Lettre ouverte à Jean-Marc Ayrault

10.06.13 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Monde de merde, Je hais les politiciens

Monsieur le Premier Ministre,

Je prends la plume à la suite de discussions que j'ai pu avoir ici et là depuis jeudi dernier. Je la prends d'autant plus volontiers que la récupération d'un sordide fait divers par des hommes politiques de toutes obédiences est scandaleuse. Un peu de décence ne nuirait pas. Cela ne changera pas grand'chose à ce qui est en train de se passer mais le millier de lecteurs qui passe ici tous les jours a autant le droit de savoir ce que je pense que la France a le droit de savoir ce que vous pensez, d'autant plus que vous le faites devant des journalistes.

Sauf erreur de ma part, vous étiez le premier à vous insurger lors de la dernière législature lorsque le gouvernement de l'époque réagissait à chaud, dans l'urgence, guidé par l'émotion. Vous aviez parfaitement raison, l'émotion ne doit jamais gouverner. Tout au moins elle ne le devrait pas, les affaires de la France sont trop sérieuses pour être montées en spectacle.

Et que faites-vous depuis un an ? Exactement ce que vous refusiez au gouvernement précédent. Il est vrai que vous étiez dans l'opposition. Votre action politique est intimement dictée par des symboles, par une émotion facile, quitte à ce que ces symboles soient contreproductifs. Outre le mariage pour tous qui a bloqué le parlement durant de longs mois alors que le ministère de la justice avait certainement des choses à traiter plus importantes et vitales pour l'économie, outre un refus de refonte de la fiscalité sur le long terme qui n'a pas empêché trois lois de finance rectificatives en 2012 et qui n'a rien arrangé d'une part à l'exil fiscal et d'autre part aux finances calamiteuses de l'état, vous vous trouvez maintenant acculé par l'Union Européenne à une impossible réforme des retraites parce que l'opposition à laquelle vous apparteniez a toujours refusé une quelconque réforme intelligente acceptée par l'ensemble de la représentation nationale. Permettez-moi de vous dire que je suis assez content que cette réforme vous échoie même si je sais par avance que vous ne toucherez pas ou très peu aux régimes spéciaux dont la plupart ne se justifient plus et que vous ne parlerez pas des régimes des multipensionnés. La seule réforme valable serait une retraite à points pour tout le monde avec un seul statut (donc un alignement du public sur le privé) et quelques dérogations pour quelques métiers réellement pénibles (sapeurs-pompiers, conducteurs de poids-lourds…). Je ne sais pas pourquoi, mais je sens qu'aucun des problèmes de fond de notre système des retraites ne va être mis sur la table.

Vous avez touché le fond samedi matin. Nous étions le 8 juin 2013. Vous avez cru bon de demander la dissolution du groupuscule d'extrême droite dont l'un des membres avait donné un coup mortel à Clément Méric. Je ne sais pas quelle idée a pu vous passer par la tête ou a pu germer dans la tête de l'un de vos conseillers. Je vous croyais assez intelligent pour esquiver cet écueil et éviter une récupération politique indigne d'un Premier Ministre en exercice. Je vais donc revenir sur les faits.

Mardi soir se tenait une vente privée dans un appartement de la rue de Caumartin à Paris. Dans cette vente privée se sont croisées deux bandes rivales, l'une d'extrême droite nationaliste à tendance fascisante et l'autre d'extrême gauche activiste et pas vraiment pacifique. Les deux bandes rivales en sont arrivées aux mains et Clément Méric en est mort. Il s'agit d'un fait divers tristement ordinaire même si, la plupart du temps, ce genre de bataille rangée se trouve plus facilement dans le quartier de la Gare du Nord.

La mort de Clément Méric est inqualifiable, absurde. Quelles que soient ses idées, il ne méritait pas d'en mourir, mais elle est malheureusement banale. Le responsable doit être sévèrement puni, mais il doit être puni en fonction de ce qu'il a fait et non de ses opinions politiques. Il s'agit d'une bataille de rue ayant dégénérée. Il a été victime d'une violence malheureusement commune et il est presqu'heureux que ce soit un activiste d'extrême gauche qui soit mort et non un activiste d'extrême droite. Cela vous a permis de demander la dissolution du groupe d'extrême droite. Qu'auriez-vous fait si le mort avait été l'un des activistes d'extrême droite ?

La violence n'est pas bonne parce qu'elle est d'extrême gauche et n'est pas mauvaise lorsqu'elle est d'extrême droite. La violence est toujours mauvaise puisqu'elle n'appelle en retour que la violence. Clément Méric est mort parce que deux bandes rivales voulaient en découdre, les idées politiques n'étant ici qu'un alibi. À bien y regarder d'ailleurs, les idées du premier groupe ne sont pas si différentes de celles du second. Je pèse mes mots car j'ai eu l'occasion de passer mercredi soir rue de Caumartin et voir les camarades de Clément Méric, crânes rasés, foulards sur le nez, appeler à la vengeance m'a laissé sans voix pour des gens que les certains media ont présentés comme de gentils pacifistes. Vos services de renseignement ne peuvent ignorer ce que j'ai pu, ainsi que de nombreux passants, voir.

Si vous décidez de dissoudre le groupuscule d'extrême droite nationaliste, vous devez aussi dissoudre le groupe d'extrême gauche. Visiblement, cela n'est pas à l'ordre du jour. Par ailleurs, ce n'est pas parce que vous décrétez cela devant des caméras de télévision que la justice vous donnera raison. La dissolution d'un groupe politique ne se fait pas encore par le fait du prince, et si je suis le premier à combattre les idées véhiculées par Serge Ayoub, nous sommes encore dans un état de droit.

J'ai tout entendu pour justifier la violence des activistes de gauche. J'ai même lu que leur violence est justifiée par la résistance française qui a pris les armes contre l'occupant allemand durant la seconde guerre mondiale, ce qui est tout de même une sérieuse réécriture de l'histoire. D'une part, aujourd'hui, la démocratie française n'est pas en danger et l'ensemble de la populations des extrémistes de tous bords n'excéde pas les 10000 individus (plus vraisemblablement 4000). Ils ne représentent qu'eux, il n'y a pas d'envahisseurs et pas d'envahis. Et d'autre part, la résistance française à l'occupant allemand était faite intelligemment. Elle n'allait pas casser les dents des soldats ennemis parce qu'elle savait que c'était contre-productif, qu'on ne luttait pas contre un envahisseur en l'affrontant directement. Elle était aussi bien plus ouverte politiquement.

Dans cette affaire, il serait de bon ton de ne pas prendre parti. Rien ne justifie aujourd'hui la violence de rue, ce qui ne signifie pas que je défends les uns ou les autres. Ces deux extrémismes sont dangereux et il convient de les combattre, mais les combattre par les poings ne sert à rien. Cela n'aboutira qu'à légitimer leur propre violence et les transformer en martyrs. Il faut au contraire les surveiller étroitement, condamner toute dérive en portant leurs actions illégales devant les tribunaux et il y a matière. En décrétant qu'il faut dissoudre l'un des groupes, vous vous aliénez le fait de pouvoir les surveiller en sapant tout le travail effectué par vos services de renseignement. Cela ne les empêchera pas de renaître avec un faux nez.

Par ailleurs, le tapage médiatique fait autour de cette affaire permet de cacher les dérives des antifas le 10 mai dernier à Rennes, comme permet d'éclipser une affaire à peu près similaire qui s'est tenue à Reims la semaine passée. La mort de Clément Méric doit être supérieure à celle d'un élève ingénieur des Arts-et-Métiers. Sans doute parce qu'il ne militait pas dans les mêmes groupuscules.

Mais ce n'est pas grave. Vous en faites un symbole et votre électeur sera peut-être content. Cela lui fera oublier un temps les autres problèmes de la France.

 

Le mail qui rend fou

08.06.13 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvais esprit

Le semaine dernière s'est tenu un salon dans lequel le laboratoire qui m'emploie actuellement tenait à montrer son savoir-faire. Comme il nous était impossible d'installer tout notre démonstrateur sur place, il nous est venu à l'esprit une idée tordue, à savoir utiliser une petite caméra pour montrer ce que notre système permettait de faire à distance.

J'ai donc installé une petite caméra IP dans le show room du laboratoire. J'ai bien dit une petite caméra, pas une caméra de surveillance. Sa résolution est faible, son optique est une optique en cul de bouteille et sa focale est relativement longue. Par ailleurs, il n'y a aucun enregistrement d'image.

Cette caméra qui est effectivement placée dans le hall d'entrée d'un immeuble ne voit qu'une estrade pleine d'équipements de mesure et une fontaine commandée à distance. En aucun cas elle ne voit les entrées et sorties de cet immeuble ou le personnel qui pourrait passer dans le hall. Les seules personnes qui pourraient être vues sont celles qui seraient amenées à monter sur cette estrade ou à se camper devant la fontaine. J'ajoute que cette caméra a été installée au vu et au su de tout le monde, qu'il a été annoncé que cette caméra ne les filmait pas, preuves à l'appui, et que personne ne nous a opposé d'objection.

C'était compter sans les syndicats qui ne rateront jamais une occasion de se faire entendre et qui ont remonté l'affaire jusqu'à la direction.

Le courriel suivant est le dernier que j'ai reçu à ce propos. Il reprend tous les échanges précédents. Naturellement, j'ai enlevé tous les éléments permettant d'en identifier les auteurs.

Je vous laisse seuls juges.

De : Le Grincheux
Envoyé : vendredi 31 mai 2013 14:56
À : chef de projet
Objet : TR: Demande d'autorisation installation caméra

J’espère que tu comprendras mon silence et tout le poids de mes sous-entendus.

De : chef de projet
Envoyé : vendredi 31 mai 2013 14:23
À : membres du laboratoire
Objet : TR: Demande d'autorisation installation caméra

!!! On atteint des sommets !

De : chef du laboratoire
Envoyé : vendredi 31 mai 2013 14:21
À : membres du laboratoire
Cc : membres de la direction
Objet : TR: Demande d'autorisation installation caméra

Voici la réponse.

Cela me semble un peu court pour les délais demandés.

Si vous maintenez votre demande, il faut que l’on se voit pour l’établissement du dossier.

Cordialement

Chef du laboratoire

De : directeur administratif
Envoyé : vendredi 31 mai 2013 14:15
À : chef de laboratoire
Objet : TR: Demande d'autorisation installation caméra

Bonjour,

Question complexe : 10h34

Réponse : 14h11

Je pense que l’on peut parler de délai satisfaisant…

Maintenant reste à mettre en « musique ».

Cordialement

Le directeur administratif

De : juriste spécialiste
Envoyé : vendredi 31 mai 2013 14:11
À : équipe de juristes
Objet : RE: Demande d'autorisation installation caméra

Bonjour,

1-         La mise en service ne peux et ne doit ce faire qu’ après une déclaration CNIL et préfecture  CERFA n° 13806*1 + CERFA n° 13806#1(annexe).

2-        À chaque entrée de la zone filmée il faut installer un panneau avec la mention de zone sous vidéo.

3-        Si cette camera est en « espace privé entreprise » elle ne doit en aucun cas filmer le poste de travail.

4-        Comme indiqué sur le mail ci-dessous il faut signaler aux instances (IRP et CHSCT) que cette camera est à titre provisoire et que les images ne sont pas enregistrées.

5-        Si la camera filme la voie publique il faut monter un dossier d’autorisation en préfecture idem point 1.

6-        Pour le salon, tout dépend de la zone filmée mais de toute façon il faudra signaler la zone aux personnes circulant dans la zone.

Restant a votre écoute pour tous renseignements complémentaires.

Cordialement

Le juriste spécialiste.

De : équipe de juristes
Envoyé : vendredi 31 mai 2013 13:34
À : directeur administratif
Objet : RE: Demande d'autorisation installation caméra

Bonjour M. le directeur administratif,

Je pense que sur ces aspects du droit à l’image lié à la sûreté, le mieux placé pour te répondre est le juriste spécialiste à qui je fais suivre ton mail.

Bon WE

De : directeur administratif
Envoyé : vendredi 31 mai 2013 13:13
À : équipe de juristes
Objet : TR: Demande d'autorisation installation caméra

Bonjour

Je sollicite mes experts, afin d’avoir un avis éclairé sur la question et que je puisse répondre à mon client…

Cordialement

Directeur administratif

De : chef du laboratoire
Envoyé : vendredi 31 mai 2013 10:34
À : directeur administratif
Objet : TR: Demande d'autorisation installation caméra

Bonjour,

Pouvez-vous me donner la procédure à suivre pour obtenir une autorisation administrative et juridique pour répondre à cette demande.

Je vous remercie par avance

Cordialement

Chef du laboratoire

De : responsable du démonstrateur
Envoyé : jeudi 30 mai 2013 16:34
À : chef du laboratoire
Objet : Demande d'autorisation installation caméra

Bonjour M. le chef du laboratoire,

Dans le cadre du démonstrateur, nous souhaitons installer une caméra pour pouvoir faire des démonstrations depuis l’extérieur du laboratoire.

Conscient que cela puisse poser problème d’un point du vue du droit à l’image, je me demandais néanmoins si nous pouvions trouver une solution ensemble pour mener à bien notre projet.

La solution que nous envisageons dans un 1er temps est d’informer par une pancarte la présence de la caméra pour que les personnes ne soient pas prises par surprises tout en précisant bien que celle-ci ne filme pas l’entrée du bâtiment mais les équipements avec une vue plongeante (pour éviter de filmer les visages) et que les images ne sont pas enregistrées.

Nous avons effectué un test et voici le résultat de la vue souhaitée :

Ndlr : ici, une photographie tout à fait explicite montrant ce que voit cette caméra.

NB : Nous pourrions d’ailleurs mettre ce visuel sur la pancarte pour mieux informer les personnes.

Aujourd’hui la caméra est mise hors service et nous attendons votre feu vert pour la réactiver sachant que nous souhaitons pouvoir l’utiliser lors du salon.

Cordialement,

Responsable du démonstrateur

Je vous laisse imaginer la suite. De vues à distance, il n'y en au aucune. Le dossier n'est pas encore bouclé et le salon est terminé.

 

Les deux oncles

07.06.13 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Je hais les politiciens

Un jeune anti-fasciste est mort hier dans la matinée après avoir été tabassé par une troupe de skinheads. Que n'a-t-on entendu depuis. Tous les hommes politiques auraient pu retourner chacun sept fois leur langue dans la bouche plutôt que de tenter la récupération de ce sordide fait divers. Fait divers, oui, je pèse mes mots quitte à recevoir des volées d'insultes.

J'ai décidé d'écrire ce papier à la suite de l'éditorial de Thomas Legrand ce matin sur Inter signalant que l'extrémisme de gauche n'est pas l'extrémisme de droite, qu'il ne faut pas les renvoyer dos à dos, et que, dit-il, si l'un de ses enfants était un extrémiste, il préférerait qu'il soit de l'extrême gauche. Thomas Legrand est seul responsable de ses paroles et a le droit de prendre position. Après tout, c'est la raison d'être d'un éditorialiste. En revanche, il nous avait habitué à bien plus d'objectivité et de profondeur de réflexion.

Je ne suis pas d'extrême droite, je ne défends personne, j'ai de la peine pour la famille de la victime, mais la mort en martyr d'un antifasciste d'extrême gauche ne me rend pas ces groupuscules d'extrême gauche plus sympathiques. En effet, il est vain de combattre un extrémisme par un autre extrémisme d'autant que ces deux extrémismes sont assez semblables. Il est d'ailleurs assez amusant de constater que les antifas en question sont issus des red skinheads, se présentent crânes rasés et adoptent les mêmes codes vestimentaires que les skinheads avec lesquels ils se sont battus rue de Caumartin mardi soir.

Quelle est au fond la différence entre un militant d'extrême gauche radicale et un militant d'extrême droite tout aussi radicale ? Il paraît que tout les oppose. J'ai personnellement comme un doute d'autant que je suis passé hier par hasard rue de Caumartin et que j'ai pu entendre de mes propres oreilles des appels très clairs à la vengeance. Ces appels venaient de groupuscules dont on peut penser raisonnablement qu'ils appartenaient à la mouvance dans laquelle gravitait la victime.

La différence est assez ténue. L'extrême gauche veut aboutir par la révolution à une société totalement égalitaire avec un partage total de la richesse et a défini pour cela un certain nombre d'ennemis que sont les représentants de la finance, du capital — encore que je n'arrive pas à savoir si elle arrive réellement à faire la différence entre ces deux notions — et de l'ordre établi en général dès que l'on touche à l'anarco-syndicalisme. Pour cela tout est bon. L'extrême droite, quant à elle, veut arriver à un genre de socialisme nationaliste. Pour cela, elle cherche à éliminer ses ennemis que sont l'étranger — enfin, celui qui ne pense pas comme elle —, le déviant ou le libéral, le militant syndicaliste de gauche ou tout autre ennemi désigné par le chef. Toute latitude quant aux moyen. La seule différence réelle entre ces deux extrêmes est qu'à droite se trouve une touche de nationalisme qui ne se retrouve pas à gauche où l'on est plus internationaliste. Quant au reste…

J'ai essayé de débattre hier avec un idéologue d'extrême gauche. Il s'en trouve, mais je vous avoue que j'ai déjà eu des discussions plus intéressantes avec des poteaux télégraphiques. Cela m'a permis de comprendre quelques points qui m'échappaient encore. Lorsqu'on est d'extrême gauche, on représente le bien parce qu'on veut une société égalitaire. On représente le bien parce qu'on est les seuls à faire le coup de point contre les fascistes. Lorsqu'on n'est pas d'extrême gauche, on n'a aucune légitimité pour être antifasciste et on n'a qu'à fermer sa gueule. Je résume un peu le ton de l'échange, mais c'est assez proche de ce que j'ai entendu hier soir. Pire, le fait de vouloir le bien pour des gens qui ne demandent rien légitime toutes leurs actions allant du tractage de rue aux opérations coup de poing. Je rajouterais ici en passant par les attentats puisque j'ai l'âge de me rappeler les années 1970, temps bénis en Europe des groupuscules d'extrême gauche.

Pourtant, il existe des antifascistes qui ne sont pas d'extrême gauche. Il existe des gens qui n'ont d'amitié pour aucun des deux extrêmes. Cela ne leur empêche pas d'être actifs. La réponse est toujours la même : ces groupuscules antifascistes ne contiennent que des gens d'extrême gauche. Cela justifie d'un point de vue leur position actuelle, mais tant que ces groupes seront avant tout d'extrême gauche avant que d'être antifascistes, il n'y aura parmi leurs membres que des gauchistes extrêmes, un modéré n'ayant rien à y faire. La lutte contre l'extrême droite ou l'extrême gauche ne peut passer par le coup de point parce que ces deux extrêmes l'appellent de leurs vœux. Tous ces groupuscules sont formés et prêts à cela. Aujourd'hui, les uns ont un martyr à défendre, les autres ont trouvé un ennemi bien identifié à combattre. Les deux sont plus forts qu'hier.

Combattre ces groupuscules ne peut se faire que sur le plan des idées. Les gens qui se retrouvent dans ces mouvements y recherchent plusieurs choses qu'ils ne retrouvent pas ailleurs, entre autres :

  • une nouvelle famille ;
  • un programme politique simple voire simpliste. Taper sur les fachos ou les gauchos, c'est assez rassurant pour des cortex imbibés de bière tiède ;
  • une figure paternelle rassurante ;
  • un prétendu idéal facile à imaginer et assez facile à imposer par la force ;
  • un effet de meute pour se donner du courage et justifier par la masse une idée politique qui masque ses propres doutes et ses propres carences de raisonnement…

En ce sens, ce n'est que la discussion et l'intransigeance des idées qui pourra arriver à battre ces groupuscules, certainement pas le combat de rue ou la dissolution de ces mouvements qui renaîtront d'ici quelques mois sous une forme ou sous une autre.

Mais revenons aux récupérations des politiques. J'ai honte pour eux. Comme à son habitude, Mélenchon a fait du Mélenchon et je ne vais pas m'étendre sur ses déclarations qui n'en valent vraiment pas la peine. À l'extrême droite comme à la droite extrême, on a pu entendre quelque chose du type ce n'est pas nous, c'est les autres. Copé a trouvé le moyen de dire qu'il fallait dissoudre tous ces groupuscules, de gauche comme de droite. Tous y sont allés de leur petite phrase. J'ai même entendu que l'extrême gauche n'a, contrairement à l'extrême droite, jamais tué personne en France. Je viens donc d'apprendre au choix que les membres d'Action Directe étaient de gentils révolutionnaires totalement pacifiques ou qu'ils n'étaient pas d'extrême gauche. C'est sans doute pour cela qu'il se considéraient non comme des détenus de droit commun mais comme des prisionniers politiques.

Il ne faut pas dissoudre ces mouvements puisque c'est le seul moyen que l'état a à sa disposition pour les surveiller. Les dissoudre seraient les ériger en victimes et les rendre plus virulents encore, ils n'attendent que cela. Il ne faut pas non plus présenter les antifas comme des anges idéalistes. On ne va pas exciter une bande de skinheads sans avoir une idée derrière la tête. La mort de ce jeune militant est un drame, tout le monde a fait des bêtises à son âge et je ne suis pas en train de défendre les skinheads, mais aller titiller du skinhead en les traitant de fachos n'était pas la chose la plus intelligente de sa journée. Cela n'excuse en rien la rixe qui s'ensuivit.

Ce qui me surprend surtout, à la réflexion, c'est l'absence de profondeur de raisonnement des idéologues d'extrême gauche dans cette affaire. On ne peut combattre le fascisme par des coups de poing. C'est totalement contre-productif. On ne peut combattre ce fascisme que par un combat d'idées et ces idées ne peuvent provenir de l'autre extrême car il est vain de vouloir lutter contre un extrême par un autre extrême. On a vu ce que cela a donné dans les années 1930 où l'Europe a laissé faire l'Allemagne qui, luttant contre le communisme, lui semblait un bon rempart contre Staline.

Seuls les modérés ont la légitimité pour combattre les extrêmes, encore faut-il qu'ils le fassent intelligemment. La récupération par le premier secrétaire du Parti Socialiste ou par le président de l'UMP me laisse entendre que ce n'est malheureusement pas pour demain. Les groupuscules d'extrême gauche comme d'extrême droite ont malheureusement encore de beaux jours devant eux.

Mourir pour des idées, oui, mais de mort lente. C'est bien plus efficace à tous points de vue.

 

Gaymardages

31.05.13 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Je hais les politiciens

Nos hommes politiques sont vraiment impayables. Après les tentatives de faire payer l'accès aux classes préparatoires aux grandes écoles pour permettre une meilleure mixité sociale (sic) et non pour casser la dernière chose qui fonctionne encore à peu près dans l'éducation nationale, après le mariage pour tous qui était la seule chose nécessaire au redressement de l'économie de notre beau pays, après la refondation de l'école qui n'augure rien de bon, voici que l'opposition rajoute son grain de sable dans la gueule du débat qui n'en avait nullement besoin.

Vous souvenez-vous d'Hervé Gaymard ? Non ? Comme c'est dommage. Lui, en tout cas, se souvient de vous. Hervé Gaymard est un gentil membre de l'UMP, ancien ministre, qui est aussi l'auteur d'un rapport attendu et très documenté sur le prix du livre en général et des livres numériques en particulier. Non seulement il a écrit ou fait écrire ce rapport, mais il a aussi soumis une proposition de loi sur l'exploitation numérique des livres anciens — et donc assez rapidement introuvables au moins à des prix décents — qu'il a agrémentée d'une joli lettre au ministre de la culture Aurélie Filippetti si d'aventure elle n'avait pas tout compris à la première lecture de sa proposition de loi. Il est vrai qu'avec les ministres de la culture, on ne sait jamais. On a tout de même eu Jack Lang et Frédéric Mitterrand. Ça laisse des traces.

Je cite sa prose avec des guillemets que j'ouvre avec des pincettes :

Alors que le développement du marché du livre numérique mobilise l'ensemble des acteurs, soucieux à juste titre d'une répartition équitable des profits, se développe depuis plusieurs années un nouveau marché de l'occasion qui enrichit tous les acteurs à l'exception notable des auteurs et des éditeurs, pourtant les premiers concernés.

Hier marginal et cantonné aux vide-greniers et aux bouquinistes, le marché de l'occasion représente aujourd'hui plus de 42 % des ventes de livres, et ses acteurs, Amazon, Priceminister, la FNAC ou Ebay touchent des commissions sur chaque vente et sont soumis pour partie à la TVA.

Au contraire, ceux qui ont créé et édité les livres vendus ne perçoivent aucun bénéfice de cette exploitation et voient même leur chiffre d'affaires amputé de recettes non négligeables.

À l'heure actuelle, pour les achats de livre sur les sites de la FNAC ou d'Amazon par exemple, l'occasion est systématiquement proposée à côté du produit neuf. Dans le secteur des jeux vidéo, plus de la moitié des jeux sont achetés d'occasion. Or selon qu'un ouvrage est vendu ou revendu, les acteurs de la transaction diffèrent fortement. Ainsi, dans le cas de la vente d'occasion, seuls le libraire, le site, le vendeur et l'État, dans une moindre mesure, touchent un pourcentage. Face au développement de cette vente d'occasion, les créateurs, les auteurs et les éditeurs sont donc fortement pénalisés.

Les premiers sont en effet privés d'une part non négligeable de leurs droits d'auteur et les seconds voient baisser significativement leurs ventes moyennes, rendant leurs coûts de création de plus en plus difficiles à amortir. Si cette pratique n'est pas réglementée en faveur des propriétaires des œuvres, c'est tout le secteur de l'édition qui, à l'instar de l'industrie du disque face au téléchargement illégal, est menacée.

Face à cette situation, l'instauration d'une contribution sur les ventes et les achats d'occasion, à l'image de ce qui se fait déjà pour les prêts en bibliothèque ou pour les œuvres photocopiées, pourrait constituer une solution simple et équitable permettant de sauver la création. Cette contribution, imputable également aux ventes d'occasion de jeu vidéo, permettrait de donner aux éditeurs les moyens de pérenniser l'emploi en France et, ainsi renforcés, de participer à la compétition internationale et au rayonnement de la culture française à l'étranger. Il souhaiterait donc que lui soient précisées les mesures envisagées sur ce sujet par le Gouvernement.

Je vous propose donc une traduction libre pour bien fixer les idées de ceux qui ne comprendraient pas encore la langue fleurie de nos chers politiques dans le texte.

Chère Aurélie,

Tu  sais sans doute que j'ai écrit plusieurs livres qui, s'ils n'ont pas réellement été des échecs cuisants, n'ont pas vraiment été des succès, sans doute parce qu'ils se revendent d'occasoin sous le manteau, me privant ainsi de potentiels revenus confortables. Je ne vois pas d'autres explications tant ils ont été salués par mes copains de parti. Comme je n'ai quasiment rien touché en droits d'auteur, je te demande d'instaurer de toute urgence une contribution obligatoire sur les transactions des livres d'occasion. Sur mes livres, accessoirement sur ceux des autres, cela se verra moins.

Ainsi, chaque auteur disposerait d'une rémunération à chaque fois que l'ouvrage serait vendu. Tu me diras qu'il est impossible de taxer plusieurs fois le même bien pour la même chose, mais après tout, il suffirait d'imaginer que l'achat d'un livre se transforme en genre de location de longue durée.

Par ailleurs, en cassant le marché du livre d'occasion, puis le marché de l'occasion en général — pourquoi en effet ne pas instaurer une taxe sur les objets vendus dans les vide-greniers ? —, j'espère que tu contribueras dans la joie et la bonne humeur à l'appauvrissement culturel des français qui, en ces temps de crise, n'ont pas d'autre choix que de passer par le marché de l'occasion, appauvrissement culturel que tu sais nécessaire et indispensable à ma réélection future.

Gros bisous baveux.

Quelle sera avec de tels raisonnements la prochaine étape ? J'ai trouvé il y a quinze jours dans un marché aux puces une authentique chignole de Peugeot Frères. Pas l'espèce de batteur à œufs fabriqué en Chine à pas cher, non, la vraie, capoté à deux vitesses, avec des pignons en acier dur et certainement fabriquée dans les années cinquante. Dix-neuf cent cinquante, entendons-nous bien. Je l'ai trouvée à 8 €. Si je la revends dans un avenir pas si lointain que cela, devrais-je payer quelques euros à Peugeot Frères ou à ses ayant-droits ? Les futures propriétaires devraient-ils faire de même jusqu'à ce que cette chignole se retrouve au paradis des chignoles ? Si je revends mon appartement, faudrait-il rétribuer l'entreprise qui l'a construit, celle qui l'a rénové ? L'immeuble ayant été construit entre le XVIe et le XIXe siècle, comment calculer les parts qui iront à chacun ? Et surtout quels étaient ces artisans qui ont construit cet immeuble ?

Et si je vends mon cerveau pour me payer les œuvres complètes d'Hervé Gaymard — je parle de vendre mon cerveau car il s'agit de l'organe le moins sollicité par la lecture de ses œuvres —, le transplanté, lorsqu'il voudra s'offrir une bagnole en revendant mon cerveau, devra-t-il me verser une quelconque rétribution ?

Hervé Gaymard est, rappelons-le, élu de la 2e circonscription de Savoie. Je ne sais pas si la raréfaction de l'oxygène en altitude est responsable des divagations contenues dans cette proposition de loi et les rendrait excusables, mais force est de constater qu'il plane avec défense d'atterrir.

 

Le pays où le noir est couleur

30.05.13 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvais esprit, Je hais les politiciens

Il ne vous a pas échappé que la cote de l'exécutif est au plus bas. Les dernières élections législatives partielles ont été des échecs cuisants pour l'actuelle majorité à tel point qu'il ne serait pas impossible que le parti socialiste perde avant la fin de la législature actuelle sa majorité absolue. Je dois dire qu'au vu de la politique que ce parti conduit depuis un an, préférant les symboles aux actes, ce ne serait pas un mal.

Le problème est que nous n'avons personne pour les remplacer. Souvenez-vous. Nous avions il n'y a pas très longtemps Nicolas et Xavier

Fig. 1 : Xavier et Nicolas (de gauche à droite) font de la politique

à moins qu'il ne s'agisse finalement de Stanley et Oliver, je n'ai jamais pu faire la différence tant la ressemblance à tous points de vue est frappante.

Fig. 2 : Oliver et Stanley (toujours de gauche à droite) imitent Xavier et Nicolas faisant de la politique, mais en couleurs

Ces deux-là, c'est pour l'instant du passé, d'autant que la justice commence à tourner autour de Stanley pour plusieurs affaires plus ou moins louches dont un don de l'état à un ancien chanteur et comédien et quelques histoires de gros sous, de contrats d'armement et de cosmétiques. Des futilités, donc.

Ne restent aujourd'hui à droite en dehors de Valls, de Borloo dont personne ne sait vraiment ce qu'il fait là, pas même lui, alors qu'il y aurait tant à faire, les duettistes de l'UMP que sont Fillon et Copé. Fillon vient de régler son complexe d'Œdipe en tuant le père dans un reportage télévisé qui est passé récemment sur Arte. Copé n'en est pas encore là, il cherche pour l'instant à tuer la mère qu'est Marine Le Pen. Et il a du travail. Il a du travail parce que tuer sa mère alors qu'elle-même essaie de tuer son père encombrant n'est pas une mince affaire. Tout le monde ne peut pas prétendre être la nouvelle Jeanne d'Arc boutant je ne sais qui hors de France pour sauver le pays. Mais, écrivant cela, je ne serais finalement pas étonné plus que cela qu'il finisse par aller en pélerinage à Chinon. Par pitié, ne m'envoyez pas de courriers incendiaires pour me signaler que les moins de trente ans ne peuvent pas comprendre.

Il n'y a donc à droite que deux candidats sérieux. L'un a bourré les urnes pour maîtriser l'appareil du parti, demandant maintenant aux militants par un suffrage direct s'il faut revoter — ce qui revient à demander par un vote s'il faut voter je ne sais pas si vous me suivez ? —, l'autre a crânement annoncé qu'il sera, quelles que soient les circonstances, candidat à l'élection présidentielle de 2017 avant de se rétracter en parlant des primaires. Le rosé a vraiment bon dos. Cela augure de belles batailles dans un avenir pas si lointain que cela. Réjouissons-nous.

Personnellement, je ne fais pas plus confiance à l'un qu'à l'autre. Si le premier me fait penser par moment à un pasteur calviniste qui a tout de même eu cinq ans pour faire ses preuves, j'avoue que je ne fais pas plus confiance au second. Comment voulez-vous faire confiance, pour diriger la France, à quelqu'un qui ressemble à Louis de Funès ?

Fig. 3 : toi aussi, joue au jeu des sept erreurs. Saurais-tu distinguer l'original de la contrefaçon ?

Nous n'avons pas besoin d'un comédien nerveux, ni même d'un comédien normal qui sous couvert de normalité vend au plus offrant un dixième de la cave de l'Élysée (encore un symbole de plus). Nous avons besoin de quelqu'un qui prenne à bras le corps les problèmes actuels du pays en n'ayant pas peur de réformer l'état, le système des retraites, la fiscalité et surtout l'éducation nationale actuellement en grand péril. Contrairement à ce que la gauche annonce, il ne s'agit pas aujourd'hui de rajouter partout des postes d'enseignants. On pourra se poser la question de rajouter des postes lorsque les fondamentaux de l'enseignement seront acquis par les élèves (lire, écrire, compter et comprendre un texte), ce qui rendra du même coup caduque la ridicule discussion à l'assemblée nationale concernant l'accessibilité des bacheliers aux classes préparatoires et la discrimination positive qui est à nouveau en train de poindre ! Comme si on n'avait que cela à faire !

 

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