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Entendu sur France Culture ce matin : Aldébaran sera mise en liquidation judiciaire dans les heures qui viennent.
C'est dommage pour les salariés de ce qui aurait pu être une belle entreprise. Mais tout était écrit. J'ai fait des piges dans cette entreprise en 2014, à l'époque, il y avait cinq cents employés, une centaine de salariés directs et quatre cents prestataires externes. Le coût de fabrication de Nao était estimé à largement plus de 3000 € HT alors que le coût de vente cible était de 1200 € TTC et que son MTBF était de… 50 heures. Pour Roméo, 8 heures. Quant à Juliette, mieux vaut ne pas en parler.
Rien n'allait. Mécaniquement, c'était une catastrophe. Les jeux étaient inexistants à telle enseigne que lorsque les vis de montage étaient à la cote maximale, il a fallu payer un chinois à l'usine pour limer les vis ! Électroniquement, ce n'était guère mieux. Les ponts en H des commandes moteur étaient sous-dimensionnés, claquaient les uns après les autres, et s'ils ne claquaient pas, l'effet dynamo des moteurs chargeaient les condensateurs de filtrage jusqu'à dépasser leur tension maximale. Comme il s'agissait de condensateurs au tantale, ils arrivaient à prendre feu. Le problème n'a pas été corrigé par une diode Zener mais par l'utilisation de condensateurs qui ne prenaient pas feu en cas de surtension.
Tout ceci n'était pas très sérieux et comme les postes clefs étaient tenus par des gens qui avaient fondé l'entreprise et qui, à l'époque, n'avaient pas trente ans tout en ne pouvant pas se tromper, il était déjà écrit que cette entreprise irait au tapis.
Lorsque j'essayais vainement de mettre de l'ordre dans la conception électronique, le PDG de l'époque nous avait annoncé que Softbank allait injecter plusieurs millions d'euros dans l'entreprise « sans en prendre le contrôle ». Tu l'as dit bouffi ! Lorsqu'un client décide d'investir une telle somme, c'est de peur de perdre ses acomptes. Et ça n'a pas raté, le contrôle de l'entreprise fut pris. Il y a même eu un japonais nommé pour mettre de l'ordre, japonais qui a lui aussi jeté l'éponge. Dix ans plus tard, force est de constater que Softbank n'a pas pu redresser la barre et que personne n'a voulu racheter l'entreprise puisqu'il n'y a eu que deux offres :
Sauf que cette entreprise ne vaut pas plus que l'euro symbolique. Tout est à refaire, le marché est quasiment inexistant tout en étant soumis à rude concurrence et l'image des trois robots de la société particulièrement mauvaise.
Lorsque les financiers crachent au bassinet, ce genre d'entreprise peut faire illusion, quitte à accumuler les pertes sur de très longues années. Mais lorsque le robinet se ferme, les coûts de fonctionnement sont tellement énormes vis à vis du résultat que la faillite est inévitable.
Une entreprise, quelle qu'elle soit, doit pouvoir se financer elle-même, sur ses fonds propres. Elle peut, à la limite, avoir deux ou trois exercices déficitaires si elle doit investir sur un gros chantier, mais pas plus. Si au bout de deux ou trois ans d'investissement, elle n'arrive pas à redevenir profitable, elle ne le sera jamais. Et tous les startupeurs devraient afficher cela en gros au-dessus de leur bureau.