Je suis un utilisateur de l'IA, j'avoue. Et ce que je lis ici et là sur cet outil me déprime. Je suis pris entre ceux qui prétendent que jamais ils ne seront touchés par l'IA et les béats d'admiration qui considèrent qu'il ne faut plus apprendre que cela dans les universités et les grandes écoles.
Mon point de vue est radicalement différent. Je considère qu'il faut être bon dans sa matière sans jamais avoir touché à l'IA pour l'utiliser efficacement par la suite. Pourquoi ?
J'utilise cet outil pour du code informatique critique et contraint (que je saurais écrire moi-même) en C ou assembleur ou pour optimiser des composants électroniques écrits en VHDL 2008. Comme il s'agit dans les deux cas de codes complexes, je tiens mon IA par la bride. J'avoue que même comme cela, elle arrive à m'écrire des énormités. Exemple :
ffff003c: 34 00 40 pshs U ffff003f: 33 e4 leau ,S ffff0041: 32 78 leas -8,S ffff0043: ae 48 ldx 8,U ffff0045: 6f 84 clr ,X ffff0047: 6d 84 tst ,X ffff0049: 26 54 bne ffff009f <memory_count.isra.0+0x63> ffff004b: 10 6f clrq
Je ne sais pas si vous voyez bien le souci. Le stagiaire Claude, pourtant avec les réglages au maximum, m'écrit sans rigoler 0 à l'adresse pointée par X, puis teste cette valeur par rapport à 0 avant de brancher à l'adresse $FFFF009F si la valeur est non nulle. Trois instructions qui ne servent à rien puisque la valeur est toujours nulle. Nous sommes dans un cas avec un seul fil d'exécution et de la mémoire à l'endroit pointé par X.
Il trouvait sans doute cela joli. Je ne compte plus les opérations inutiles. Un peu plus loin, il m'a écrit ceci :
ffff0068: 86 ff lda #$ff ffff006a: a7 84 sta ,X ffff006c: 34 00 02 pshs A ffff006f: a6 84 lda ,X ffff0071: 81 ff cmpa #$ff ffff0073: 35 00 02 puls A ffff0076: 26 27 bne ffff009f <memory_count.isra.0+0x63> ffff0078: cd 00 00 00 ldq #$000000ff
où l'on voit qu'il prend la peine de sauvegarder le registre A sur la pile, de le restaurer par PULS A puis de l'écraser par LDQ, Q étant un registre trente-deux bits formé par la concaténation de A, B, E et F tous de huit bits.
Lorsqu'on regarde le code généré, que ce soit en C, en assembleur, en Fortran ou en VHDL, c'est une succession de patches sur des patches jusqu'à arriver à un résultat à peu près conforme à la demande initiale (et encore), mais la plupart du temps tellement non maintenable qu'il faut le reprendre plusieurs fois malgré un fichier de description de toutes les étapes à respecter.
L'IA n'est pas capable de concevoir un code informatique correct à partir d'un seul "prompt". Il faut lui tenir la main et critiquer tout ce qu'elle écrit. Il faut donc être capable de le faire soi-même. Dire à des jeunes aujourd'hui, étudiez l'IA et surtout rien d'autre est inepte parce que cela revient à les contraindre à utiliser un outil qu'ils ne maîtriseront jamais faute de le comprendre. Et dites-vous bien que je vous parle de l'IA utilisé en informatique. En électronique, c'est largement pire.
L'IA est un excellent serviteur et un mauvais maître.
J'ai encore passé la nuit sans électricité. Ce matin, alors que j'hésitais entre redémarrer les machines de la salle serveur ou le groupe électrogène, j'ai reçu un appel d'un ancien client que nous appellerons le Docteur P.
Le Docteur P. est un praticien qui possède un cabinet de 400 m² dans un immeuble bourgeois de l'une des plus grandes avenues de Paris. Il travaille seul et sait tout sur tout. En particulier, il connaît mieux l'informatique que moi. Après tout, c'est possible, qui suis-je pour juger ? Mais il connais tellement bien l'informatique qu'il utilise des logiciels Windows sur des machines estampillées à la pomme, dans des versions piratées de Windows XP tournant dans des machines virtuelles Parallel toutes aussi piratées. Il connaît tellement l'informatique qu'il a acheté un équipement de radiographie tournant sous Windows 95 avec une carte propriétaire EISA pour lui parler et que j'ai bataillé pour réussir à faire fonctionner la chose sur une machine récente et décente. Bref, c'est le genre de client que l'on prend lorsqu'on n'a pas le choix. Autant dire que j'ai fini par me fâcher avec lui au sujet de factures impayées parce qu'il n'arrivait pas à comprendre que passer derrière lui pour tout remettre d'équerre prenait un temps fou et que je ne travaille pas encore pour la gloire.
Lorsque j'ai arrêté d'aller chez lui, son installation informatique tenait à peu près la route. Il y avait un gros serveur de fichiers (sous Unix) qui parlait à ses machines MacOS X, à ses machines virtuelles Windows et à ses autres équipements. Ce serveur de fichiers était derrière un firewall et connecté à une fibre, ce qui lui permettait d'accéder à ses fichiers depuis chez lui au travers d'un VPN.
En suivant les activités du sieur en question, je me suis aperçu parce qu'il s'est plaint sur LinkedIn que son système a été piraté et que ses données ont été entièrement chiffrées. Là, j'ai eu beau réfléchir en me grattant le cortex à deux mains, je ne vois pas comment c'était physiquement possible. Les logiciels métiers tournent dans des machines virtuelles qui n'ont pas accès à internet. Elles ont seulement accès aux serveurs du GIE Sesam-Vitale pour les feuilles de soin électroniques. J'avais limité cet usage parce que ses Windows XP étant des versions tombées du camion, il m'était impossible d'en mettre certaines à jour qui n'arrivaient pas à passer XP SP2. Quant à ses logiciels métier, ils demandant des droits d'administrateur, ce qui est toujours agréable lorsqu'on recherche la sécurité d'un réseau informatique. Les accès Internet n'étaient possibles que depuis les système MacOS X. Or MacOS X n'avait pas accès aux disques partagés Windows. Pour des raisons de sécurité, il n'y avait qu'un répertoire partagé exporté à la fois pour Windows et MacOS X. Et encore, il était en lecture seule côté MacOS X pour éviter les problèmes. Un ransomware, même sous MacOS X, ne pouvait donc pas chiffrer un disque réseau Unix contenant des données sensibles. De toute façon, le serveur en question faisait tourner un Bacula archivant les données sur trois mois glissants. Il était donc toujours possible, même si le réseau se faisait entièrement pirater, de récupérer les archives de la veille de l'attaque puisque personne en dehors du serveur Unix n'avait accès à ces archives qui n'étaient pas partagées. En d'autres termes, il aurait fallu faire tourner un ransomware directement sur le serveur, ce qui n'était pas possible. Au pire, un utilisateur aurait-il pu arriver à chiffrer ses propres données, pas celles des autres utilisateurs, et en aucun cas les archives.
J'ai donc été assez surpris de savoir que son système informatique était tombé. Mais comme il ne m'avait pas appelé, j'ai souri et je suis passé à autre chose. J'ai compris ce matin ce qu'il en était, pourquoi il ne m'avait pas appelé et comment il s'était fait méchamment poutrer.
Donc ce matin, j'en étais à redémarrer mes serveurs et les bases de données lorsque le téléphone sonna. Pas la ligne fixe, l'IPBX n'était pas encore en état de recevoir une communication, mais le cellulaire. C'était le Docteur P. dans l'un de ses bons jours.
Il m'explique qu'il s'est fait une fois de plus pirater, que c'était anormal et qu'il ne pouvait plus travailler. Il m'explique aussi que son prestataire actuel l'avait envoyer bouler et qu'il ne savait pas comment faire. J'ai pensé in petto que tout le monde n'avait pas ma patience et je lui demande ce qu'il s'est passé. Souvenez-vous, nous partons d'un serveur de type Unix avec deux réseaux séparés et des applications métier qui ne peuvent pas aller sur Internet.
Là, il m'explique que ce que j'avais fait était trop compliqué et qu'il avait pris un jeune pour tout refaire. Dans un premier temps, le serveur Unix a été remplacé par un serveur Windows. Comme aller sur Internet à partir de MacOS X était compliqué (oui, il fallait réduire la fenêtre Parallel), il nous a installé un navigateur Internet sous Windows XP. Rappellez-vous, un XP d'origine douteuse. Le cabinet a subi plusieurs ransomwares. Mais se pose alors la question de savoir pourquoi vouloir garder MacOS X, si c'est pour tout faire tourner sous Windows. La réponse était simplement surréaliste : mais en raison du design des appareils.
Mon grand, lorsqu'on va chez un dentiste, ce n'est pas pour admirer le design tout à fait discutable d'une machine à la pomme. En environnement professionnel, on veut des choses qui fonctionnent et, si cela signifie malheureusement utiliser Windows, on utilise directement un ordinateur de type PC compatible quitte à le cacher.
Je lui demande alors ce qu'il est advenu de l'archivage réglementaire que je lui avais installé. Le petit jeune ne connaissait pas et il n'a jamais installé d'archivage sur le serveur Windows. Là, j'apprends que les sauvegardes (et plus les archives) étaient faites sur des supports optiques avec un script. Le problème est que le support était écrasé tous les jours. Si le ransomware passait un jour où le cabinet était fermé, toutes les données étaient perdues. Le petit jeune ne faisait donc pas la différence entre une sauvegarde et un archivage.
Bon, lui dis-je, c'est du passé. Et aujourd'hui, quel est votre problème ?
J'apprends que l'une des alimentations de son serveur avait lâché il y a quelques mois et que plutôt que de changer l'alimentation en question, la machine tournant temporairement sur la seconde alimentation, ils avaient eu l'idée géniale de louer une machine virtuelle dans le cloud. Tant qu'à faire, chez un prestataire cassant les prix. Une machine à 5 € HT par mois pour remplacer un serveur physique qui avait coûté plus de 3000 € HT sans la solution d'archivage.
Sauf que sa machine était une machine virtuelle et mutualisée. En terme de sécurité, on repassera parce qu'empiler des couches rend le nombre de bugs permettant des accès à des données exponentiels (bugs dans les systèmes d'exploitation, host comme guest, bugs dans le matériel…).
Reprenons. Nous avons donc un praticien qui utilise une machine hébergée on ne sait où pour partager en local ses données médicales d'un poste à l'autre. Pour la petite histoire, la sécurité sociale m'a envoyé il y a quelques années un courrier recommandé parce qu'en tant que professionnel, je n'avais plus le droit de fournir des prestations à des cabinets médicaux n'étant pas certifié, courrier que j'ai naturellement ignoré vues toutes les conneries de sécurité que l'on trouve dans les feuilles de soin électroniques. En particulier, je n'avais pas le droit d'héberger des données de santé.
J'apprends que cette fois-ci au moins, ce n'était pas un ransomware et que les données étaient encore là. Seul problème, toutes les données avaient fuité.
Eh oui, mon grand, on ne traite pas la sécurité avec des machines virtuelles. On ne délègue pas non plus sa sécurité à des acteurs du cloud. Sa sécurité, on la fait en interne ou on ne la fait pas. Je n'ai pas la prétention d'être le meilleur en terme de sécurité informatique, mais je suis loin d'être le pire. Lorsque je suis parti de chez toi, ton réseau fonctionnait parfaitement malgré tous les bâtons que tu as réussi à me mettre dans les roues. Aujourd'hui, la sécurité sociale se plaint et te menace ? La CNIL aussi ? Tu ne peux plus travailler ? Ce n'est pas mon problème.
À la limite, je veux bien te faire un devis, mais pour remettre tout ton réseau d'équerre, vu qu'il ne reste plus rien, c'est au bas mot un ticket à 30 k€ HT et je sais que tu ne l'accepteras jamais.
Je n'en peux plus, on n'entend plus depuis quelques jours que parler des quatre-vingts ans de la sécurité sociale française et de son prétendu idéal.
Je vais être franc, il n'y a pas et il n'y a jamais eu d'idéal de la sécu sauf, peut-être, pour les partenaires sociaux. Ceux qui n'en sont pas convaincus n'ont qu'à aller aux Archives Nationales de France regarder ce qu'on trouve — de mémoire — à la cote X04 ou lire les Journaux Officiels de la République Française entre octobre 1945 et juillet 1946 pour se faire un petite idée d'un mythe qui a la vie dure et qui sert exclusivement des intérêts politiques et syndicaux.
Dans un premier temps, il faut savoir, et je suis sûr que beaucoup l'ignorent, qu'il existait un système obligatoire pour les salariés avant 1940. Ce système, les assurances sociales, couvrait a minima les risques de maladie, de prévoyance et de retraite. Les caisses étaient des caisses patronales. À ce propos, la retraite qui était alors par capitalisation, pouvait être prise à l'âge de soixante ans. Nous y reviendrons.
En 1939 éclate la seconde guerre mondiale. Outre la ligne de Dédé Maginot, l'armée française était récipiendaire d'un secret militaire bien gardé : tout le monde en France savait que le généralissime Gamelin était un con sauf les militaires. En 1940, la déroute amène au pouvoir un certain Pétain dans des conditions troubles qu'un certain Hans Kelsen a étudiée pour mettre au point une vision synthétique du droit que j'ai déjà évoqué dans ces pages, trouvant anormal qu'une constitution ait été abrogée par un simple décret. Et comme à son habitude, le sauveur de la France s'est couché. Il n'a pas fait autre chose que de la communication pour obtenir le pouvoir, il avait déjà fait cela à Verdun avec un certain succès. Oui, parce que Pétain n'a jamais été non plus le vainqueur de Verdun, ça aussi, c'est une réécriture de l'histoire. La bataille de Verdun fut gagnée huit mois après son départ du commandement par Nivelle, Mangin et des militaires d'exception comme le commandant Raynal.
En 1941, selon les conditions de l'armistice, il fallait payer des indemnités d'occupation. Il fallait donc trouver de l'argent et les caisses étaient vides parce que l'activité économique s'était drastiquement réduite. Un certain René Belin a proposé de remplacer le système de retraite par capitalisation par un système par répartition, ce qui permettait de spolier les caisses des assurances sociales de toutes leurs réserves pour donner le magot à l'occupant. Cela permettait aussi d'assurer un revenu aux travailleurs d'avant-guerre (commerçants, artisans…) qui n'avaient pas l'obligation de cotiser à une caisse de retraite et qui se sont retrouvés sans activité. On parle d'un million de personnes.
René Belin était le numéro 2 de la CGT, ce qui ne l'a pas empêché non plus de (co)signer la loi du 3 octobre 1940 portant statut des juifs et le décret du 9 novembre 1940 dissolvant les confédérations patronales et syndicales. Ce sale type (je pèse mes mots, regardez sa biographie) a institué le 11 octobre 1940 un fonds national de chômage, le 14 mars 1941 la retraite des vieux travailleurs, le salaire unique, le renforcement de l'inspection du travail et j'en passe. Il aide aussi par la propagande à l'instauration du Service du Travail Obligatoire (STO). Chose surprenante, Belin qui après s'être caché à Paris de 1945 à 1947, fit de même en Suisse jusqu'en 1949. Traduit en justice, il bénéficie d'un non-lieu le 29 janvier 1949 sans avoir à comparaître eu égard, je cite, à « son attitude d'opposition aux demandes des Allemands » et son souci d'assurer la défense des intérêts français. Vous m'en direz tant.
Donc Belin crée un système par répartition en retirant des caisses d'avant-guerre leurs fonds pour payer les indemnités d'occupation. En 1945, si la situation militaire s'est améliorée, on ne peut pas réellement dire qu'il en fut de même pour la situation économique. Les caisses étaient toujours vides et il était impossible de repasser à un système par capitalisation. Incidemment, beaucoup d'archives qui étaient à l'époque papier ont été détruites, ce qui fait que nombre de salariés ayant cotisé aux assurances sociales se sont retrouvés au minimum vieillesse ne pouvant prouver leurs cotisations. Si j'avais mauvais esprit, je dirais que cela arrangeait bien les caisses de retraites.
Le GPRF n'a fait qu'acter cette impossibilité de retour immédiat à la capitalisation pour créer un système par répartition temporaire. L'idée était de repasser progressivement à la capitalisation sur une génération. C'est dans ce sens et ce sens seulement que De Gaulle a produit deux ordonnances. La première, celle du 4 octobre 1945, porte la création de la sécurité sociale et entre en vigueur le 1er juillet 1946. Elle n'est d'ailleurs pas signée De Gaulle, preuve qu'elle devait être publiée rapidement. Et pour cause, une seconde ordonnance datée du 19 octobre 1945, signée elle par De Gaulle, instaure les sociétés mutualistes en abrogeant par extinction les sociétés de secours mutuels.
Je récapitule :
Vous pouvez prendre le truc dans tous les sens, il est impossible de créer à partir du 20 octobre 1945 une société de secours mutuels, il est tout aussi impossible de créer une caisse de sécurité sociale avant le 1er juillet 1946. Et vous pouvez tout aussi lire entre les lignes, s'il existe bien un monopole de régime (ce que vous payez, ce que vous recevez en échange), il n'existe aucun monopole de caisse. Et ce monopole n'existe pas plus aujourd'hui.
Tant que De Gaulle était au pouvoir, ces deux ordonnances ont été respectées. Mais il a démissionné le 20 janvier 1946. À partir de cette date, les Journaux Officiels de la République Française contiennent des pages et des pages de caisses de sécurité sociale créées ex nihilo par absorption de sociétés de secours mutuels. En fusionnant deux sociétés de secours mutuels, on peut imaginer obtenir une autre société de secours mutuels, mais en absorbant, il faudrait déjà que l'entité finale préexiste. Là, rien. On crée par décret des caisses de droit public (les caisses mère gérant les régimes) et des caisses de droit privé (les caisses de prestation) qui sont laissées dans la main des syndicats de l'époque.
Premier écueil : des entités de droit privé ont été créées par la loi, ce qui devrait normalement faire sourire n'importe quel étudiant de droit de première année.
Deuxième écueil : ces caisses ont été créées comme des sociétés de secours mutuels invoquant l'ordonnance du 4 octobre 1945 avant l'entrée en vigueur de celle-ci et après le 20 octobre 1945. Caramba !
Troisième écueil : ces caisses se sont mises à fonctionner avant le 1er juillet 1946. À cette date, tous les salariés étaient assurés contre leur gré aux caisses des syndicats et plus personne n'est entré dans la danse. Il faut savoir qu'à l'heure actuelle des assureurs font en France de l'assurance santé ou assurance retraite (régime obligatoire et complémentaire) mais que ces services ne sont accessibles qu'aux français résidant à l'étranger s'ils ne veulent pas cotiser à la Caisse des Français de l'Étranger (CFE). Pour ceux qui résident et travaillent en France, la confusion entre les caisses de collecte (URSSAF) et les caisses de prestation (CPAM, CAF et autres) rend ce choix impossible.
Bref, nous avons un empilement de caisses en majorité de droit privé créées dans l'illégalité la plus crasse et qui perdure parce qu'elles ont le bénéfice d'une juridiction d'exception que sont les pôles sociaux des tribunaux judiciaires. Rares sont les caisses qui peuvent justifier de leurs créations conformément aux textes en vigueur qui sont toujours ceux de 1945 malgré deux codifications du code de la sécurité sociale parce que le décret de codification dispose que cette codification est faite à droit constant.
En 1948, le gouvernement pousse les droits à la retraite par une série de lois. Sont créées les caisses pour les travailleurs non salariés et le principe d'un régime unique pour tout le monde. Sauf que non, ça ne passe pas. Les assurances sociales d'avant-guerre permettaient de partir à la retraite à soixante ans. En 1948, ce sera soixante-cinq avec des pensions réduites par rapport à 1940. Les syndicats qui sont devenus à la même époque des partenaires sociaux ont refusé cela pour leurs ouailles et leurs bastions syndicaux. Mais c'était bon pour tous les autres qui n'étaient pas ou étaient mal syndiqués. Le régime universel avait dès lors du plomb dans l'aile puisqu'il y avait un régime pour les salariés communs et des régimes spéciaux dans les bastions syndicaux (EDF, RATP, SNCF, GDF, Air France et j'en passe), régimes qui n'étaient que les anciens régimes des assurances sociales bien plus avantageux.
Dès 1948, la cour des comptes alerte sur les comptes de la sécurité sociale. Elle le fera régulièrement jusqu'à nos jours.
En mai 1958, De Gaulle revient au pouvoir comme président du conseil. Il se penche entre autres sur la sécurité sociale qui n'arrive pas à faire rentrer des cotisations correctement. Dans tout ce joyeux foutoir, sa première réaction est d'écrire un courrier au ministre de la santé — courrier qui se trouve aux Archives Nationales — dans lequel il indique qu'il faut abroger la sécurité sociale en tant que son principe a été dévoyé (sic). Rien que ça, mais c'est toujours vrai parce que les caisses actuelles servent avant tout au financement des syndicats. Pour cela, lire attentivement les bilans des caisses disponibles publiquement sur le cite internet de l'ACOSS (un EPA qui chapeaute les URSSAF qui sont de droit privé), surtout le passage d'une année à la suivante. Et mettre cela en regard du code de la sécurité sociale et du code de la mutualité, en particulier le L110, qui imposent outs deux que ces caisses sont des sociétés mutualistes
Sauf qu'il n'a pu constater que le fait que la sécurité sociale pesait déjà plus lourd que l'état. Il s'est alors contenté de faire rentrer efficacement l'argent dans les caisses en créant un service de recouvrement départemental par fusion des services de recouvrement des CPAM et CAF qu'il a appelé URSSAF en 1960 ainsi que l'EN3S (École Nationale Supérieure de Sécurité Sociale, si, si, il y a une école spécialisée, vous ne pouvez pas comprendre le truc en passant par ailleurs). Certaines caisses ont essayé de faire tellement n'importe quoi que leurs statuts ont été abrogés par le gouvernement, ce qui ne leur a pas empêcher de fonctionner sans statut durant cinquante ans (Corrèze : abrogation des statuts en 1962, fusion en 2012, documents aux Archives Nationales, Pierrefite-sur-Seine. Même remarque pour le Haut-Rhin qui s'est permis le luxe de demander un permis de construire à la ville de Mulhouse en 1959 alors que ses premières traces légales en tant qu'entité juridique constituée date de septembre 1974.).
Venons-en à la cerise sur le gâteau. Contrairement à une idée répandue, toutes ces caisses sont excédentaires. Elles dégagent des bénéfices et paient de l'impôt sur les sociétés à taux réduit au titre des sociétés mutualistes, ce qu'elles affirment pourtant pas être. Oui, parce qu'elles ont une activité, elles gèrent pour le compte de l'état un flux d'argent et se rémunèrent sur ce flux au travers des remises de gestion. Si les régimes sont déficitaires, les caisses, elles, ont une belle rentabilité. Et là, il faut vous poser une question : où va cet argent puisque ces caisses n'ont pas besoin d'investir ? Elles n'ont pas de bâtiments, ceux-ci étant fournis par les départements, pas de matériel délirant à financer, normalement pas d'actionnaires. Les comptes étant séparés, elles n'ont pas besoin de faire des réserves.
Les caisses de sécurité sociale sont en fait un moyen de financement des partenaires sociaux sur le dos des heureux cotisants. Raison pour laquelle les syndicats qui ne sont pas sur la liste des partenaires sociaux font des yeux doux aux différents gouvernements pour en être et avoir une part du gâteau.
Ça fait quatre-vingts ans que c'est comme ça, que rien ne change parce ceux qui pourraient le faire changer n'ont pas le courage de le faire (coucou les magistrats qui violent le CPC à chaque audience des TJPS et qui ne sont même pas fichus de s'accorder sur les formes juridiques des mêmes caisses donc sur les textes de loi qui leur sont applicables !) et que cela plombe l'activité économique de la France avec des cotisations délirantes pour de moins ne moins de prise en charge et l'absence de fonds de pension qui pourraient investir l'argent dans l'économie réelle plutôt que de le répartir immédiatement.
Entendu sur France Culture ce matin : Aldébaran sera mise en liquidation judiciaire dans les heures qui viennent.
C'est dommage pour les salariés de ce qui aurait pu être une belle entreprise. Mais tout était écrit. J'ai fait des piges dans cette entreprise en 2014, à l'époque, il y avait cinq cents employés, une centaine de salariés directs et quatre cents prestataires externes. Le coût de fabrication de Nao était estimé à largement plus de 3000 € HT alors que le coût de vente cible était de 1200 € TTC et que son MTBF était de… 50 heures. Pour Roméo, 8 heures. Quant à Juliette, mieux vaut ne pas en parler.
Rien n'allait. Mécaniquement, c'était une catastrophe. Les jeux étaient inexistants à telle enseigne que lorsque les vis de montage étaient à la cote maximale, il a fallu payer un chinois à l'usine pour limer les vis ! Électroniquement, ce n'était guère mieux. Les ponts en H des commandes moteur étaient sous-dimensionnés, claquaient les uns après les autres, et s'ils ne claquaient pas, l'effet dynamo des moteurs chargeaient les condensateurs de filtrage jusqu'à dépasser leur tension maximale. Comme il s'agissait de condensateurs au tantale, ils arrivaient à prendre feu. Le problème n'a pas été corrigé par une diode Zener mais par l'utilisation de condensateurs qui ne prenaient pas feu en cas de surtension.
Tout ceci n'était pas très sérieux et comme les postes clefs étaient tenus par des gens qui avaient fondé l'entreprise et qui, à l'époque, n'avaient pas trente ans tout en ne pouvant pas se tromper, il était déjà écrit que cette entreprise irait au tapis.
Lorsque j'essayais vainement de mettre de l'ordre dans la conception électronique, le PDG de l'époque nous avait annoncé que Softbank allait injecter plusieurs millions d'euros dans l'entreprise « sans en prendre le contrôle ». Tu l'as dit bouffi ! Lorsqu'un client décide d'investir une telle somme, c'est de peur de perdre ses acomptes. Et ça n'a pas raté, le contrôle de l'entreprise fut pris. Il y a même eu un japonais nommé pour mettre de l'ordre, japonais qui a lui aussi jeté l'éponge. Dix ans plus tard, force est de constater que Softbank n'a pas pu redresser la barre et que personne n'a voulu racheter l'entreprise puisqu'il n'y a eu que deux offres :
Sauf que cette entreprise ne vaut pas plus que l'euro symbolique. Tout est à refaire, le marché est quasiment inexistant tout en étant soumis à rude concurrence et l'image des trois robots de la société particulièrement mauvaise.
Lorsque les financiers crachent au bassinet, ce genre d'entreprise peut faire illusion, quitte à accumuler les pertes sur de très longues années. Mais lorsque le robinet se ferme, les coûts de fonctionnement sont tellement énormes vis à vis du résultat que la faillite est inévitable.
Une entreprise, quelle qu'elle soit, doit pouvoir se financer elle-même, sur ses fonds propres. Elle peut, à la limite, avoir deux ou trois exercices déficitaires si elle doit investir sur un gros chantier, mais pas plus. Si au bout de deux ou trois ans d'investissement, elle n'arrive pas à redevenir profitable, elle ne le sera jamais. Et tous les startupeurs devraient afficher cela en gros au-dessus de leur bureau.
J'ai honte. Vous n'imaginez pas à quel point.
J'ai honte pour moi aujourd'hui, pour notre classe politique qui n'est absolument pas à la hauteur des événements et pour l'image que nous laisseront dans les livres d'histoire.
Pourtant, c'était écrit. Les États-Unis — surtout les abstentionnistes — ont élu à la Maison Blanche un repris de justice qui devrait être au séchoir pour le restant de ses jours. Son programme était clair : démagogie à tous les étages, anti-wokisme (sans toutefois ne jamais prendre la peine de définir ce qui était woke et ce qui ne l'était pas) et j'en passe. Il fallait flatter les plus bas instincts du bas peuple parce que c'était cela ou la taule et qu'on est tout de même mieux dans le bureau ovale qu'à Sing Sing.
Comprenez-moi bien, je me fiche de ce que son électeur de base va se prendre dans la figure durant quatre ans vu qu'il a la mémoire courte et qu'il a visiblement oublié pourquoi il avait filé un coup de pied au cul bien mérité à l'Agent Orange en 2020. Ce qui me dérange, c'est que ce sale type a déjà semé un chaos certain entre 2016 et 2020 sans être préparé (l'état de l'Afghanistan actuel, c'est Trump, les bruits de bottes du côté de Taïwan, c'est lui aussi. La liste est longue.). Aujourd'hui, le bougre s'est préparé, entouré d'une équipe encore pire que lui et qui ne cache même pas ses accointances fascisantes.
Tout était écrit. Il suffisait d'écouter ses discours ou de lire le Project 2025. Personne ne pourra dire lorsqu'on fera les comptes qu'il ne savait pas. Il ne voulait pas savoir, ce qui n'est pas exactement la même chose.
Ces gars sous prétexte de défendre la liberté d'expression — mais chez les autres, surtout pas chez eux, il suffit de regarder le nombre de comptes pro-Ukrainien qui ne faisait que de l'information qui se sont fait bannir de X depuis un mois — se permettent de faire de l'ingérence dans tous les pays démocratiques en soutenant ouvertement les candidats d'extrême droite. En Allemagne, en soutenant ouvertement l'AfD (Musk, Vance), en Roumanie (en condamnant le fait que la juridiction suprême a annulé les élections en raison d'une ingérence russe avérée), en Ukraine (la constitution interdit les élections en période de guerre), au Royaume-Uni, en France…
Et qu'avons-nous fait de notre côté ? Rien. Nous n'avons pas bougé un pouce en 2008 pour la Géorgie. Nous avons laissé faire Poutine une nouvelle fois en 2014. Nous n'avons pas bougé en 2022 alors que lorsque l'armée russe était en panne sèche nous aurions pu lancer un signal fort en détruisant tous les convois sans même envoyer un seul fantassin au sol. Et nous n'avons pas fait suffisamment depuis 2022. Entre l'interdiction durant des mois pour l'Ukraine de frapper des cibles en territoire russe, le refus de livrer des missiles capables d'effacer une bonne fois pour toute le pont de Crimée pour désorganiser la logistique russe, les tergiversations dans tous les sens en raison des lignes prétendument rouges du salopard du Kremlin, on a laissé l'Ukraine se défendre avec une main dans le dos pour défendre nos « valeurs ».
Ah, elle sont belles nos valeurs. On peut même dire que lorsqu'elles sortent du chaos actuel, on ne les reconnaît plus qu'à ses godasses !
Nos valeurs aujourd'hui, c'est laisser un pays qui veut être occidental se faire agresser par un dictateur pour on ne sait quelle raison. Sans doute une raison de politique intérieure, il lui faut bien cela pour rester en place. Nos valeurs, c'est interdire à un pays de réellement se défendre. Nos valeurs, c'est discuter avec l'agresseur pour ne pas le fâcher alors qu'il est à bout de souffle et qu'il n'arrive plus à progresser.
Mais il y a pire. On se rend aujourd'hui compte que les pays qui ont acheté de l'armement US ne peuvent pas l'utiliser comme ils le veulent. Il est donc temps de virer tout ce qui est armement US ainsi, d'ailleurs, que les bases OTAN ou US en Europe puisque nous savons aujourd'hui que jamais ces gens ne lèveront le petit doigt pour nous. L'immonde orange a même rappelé que l'article 5 de l'OTAN n'est pas une obligation. Ce qui signifie que l'OTAN n'est pas un parapluie et n'empêchera aucune attaque future. Il est d'ailleurs assez curieux de constater que cet article 5 n'a été utilisé qu'une seule fois. Et par les USA après le 11 septembre 2001.
Ne vous leurrez surtout pas, les prochains sur la liste sont les pays baltes et la Pologne parce que le problème de Koenigsberg n'est pas réglé. Nous avons donc besoin d'avoir une puissance pour nous défendre. Et cette puissance passe forcément par la France (puissance nucléaire), malheureusement par le Royaume-Uni qui n'est plus dans l'UE en raison d'une ingérence russe et par quelques autres pays qui ont encore une armée prête à intervenir.
Et qu'avons-nous fait depuis 2022 ? Rien ou presque. À peine a-t-on timidement relancé la production d'obus en Tchéquie. La position de l'Allemagne par Scholz fut honteuse de bout en bout. Celles de l'Espagne et du Portugal juste risibles. L'Italie veut bien y aller, mais avec la réassurance des USA alors qu'on voit aujourd'hui la valeur de sa parole et qu'il est urgent de couper les ponts. Les USA, qui sont passés de l'époque Reagan et Bush père d'amis de l'Europe à une position neutre depuis Obama, sont aujourd'hui une puissance hostile. Et il serait temps d'ouvrir les yeux.
Ce jour, l'immonde orange a convoqué l'alcoolique de Moscou à Ryad pour discuter de l'avenir de l'Ukraine en absence des Ukrainiens qui n'ont rien à dire sur l'avenir de leur pays — alors que ce sont eux qui contiennent les Russes depuis plus de trois ans — et des Européens. Après avoir essayé d'extorquer des terres rares aux Ukrainiens pour 500 milliards de $US (alors que la totalité de l'aide US n'était que de 180 milliards dont une grande partie a directement fini dans les poches des industriels de l'armement américain), ce salopard — désolé, je n'ai pas d'autre mot — se permet de dépecer un pays souverain pour faire plaisir à son copain Poutine.
Ce que la plupart des gens ignore, c'est que l'aide européenne à l'Ukraine a été supérieure à celle des USA, ce qui devrait intimer à ce sale type de fermer sa grande gueule. Non, au lieu de cela, il fraye avec les Russes qui devraient être devant la Cour Pénale Internationale, bafoue le droit international avec une désinvolture assez exceptionnelle et se pavane.
Nous assistons aujourd'hui à la fin d'un monde. La fin de l'hémisphère occidental au profit du retour de l'impérialisme le plus sombre. D'un côté les USA qui traitent les autres pays comme des vassaux corvéables à merci, la Russie qui rêve de l'empire soviétique passé et la Chine. Si l'Union Européenne ne se réveille pas tout de suite, dans moins de cinq ans, nous seront en guerre à moins que tous les « patriotes » de carton qui sont en fait des collabos en puissance ne nous contraignent à nous coucher devant l'envahisseur.
Nous avons immédiatement besoin d'une fédéralisation de l'Union Européenne. Pour plusieurs raisons :
Si nous ne faisons pas cela, si nous ne sommes pas capables alors que nous sommes plus nombreux que les USA et les russes réunis d'aider l'Ukraine, nous méritons de disparaître.
Tous les souverainistes en papier mâché seront contents. Sauf que si nous ne sommes pas capables de peser à 450 millions, nous ne le ferons pas à 65. Et n'oubliez pas que le seul homme politique au-dessus du lot depuis 2022 est un certain Zelensky. Le rigolo de télévision a une stature d'homme d'état, sans doute plus grande même qu'un Churchill parce qu'il est seul, dramatiquement seul, alors que toute la classe politique professionnelle est aux abonnés absents. Le président ukrainien est aujourd'hui la seule boussole morale de l'occident. Vous pouvez chercher, il n'y en a pas d'autre.
J'ai honte, mais j'ai honte pour nous tous.