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Délocalisation

06.07.10 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Mauvais esprit

Je ne sais pas si vous le savez, j'ai la chance d'habiter un appartement du Marais historique, juste entre le boulevard du Temple et le boulevard Voltaire, deux parcours traditionnels et festifs des manifestations parisiennes. En ce moment, entre la réforme des retraites et les manifestations pour des raisons plus ou moins obscures parce qu'il fait beau et que c'est toujours un moyen d'aller faire un tour dans la capitale d'autant que les soldes d'été ont commencé, je suis un gros gâté.

L'une des dernières manifestations était une marche lente contre la délocalisation de je ne sais trop quelle entreprise. J'ai simplement compris que les salariés se battaient contre sa délocalisation mais la sonorisation de l'événement était tellement mauvaise que je n'ai jamais vraiment entendu clairement le nom de l'entreprise.

Je les ai observés attentivement depuis ma fenêtre ouverte, je n'avais d'ailleurs que ça à faire. Travailler avec les fenêtres fermées était impossible en raison la chaleur de l'après-midi et travailler avec les fenêtres ouvertes était illusoire au vu du bruit des manifestants. Cela m'a donc donné deux heures pour réfléchir et méditer sur les délocalisations et leurs conséquences en termes d'avantages et d'inconvénients.

Lorsque je suis arrivé à Paris, j'habitais au 65 de la rue Saint-Martin dans le quatrième arrondissement, juste en face de Saint-Merry et à un jet de pierre de l'hôtel de ville. Il y a vingt ans, le seul supermarché dans ce quartier de Paris était au sous-sol de la Samaritaine. Il existait bien deux ou trois Félix Potain et quelques épiciers arabes, mais leurs prix n'étaient pas dans mes possibilités. À la période de Noël, je passais donc régulièrement devant le magasin 2 de la Samaritaine dont le rez-de-chaussée était un immense magasin de jouets avec des vitrines animées qui faisaient la joie des plus petits et feraient aujourd'hui pâlir d'envie celles du Printemps du boulevard Hausmann.

Il y avait des jouets pour toutes les bourses, allant de la peluche de base fabriquée en Chine aux jouets en bois en provenance directe du Jura. Bizarrement, les jouets qui semblaient se vendre le mieux étaient ceux qui n'étaient pas chers et qui étaient fabriquées dans le lointain orient par des petites mains pas bien payées.

Je ne suis pas en train de jeter la première pierre à tous ceux qui achètent ce genre d'objets. Je constate simplement que la population en pleine manifestation sous mes fenêtres ressemble étrangement à celle qui achetait il y a vingt ans des jouets au moins cher pour ses enfants. Cette constatation étant faite, il ne me reste qu'un pas à franchir, que je franchis d'ailleurs allègrement, pour trouver qu'il est aberrant de manifester contre les délocalisation d'un côté parce qu'on risque de perdre son emploi alors même qu'on n'a pas pris la peine de manifester contre les fermetures d'usines de jouets dans le Jura. Il n'était pas même besoin de manifester, il suffisait d'acheter les productions de ces usines au lieu des jouets fabriquées en extrême orient.

Le comportement de ces manifestants est donc au mieux de l'irresponsabilité, au pire de l'égoïsme pur et simple puisqu'ils ne sont préoccupés par les délocalisations qu'à partir du moment où celles-ci les touchent dans leur chair. Tant qu'elle permet de leur faire économiser de l'argent au détriment d'autres travailleurs (français ou étrangers), c'est un bien, mais lorsqu'elle s'attaque dans la même logique à leurs propres emplois, elle devient un mal absolu qu'il faut à tout prix combattre.

Arrêtez-moi si je me trompe. N'y aurait-il pas comme un parfum de contradiction ?

 

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