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Le cas Vincent Lambert

12.07.19 | par Le Grincheux | Catégories: Je hais les tradis, Je hais les politiciens

Je ne voulais pas réagir à chaud. Vincent Lambert étant officiellement décédé, je peux maintenant écrire ce que je pense de cette regrettable affaire.

Force est pourtant de constater que l'état français a réussi à faire ce à quoi s'acharnait depuis des années une partie de sa famille. Il a réussi à tuer Vincent Lambert. À titre personnel, j'aurais souhaité que le ministre des solidarités et de la santé reste neutre et j'avoue que je ne me suis pas remis du fait qu'elle se soit pourvu en cassation. Faut-il rappeler qu'Emmanuel Macron, quelque temps avant cela, avait déclaré qu'il ne voulait surtout pas s'en mêler ? Visiblement, la parole du président de la république n'engage pas ses ministres. Vous allez me répondre que le chef de la troupe ministérielle n'est pas le président de la république mais le premier ministre, c'était vrai sous la Ve république, mais depuis le quinquennat, nous sommes dans une VIe république qui ne dit pas son nom puisque ce bidouillage chiraquien a sensiblement déplacé le centre des pouvoirs.

Cette affaire est une tartufferie comme nous n'en subissons que rarement. Et heureusement. Vous allez me dire que Vincent Lambert aurait dû écrire ses directives anticipées, qu'en tant qu'infirmier, il était bien placé pour savoir qu'il en avait les possibilités. Certes.

Mais en tant qu'infirmier, il était sûrement aussi en état de comprendre ce que cela signifiait. Contrairement à ce qui est clamé haut et fort, l'état refuse le droit de mourir dans la dignité en refusant l'euthanasie contrairement à une grande partie de nos voisins. Ce n'est même pas une histoire de religion puisque des pays catholiques comme l'Espagne sont vraiment en avance sur ce point. Et c'est pour cela qu'en France, malgré les risques encourus, il y a entre 3000 et 4000 euthanasies illégales par an.

Le problème est que la mort dans la dignité est, du point de vue de la loi française, quelque chose qui se pense du point de vue du médecin et non du point de vue du patient. La loi parle de dignité, mais il n'en est rien. Il ne s'agit que d'un mot, d'un concept totalement dénué de sens. Elle refuse au patient le choix de sa mort et ne propose qu'une sédation profonde et continue avec l'arrêt de l'hydratation et de la nourriture. Or les soins palliatifs, justement, sont tout sauf l'arrêt des soins. Le patient français a donc le choix entre souffrir (déraisonnablement) ou mourir dignement de soif (sédaté), donc entre la peste et le choléra. Et l'état a l'outrecuidance de demander aux gens de choisir, allant jusqu'à reprocher aux français comme l'a fait récemment le ministre en charge des affaires sociales le fait que les français ne rédigeaient pas leurs fameuses directives anticipées. Pourquoi sont-ils si peu nombreux à le faire ? Peut-être parce que la question posée n'est pas de savoir si un patient refuse ou non l'acharnement thérapeutique déraisonné, mais si on accepte de mourir de faim ou de soif ? Cela renverse un peu les perspectives.

Pour le médecin, l'honneur est sauf. Jamais il n'aura directement tué son patient. Il l'aura juste laissé mourir de soif, une agonie de plusieurs jours. Quelqu'un qui meurt de soif, même sédaté, ce n'est franchement pas beau à voir. L'image laissée aux proches est déplorable, qu'il s'agisse de l'image du patient ou de celui du corps médical qui n'en sort pas grandi et qui a, in fine, droit de vie et de mort sur un patient au travers de concertations entre médecins.

Le patient est sédaté profondément et irréversiblement. Preuve s'il en est que le médecin, au moins dans le cas de Vincent Lambert, n'avait aucune preuve de l'état réel de son patient. Si était dans un état irréversible et végétatif, pourquoi donc le sédater ?

La république ne sort pas grandie de cette affaire car elle s'immisce une fois de plus dans un domaine privé. Mais le corps médical n'en sort pas grandi non plus puisque ses membres, sous prétexte d'avoir un jour ânonné le serment d'Hippocrate, se permettent de laisser mourir un patient faute de soins (l'hydratation est un soin) sous prétexte de ne pas vouloir provoquer sa mort par un acte volontaire. Pourtant, l'arrêt de l'hydratation est un acte volontaire.

Que l'on me comprenne bien. Je ne suis pas en train de prendre position sur le cas Vincent Lambert et je m'en garderai bien puisque nous ne savons strictement rien des affaires familiales. Pourquoi la moitié de la famille voulait-elle le faire mourir, pourquoi l'autre moitié voulait-elle le maintenir en vie ? Il y a peut-être des raisons obscures ou sordides que je ne connais pas. Je prends aujourd'hui position sur l'hypocrisie de la loi française sur ce sujet, hypocrisie qui nous concerne tous.

 

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