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Ethylotest

01.03.12 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Mauvais esprit

Trente pourcents des accidents de la route sont dus directement ou indirectement à l'alcool. C'est un fait. Et pour lutter contre l'alcoolisme au volant, il n'y a que deux solutions. Soit comme le préconise José Artur, il faut retirer le volant des voitures, ce qui serait en soi une solution, soit il est urgent de contrôler les usagers de la route.

Et que fait le gouvernement ? Il publie au journal officiel du 28 février 2012 un décret dont je vous indique les plus beaux morceaux :

Décret n° 2012-284 du 28 février 2012 relatif à la possession obligatoire d'un éthylotest par le conducteur d'un véhicule terrestre à moteur

Publics concernés : conducteurs de véhicule terrestre à moteur.
Objet : obligation de détention d'un éthylotest pour tout conducteur de véhicule terrestre à moteur.

Entrée en vigueur : le texte entre en vigueur le 1er juillet 2012. Le défaut de possession d'un éthylotest sera sanctionné à partir du 1er novembre 2012.

Notice : le décret oblige tout conducteur d'un véhicule à posséder un éthylotest non usagé, disponible immédiatement. L'éthylotest doit satisfaire aux conditions de validité, notamment sa date de péremption, prévues par le fabricant. Le conducteur d'un véhicule équipé par un professionnel agréé ou par construction d'un dispositif d'antidémarrage par éthylotest électronique ainsi que le conducteur d'un autocar équipé d'un tel dispositif est réputé en règle.

Déjà, il y a un problème. Le texte n'est pas cohérent puisqu'il stipule que tout conducteur doit posséder un éthylotest non usagé. S'il veut l'utiliser et être en règle, il lui en faut donc au moins deux. Et rien n'oblige un heureux possesseur d'un éthylotest à l'utiliser et à ne pas rouler complètement saoul. Et que se passe-t-il s'il me reste un éthylotest, que je viens tout juste de l'utiliser et que je me fais contrôler ? Un beau décret d'application complètement bancal comme je les aime.

Je ne cautionne pas l'alcool au volant. Mais ce genre de texte totalement inefficace n'aura que les conséquences suivantes :

  • créer un marché aux vendeurs d'éthylotests de tous poils (électroniques, donc avec la calibration, ou chimiques, avec une péremption plus ou moins proche) avec à la clef un label de certification plus ou moins bidon ;
  • ne pas se mettre à dos ceux qui vivent de la vente d'alcool surtout en période électorale ;
  • ne pas réellement lutter contre l'alcoolisme au volant, il en faudrait bien plus.

Lutter contre l'alcoolisme, et plus généralement contre toutes les incivilités routières, cela demande des moyens. Aujourd'hui, l'immense majorité de ces moyens est mise dans des radars permettant de verbaliser ceux qui dépassent les vitesses autorisées (dont l'immense majorité se font avoir pour moins de dix kilomètres par heure de dépassement sur des routes dégagées, preuve de l'inefficacité de la mesure en terme de prévention des accidents et du jackpot pour l'état). Rien n'est fait pour lutter contre les autres incivilités, en particulier contre l'alcoolisme et les stupéfiants.

Posséder un ou plusieurs éthylotests dans son véhicule s'apparente à une mesure volontaire qui ne résoudra rien. Parce que si nous allons par là, pourquoi ne pas avoir aussi un détecteur de canabis ou de tout autre stupéfiant ? Pourquoi ne pas avoir un détecteur de vigilance ? Quelqu'un qui boit sait qu'il n'est pas en état de conduire et prend tout de même son véhicule. Le fait d'avoir un éthylotest permettra au mieux d'indiquer à un buveur occasionnel , sensibilisé à la chose, qu'il n'est plus en état de conduire, certainement pas à un récidiviste patenté. Si on veut réellement une mesure efficace, rendons alors obligatoire les éthylotests anti-démarrage dans tous les véhicules, mesure qui sera d'ailleurs aussi efficace que le plombage des limiteurs de vitesse des poids lourds dont je rappelle qu'ils sont censés couper l'injection à 85 km/h plus ou moins 5 km/h. Je ne sais pas si vous voyez bien de quoi je veux parler.

On pourra prendre le problème dans tous les sens. On ne peut pas lutter contre l'alcoolisme au volant avec de telles mesures. Il faut des moyens. Ces moyens, la police nationale et la gendarmerie les ont. Il suffit de réaffecter une partie des fonctionnaires en charge des excès de vitesse à cette lutte qui est au moins aussi prioritaire. C'est une simple volonté politique.

 

7 commentaires

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Commentaire de: Toxico Nimbus  
Toxico Nimbus
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Encore une fois on se complaît dans un faux débat. Il n’y a pas besoin d’être un grand statisticien pour s’apercevoir qu’un des principaux facteurs de décès (pour les véhicules à 4 roues) est le non port de la ceinture. L’alcoolémie, certes facteur aggravant, a un rôle assez marginal.

Au passage, interdire purement et simplement l’accès au permis (2 ou 4 roues) au personnes de moins de 25 ans serait extrêmement efficace !

Dans le cas des véhicules à 2 roues, la sélection est darwinienne puisque les motards/cyclomotoristes/cyclistes sont généralement les seules victimes de leur propre irrespect de la législation.

01.03.12 @ 15:22
Commentaire de: Le Grincheux

Permettez-moi de ne pas être d’accord. La ceinture sert avant tout de protection à la suite d’un choc. Se débrouiller pour qu’il y ait moins de conducteurs sous l’emprise de l’alcool sert justement à éviter une partie de ces chocs.

Avant de lutter contre les conséquences d’un accident, il serait peut-être intéressant de lutter contre ses causes.

01.03.12 @ 17:06
Commentaire de: Atg
Atg

L’alcool au volant et l’utilisation quelquefois associée de drogues est une prise de tête. Que sait-on des effets réels de l’alcool ou d’une drogue particulière ? Si on se réfère aux recherches publiées par l’Inrets, l’affaire n’est pas si simple.

Le principal facteur est l’habituation. Prenez n’importe quel individu et donnez lui n’importe quelle drogue, ça peut être chaud. Qu’il atteigne un seuil contraventionnel, délictuel ou pas. Le code a été obligé de fournir un texte sur “l’ivresse au volant” pour statuer sur la personne qui est d’équerre alors qu’elle est très inférieure aux 0,5g/l fatidiques.

A-contrario, un pilier de comptoir peut très bien ne pas avoir de modifications sensibles du comportement (ou du système réflexe) alors qu’il a franchi ces seuils. Il peut aussi, bien entendu, se sentir en forme et être réellement hors d’état de conduire.

Comme la SR est avant tout un machin idéologique et électoraliste, on tord les stats dans tous les sens pour leur faire cracher ce qu’on veut bien.

Que sait-on réellement des accidents “liés” à l’alcool ? A quelle dose ? Sur quel type de personne ?

Albert a pris ses trois pastis. Si on le contrôle, il est mal. Si il a un accident, il est très très mal. Mais qui est Albert ? Un habitué des trois doses ? Alors, son ralentissement réflexe sera nul et Albert ne danse pas sur la table avec une telle dose. Le type qui se fait flasher par un radar annoncé est peut-être autrement plus dangereux car il est ailleurs. Où, on ne sait pas, mais pas à sa conduite en tout cas. Combien de milliards de km ont été parcourus sans accidents par les frères d’Albert ?

Armand, son copain, surnommé Bob Marley, est accroc du pétard. Il conduit des grues et autres engins sophistiqués sans jamais avoir eu d’accidents au boulot. Sur la route, les flics le repèrent car il prend des distances de sécurité trop importantes (sic) pour un français. Il roule trop lentement. Eventuellement, quand il est tombé sur de la très bonne, Armand peut avoir un peu de mal sur le positionnement latéral. Combien de km les Armand ont-ils parcouru sans avoir d’anicroches ?

Athanase, comme son nom l’indique, carbure à l’héroïne. Lui, le problème, quand il prend sa tire, c’est que quelquefois ce salaud n’a pas pris sa dose avant. C’est son état de manque qui est dangereux.

Alcool ou stupéfiants : on a tiré sur la gueule des statistiques à un tel point qu’elles en sont défigurées même pour un politicien. Ca a commencé avec l’expert auto-proclamé en SR, le moine bénédictin “Professeur Got". Rien que sa tronche, on a envi déjà de se cuiter pour oublier.

Faudrait qu’ils communiquent les rapports d’accidents, les modes de relevés et les analyses factorielles dans le détail pour qu’on commence à y voir plus clair. Pas de mode de recueil des données, pas de méthodologie statistique communiqués : torchons-nous avec le rapport. L’argument massue en général est “facteur d’aggravation". Comment le sorte-t-il, mathématiquement, ce facteur d’aggravation ? Mystère.

Je préfèrerais personnellement une présence policière (voire militaire : plutôt que de s’emmerder dans une caserne ou de préparer la prochaine défaite, elles peuvent être utiles les forces combattantes). Et un contrôle à l’américaine : comportemental.

Qu’on foute la paix à Albert, qu’on sanctionne sa femme, pompette avec un fond de verre, et qu’on mette au trou le petit Albert déchiré à l’eau-de-feu russe dès qu’il sort de sa boîte où il s’est encore pris une soirée de rateaux.

Pour les “décisionnaires", un rappel obligatoire maths-physique-chimie-neurophysio ne serait peut-être pas du luxe non plus.

01.03.12 @ 20:17
Commentaire de: Rico
Rico

Il faudrait voir à pas tomber dans la caricature : certes le facteur habitude permet de limiter les dégâts, mais lorsqu’un est à 2g dans chaque bras, habitué ou pas, on est fin bourré, et clairement pas apte à effectuer une tache demandant attention et réflexes !

28.06.14 @ 10:26
Commentaire de: Bertrand
Bertrand

70% des accidents sont donc imputables aux buveurs de flotte.

01.03.12 @ 22:32
Commentaire de: Bertrand
Bertrand

Plus sérieusement, la sélection pour les 2-roues ne serait darwinienne que si les victimes étaient aussi les responsables, ce qui n’est hélas pas toujours le cas.

01.03.12 @ 22:35
Commentaire de: Toxico Nimbus  
Toxico Nimbus
***--

On oubliera pas rappeler que seuls les accidents constatés par la police - donc avec dommages corporels entrent dans les statistiques. Statistiques tellement bien présentées qu’on en conclue que la suppression pure et simple de la voiture, de la ligne droite ou du plat permettrait d’éviter la quasi totalité des disparitions tragiques.

03.03.12 @ 22:21


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