux.

$ @SYS$SYSTEM:SHUTDOWN.COM

 

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