Manifestation contre l'islamophobie

11.11.19 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise humeur, Monde de merde, Je hais les politiciens

Il restera certainement dans les livres d'histoire que la manifestation du dimanche 10 novembre 2019 sera le Munich de la guerre qui s'approche à grands pas. Les panneaux brandis par la foule en délire, honteux, ne peuvent être couverts par la liberté d'expression ou d'opinion. Manifester contre l'islamophobie — si tant est qu'elle puisse se réduire à elle-même — est une chose, manifester pour l'imposition d'un islam politique en est une autre.

Manifestation contre l'islamophobie
Fig. 1 : gentil manifestant apolitique

Que l'on me comprenne bien, je n'ai jamais soutenu le Rassemblement National ni aucune de ses émanations directes ou indirectes, j'ai seulement travaillé quelques années pour des gouvernements de pays du Moyen-Orient. Je vivais au milieu des villes arabes et j'avais la chance d'avoir un visa particulier me permettant de me déplacer librement das ces pays, contrairement aux travailleurs expatriés qui ne pouvaient en voir que ce que les autorités leur laissaient entrevoir.

La vision que nous avons en France de l'islam est particulièrement biaisée car nous y voyons surtout des chérifiens et des adeptes du soufisme. Historiquement, nous n'avons pas été en contact avec le sunnisme pur et dur avant que les imams formés et payés par les gouvernements du Moyen-Orient n'arrivent en France. La situation s'est d'ailleurs assez étrangement dégradée depuis leur arrivée.

Ce que le français de base refuse de voir, surtout lorsqu'il compare l'islam actuel à la chrétienté du Moyen-Âge, c'est que l'islam est figé et irréformable. Ce qu'il refuse de voir, c'est aussi que l'islam n'est rien d'autre qu'un projet politique.

L'islam est irréformable car il faut que les textes restent inchangés et éternellement dans la langue d'origine. Prétendre que cette langue est l'arabe classique est une énorme erreur et consiste à croire qu'une langue n'a pu évoluer en plus de mille ans. Or la langue du Qu'ran et des textes associés est une langue archaïque difficile à comprendre aujourd'hui même pour les exégètes. La rhétorique est absconse, les versets s'invalidant mutuellement sont tellement nombreux qu'il est parfaitement possible à n'importe quel inculte se prétendant imam de lui faire dire n'importe quoi ou son contraire. On y trouvera pas exemple que le juif, le sabéen et le chrétien trouveront leurs salaires auprès de dieu alors que quelques sourates plus loin, ils seront tous trois considérés comme des mécréants à trucider.

Cet islam, figé au VIIe ou VIIIe siècles se comprend lorsqu'on le regarde pour ce qu'il est. Contrairement à une idée trop répandue, l'islam n'a pas été créé à partir de rien. Il a remplacé, certes, un polythéisme plus ancien mais aussi le judaïsme en leur ajoutant un projet politique. Ce projet politique était en avance sur son temps, nettement. Le commerce et les arts en ont bénéficié, ce qui explique l'expansion de l'islam en quelques décennies de l'Andalousie jusqu'à l'Inde. L'islam a simplement apporté le progrès.

Pour être sûr que ce projet politique ne soit pas dévoyé, les textes fondateurs devaient rester inchangés. Or si l'islam était un net progrès lors de son élaboration, les autres civilisations ont continué leur petit bonhomme de chemin et ont fini par le dépasser, grosso modo au temps des cathédrales. D'où la reconquête de l'Andalousie et le repli de la civilisation musulmane sur elle-même à partir de la fin du Moyen-Âge. Il existe quelques exemples où le repli fut plus tardif somme la zone d'influence turque, mais en règle générale, cette civilisation s'est effondrée parce que son projet politique était devenu totalement obsolète.

Sauf qu'aujourd'hui, la vision arabo-musulmane reste la même, à savoir celle d'un islam conquérant imposant sa loi islamique, alors que le contexte international n'est plus du tout le même. Il y a toujours d'un côté les musulmans et de l'autre les mécréants. Et la différence entre les deux groupes devient d'autant plus grande que le mode de vie occidental arrive au Moyen-Orient, provoquant un rejet encore plus important puisque ce mode de vie est rapidement qualifié de contraire à l'islam. La schizophrénie guette pourtant puisque si la chariah interdit la pornographie, tous les jeunes possèdent des smartphones avec grand écran et des abonnements étranger leur permettant l'accès en ligne à ces vidéos légères. Corollaire s'il en fallait un, la technologie elle-même est contraire aux principes de l'islam.

Nous avons donc d'un côté un groupe constitué principalement par les pays occidentaux, d'un autre un autre groupe constitué par les pays arabes du Moyen-Orient qui financent aujourd'hui les mosquées du monde entier, distillant leurs visions de l'islam politique et appuyant sur le sunnisme. Et c'est là qu'est l'os. Le chiisme possède un clergé hiérarchisé. Ce faisant, le croyant de base ne peut pas interpréter les textes comme il le désire. Ces textes sont interprétés par des exégètes, des savants (ce qui n'empêche pas de tomber sur des imbéciles, mais le clergé hiérarchisé permet de canaliser un peu le tout). Dans le sunnisme, rien de tel. Tout le monde peut interpréter les textes comme il le veut, même s'il est infichu de les lire dans la langue originelle et qu'il est totalement inculte. Je devrais écrire surtout s'il est totalement inculte, puisqu'il sera plus aisément manipulable.

Manifestation contre l'islamophobie
Fig. 2 : qu'ran alternatif avec la reconnaissance de la shoah un jour sur deux (quand ça les arrange)

Vous me rétorquerez que ce n'est pas grave puisque la société musulmane comme toutes les autres se sécularisera. Je vous répondrai que non, ni à court ni à moyen terme. Nous avons une sale habitude qui consiste à coller sur le monde musulman notre propre vision de la religion et la sécularisation de la société. La loi de séparation de l'église et de l'état de 1905 n'a aucun sens pour un musulman. Pourquoi ? Parce que, justement, l'islam est un projet politique conçu comme tel et qu'il n'y a aucune différence entre l'islam, l'islamisme, le musulman et le fait d'être d'ethnie arabe. Il ne s'agit que de degrés différents de prosélytisme, pas de différences de position. Tous les cuistres qui discutent de cela en France devraient faire comme moi, s'immerger durant de longues périodes dans la population arabe du Moyen-Orient et ne pas déblatérer dans les studios de radio ou de télévision leur connaissance du monde arabe tel que vu depuis la fenêtre de l'hôtel Hilton de la capitale du coin.

Il n'y a pas, en proportion, beaucoup plus de croyants au Moyen-Orient que de pratiquants, toutes religions confondues, en Europe occidentale. Mais ils font tous leurs cinq prières par jour. Pire, lorsque j'étais avec un copte égyptien à Ad Dharan, celui-ci faisait les cinq prières pour ne pas avoir de problème. On ne peut donc distinguer l'islam de l'appartenance ethnique et l'appartenance ethnique de la pratique — je parle bien de pratique et non de croyance. Ce faisant, en contrariant l'islam, on contrarie aussi la population arabe qui s'agglomère comme un seul homme.

Quant à la différence entre l'islam et l'islamisme, ce n'est qu'une question de degré. Les études sociologiques indiquent que 15 à 25% des musulmans européens sont capables de prendre les armes pour leur religion — à relativiser aux 14% des tunisiens de 15 à 35 ans qui se disent aujourd'hui croyants, proportion encore plus faible au Maroc chez les chérifiens. Un musulman sur quatre à un musulman sur six, en Europe, peut donc être qualifié d'islamiste. Mais c'est faire assez peu de cas du reste, du ventre mou, la plupart du temps assez peu éduqué et influençable qui peut assez facilement gonfler les troupes et les gonfler de l'intérieur. Les mêmes études parlent de 50 à 60% de la population musulmane. Nous arrivons donc à 70 à 80% de la population musulmane de France qui est, pour mémoire, de plus de six millions d'individus.

Nous avons donc sous les yeux une bombe à retardement. Et plus nous attendrons, plus ce problème deviendra explosif. Ce n'est pas grave, aujourd'hui, nous discutons des différences entre islam et islamisme, occupation oiseuse s'il en est. Nous sommes aujourd'hui comme les byzantins. Nous discutons du sexe des anges alors que les armées musulmanes sont déjà chez nous.

 

Pôle Emploi

03.11.19 | par Le Grincheux | Catégories: Je hais les politiciens

Sous prétexte de clientélisme bassement électoraliste, les cadres vont encore faire les frais de la réforme des allocations chômage. Ils sont déjà sollicités fiscalement puisqu'ils échappent à toutes les baisses d'impôts ou presque et vont l'être encore plus avec la prochaine réforme des retraites.

Une fois encore, ce pays rate ses rendez-vous avec l'histoire. Il aurait été de bon ton de remettre tout le système à plat, ce qui est nécessaire depuis au moins quarante ans. Mais comme il n'existe plus d'homme d'état ou simplement d'homme politique courageux, aucune réelle réforme n'a été entreprise sur ce sujet.

Les indemnités chômage des cadres vont donc être dégressives. Et elles seront dégressives car, paraît-il, les cadres ne connaissent pas le chômage. Cette affirmation est tout simplement mensongère dans le cas général. En effet, le cadre est là pour encadrer les employés (d'où son nom) et si les employés barbotent dans un chômage de masse, le cadre risque fort d'être lui aussi touché puisqu'il n'aura plus personne à encadrer.

Les statistiques sur l'emploi des cadres sont particulièrement biaisés parce qu'on est cadre que lorsqu'on paie les cotisations du statut cadre. On entend régulièrement que les salaires des cadres augmentent sans cesse. C'est faux, les salaires des cadres, contrairement à ce qui est affirmé ici et là, ne cessent de chuter. Pour s'en convaincre, il ne faut pas regarder les salaires des cadres en place mais les salaires sur nouvelle embauche. Effectivement, pour les cadres en place ayant la chance de ne pas changer d'employeur, les salaires progressent. Pour les autres…

Quant aux statistiques de l'emploi des cadres en général, elles sont elles aussi totalement biaisées. Les employeurs recherchent des cadres jusqu'à dix ans d'expérience. Au-delà, vous êtes soit trop cher, soit trop qualifié. Pour vous en convaincre, regardez un peu les annonces sur un site spécialisé comme celui de l'APEC. De guerre lasse, les cadres en situation de chômage passent à autre chose : prestation ou création d'entreprise. Il est fou de voir le nombre de cadres pointant chez Pôle Emploi partir dans la création ou la reprise d'entreprise. Ces gens disparaissent des statistiques des cadres. Il n'y a donc pas moins de chômage d'anciens cadres, mais moins de chômeurs au statut cadre.

Pourquoi les cadres, passé un certain âge, ne comptent que sur eux-mêmes ? La raison est simple. Lorsque vous avez un poste à responsabilité, il est impossible de postuler à un niveau hiérarchique inférieur. Ça ne passe pas. Par ailleurs, aujourd'hui, aucune entreprise ne va engager un cadre supérieur à l'année. Le coût du travail en France étant délirant, elles préfèrent des jeunes payés au lance-pierre en s'offrant le luxe de se payer une personne compétente pour un besoin précis et un temps limité. Passé 45 ans, le cadre supérieur faisant partie d'un plan social ne peut compter que sur lui-même ou sur la prestation. Là encore, il disparaît de la population des cadres.

Une fois de plus, plutôt que de constater le problème typiquement français de l'emploi en général, puis d'essayer d'en corriger la source, le gouvernement va taper sur la classe moyenne supérieure en refusant de voir que le cadre n'est pas plus favorisé que les autres travailleurs en France. La seule différence, c'est que le cadre ne va pas tout attendre de l'état nounou.

Ce faisant, le gouvernement français devrait se souvenir que, parmi les cadres, nombreux sont ceux qui ont voté LREM, non pas par adhésion mais par défaut.

 

Changement de sphères

02.11.19 | par Le Grincheux | Catégories: Haines ordinaires

J'ai failli intituler très prosaïquement ce papier J'ai les boules.

Il y a un peu plus de deux ans, j'ai fait changer un train de pneus sur la Xantia de mon épouse. Naïvement, pour cela, je suis allé chez le garagiste Citroën du bourg d'à-côté histoire de le tester. J'étais en effet fâché avec son prédécesseur puisqu'il s'était fait de la publicité sur mon dos en exposant ma DS sans jamais n'avoir réussi à changer un roulement de bras de suspension en neuf mois. Ce garagiste ayant une affaire qui périclitait avait décidé de vendre son affaire. Comme le garage Renault chez qui je faisais entretenir mes véhicules était bien plus loin, c'était une bonne occasion de tester le nouveau venu.

Et je l'ai testé. Une facture, une seule, et son incompétence. Il fallait changer les sphères avant, de mémoire, ainsi que prendre les pneus du train arrière, les monter à l'avant et installer un nouveau train de pneus à l'arrière. Je lui naturellement indiqué ce qu'il convenait de faire.

J'ai commencé par tiquer lorsque le garagiste en question m'a assuré qu'il fallait toujours changer toutes les sphères en même temps, en l'occurrence les cinq sur ce véhicule. J'ai eu une GSA, une BX, une DS23ie, une XM et mon épouse une Xantia et jamais je n'avais encore entendu cela. Que l'on change les sphères par train, c'est logique. Mais il faudra me justifier le fait qu'il faille toutes les changer en même temps. Cerise sur le gâteau, pas de sphère disponible chez Citroën, seulement chez l'un de ses fournisseurs qui les a vendues à prix d'or.

Comme ce gougnafier a refusé de mettre les pneus neufs à l'arrière, au bout de quatre pertes de contrôle du véhicule au milieu de la circulation, nous avons fini un tête-à-queue dans une pile de pont. Tôlerie à faire, voiture immobilisée plus d'un an entre expertises, contre-expertises auxquelles ce charmant garagiste a toujours refusé de se présenter. Diagnostic : les pertes de contrôle sont vraisemblablement dues au montage non conforme des pneumatiques, mais on ne vous l'écrira pas parce que ce n'est pas sûr à 100%, vous avez très bien pu commettre une erreur de conduite (sic).

Entre temps, j'apprends que ce garagiste n'en est vraiment pas à son coup d'essai et que Citroën a entamé une action pour qu'il perde l'agrément d'agent Citroën. C'est d'ailleurs chose faite aujourd'hui où ce charmant monsieur est garagiste indépendant.

Il y a quelques jours, la suspension de ce véhicule est devenue subitement dure à l'avant droit. C'est symptomatique de l'implosion d'une sphère de suspension. Je teste, effectivement, c'est dur. Les sphères vendues comme neuves étaient d'une marque que je ne citerais pas et qui produit des sphères juste regonflées et vaguement reconditionnées. Ces sphères ont fait 5000 km en à peine un an puisqu'elles ont été fabriquées en juin 2017, posées en août de la même année et que ce véhicule a passé plus d'un an en étant immobilisé.

J'ai donc commandé des sphères avant pour Xantia non hydractive, de marque IFHS, chez Citroservices. Pourquoi IFHS ? Parce que ce sont des sphères neuves et non reconditionnées et, qu'après les sphères d'origine Citroën, ce sont les plus fiables.

Ce matin, j'attaque la mécanique. Changer des sphères à l'avant, c'est normalement une histoire de cinq minutes par sphère. À l'arrière, c'est plus compliqué, il faut débloquer la sphère sous pression pour ne pas vriller le vérin et il faut au moins des chandelles ou des rampes, mais à l'avant, c'est assez trivial.

Je mets donc la voiture en position basse et je dépressurise le circuit (en dévissant d'un quart de tour, pas plus, avec une clef de douze, la vis sur le conjoncteur-disjoncteur). Pas de fuite de liquide, je sors la clef à sangle et je constate que les sphères sont rayées, signe qu'elles ont été montées avec un outil. Or une sphère se monte à la main. Toujours.

J'installe la clef à sangle, j'essaye de dévisser la sphère côté conducteur. Pas moyen, je m'échine dessus durant quelques dizaines de minutes sans succès. Côté passager, même constat. Je me refuse de faire comme certains, utiliser un chalumeau pour dilater le pas de vis car le dôme de suspension est en élastomère. Une seule solution, acheter une clef à chaîne, et pas une clef de jeune jouvencelle.

À la coopérative agricole, rupture de stock de clef à chaîne. Reste le bricocasto du coin. Je m'y rends. Au rayon automobile, je trouve une clef à chaîne à 3,99 €. Un peu légère. Mais en discutant avec le patron de l'enseigne, celui-ci m'emmène au rayon carrelage où se trouve une clef de compétition avec un manche de plus de 30 cm. Prix en conséquence puisqu'elle me fut vendue 29,62 €.

De retour chez moi, j'essaye de passer la chaîne autour des sphères. Ça passe tout juste parce qu'officiellement, c'est une clef à sangle qui est recommandée pour ces opérations. Rien à faire, aucune des deux sphères ne bouge d'un poil. Pris d'un doute, je vérifie tout de même le sens du filetage, on ne sait jamais. Sur le U23, j'ai bien des écrous avec pas inversé. Rien à dire, je tournais bien dans le bon sens.

Refusant encore de sortir le chalumeau, je cherche une massette et une planche de bois martyr. Avec ces accessoires, j'arrive enfin à décoller les deux sphères.

Si vous avez bien suivi, le circuit hydraulique était à la pression atmosphérique. Il ne devait donc rien couler du pas de vis en retirant les sphères. J'ai eu droit à un geyser de LHM saturé d'azote sur des deux sphères. La sphère côté conducteur, moins sollicitée, avait une membrane percée mais il restait encore un peu d'azote. Côté passager, la sphère était pleine de LHM, membrane en lambeaux. Mais plus intéressant encore, sur le pas de vis, je ne trouve aucune trace d'oxydation pouvant expliquer leurs blocages, mais des traces suspectes de Loctite. Je nettoie les deux pas de vis des traces de ce produit je change les deux joints et je revisse les nouvelles sphères à la main.

Nous avons donc un agent Citroën qui a remplacé des sphères par des sphères reconditionnées d'une qualité douteuse tout en les faisant payer le prix des sphères d'origine Citroën — les reconditionnées portent les frappes à froid de la marque puisque l'entreprise en question ne reconditionne que des sphères d'origine Citroën — et qui ne sait pas que les sphères se montent à la main et surtout sans ces merdouilles de type Loctite.

Et naturellement, encore une fois, aucun moyen de prouver l'arnaque.

 

Le cas Vincent Lambert

12.07.19 | par Le Grincheux | Catégories: Je hais les tradis, Je hais les politiciens

Je ne voulais pas réagir à chaud. Vincent Lambert étant officiellement décédé, je peux maintenant écrire ce que je pense de cette regrettable affaire.

Force est pourtant de constater que l'état français a réussi à faire ce à quoi s'acharnait depuis des années une partie de sa famille. Il a réussi à tuer Vincent Lambert. À titre personnel, j'aurais souhaité que le ministre des solidarités et de la santé reste neutre et j'avoue que je ne me suis pas remis du fait qu'elle se soit pourvu en cassation. Faut-il rappeler qu'Emmanuel Macron, quelque temps avant cela, avait déclaré qu'il ne voulait surtout pas s'en mêler ? Visiblement, la parole du président de la république n'engage pas ses ministres. Vous allez me répondre que le chef de la troupe ministérielle n'est pas le président de la république mais le premier ministre, c'était vrai sous la Ve république, mais depuis le quinquennat, nous sommes dans une VIe république qui ne dit pas son nom puisque ce bidouillage chiraquien a sensiblement déplacé le centre des pouvoirs.

Cette affaire est une tartufferie comme nous n'en subissons que rarement. Et heureusement. Vous allez me dire que Vincent Lambert aurait dû écrire ses directives anticipées, qu'en tant qu'infirmier, il était bien placé pour savoir qu'il en avait les possibilités. Certes.

Mais en tant qu'infirmier, il était sûrement aussi en état de comprendre ce que cela signifiait. Contrairement à ce qui est clamé haut et fort, l'état refuse le droit de mourir dans la dignité en refusant l'euthanasie contrairement à une grande partie de nos voisins. Ce n'est même pas une histoire de religion puisque des pays catholiques comme l'Espagne sont vraiment en avance sur ce point. Et c'est pour cela qu'en France, malgré les risques encourus, il y a entre 3000 et 4000 euthanasies illégales par an.

Le problème est que la mort dans la dignité est, du point de vue de la loi française, quelque chose qui se pense du point de vue du médecin et non du point de vue du patient. La loi parle de dignité, mais il n'en est rien. Il ne s'agit que d'un mot, d'un concept totalement dénué de sens. Elle refuse au patient le choix de sa mort et ne propose qu'une sédation profonde et continue avec l'arrêt de l'hydratation et de la nourriture. Or les soins palliatifs, justement, sont tout sauf l'arrêt des soins. Le patient français a donc le choix entre souffrir (déraisonnablement) ou mourir dignement de soif (sédaté), donc entre la peste et le choléra. Et l'état a l'outrecuidance de demander aux gens de choisir, allant jusqu'à reprocher aux français comme l'a fait récemment le ministre en charge des affaires sociales le fait que les français ne rédigeaient pas leurs fameuses directives anticipées. Pourquoi sont-ils si peu nombreux à le faire ? Peut-être parce que la question posée n'est pas de savoir si un patient refuse ou non l'acharnement thérapeutique déraisonné, mais si on accepte de mourir de faim ou de soif ? Cela renverse un peu les perspectives.

Pour le médecin, l'honneur est sauf. Jamais il n'aura directement tué son patient. Il l'aura juste laissé mourir de soif, une agonie de plusieurs jours. Quelqu'un qui meurt de soif, même sédaté, ce n'est franchement pas beau à voir. L'image laissée aux proches est déplorable, qu'il s'agisse de l'image du patient ou de celui du corps médical qui n'en sort pas grandi et qui a, in fine, droit de vie et de mort sur un patient au travers de concertations entre médecins.

Le patient est sédaté profondément et irréversiblement. Preuve s'il en est que le médecin, au moins dans le cas de Vincent Lambert, n'avait aucune preuve de l'état réel de son patient. Si était dans un état irréversible et végétatif, pourquoi donc le sédater ?

La république ne sort pas grandie de cette affaire car elle s'immisce une fois de plus dans un domaine privé. Mais le corps médical n'en sort pas grandi non plus puisque ses membres, sous prétexte d'avoir un jour ânonné le serment d'Hippocrate, se permettent de laisser mourir un patient faute de soins (l'hydratation est un soin) sous prétexte de ne pas vouloir provoquer sa mort par un acte volontaire. Pourtant, l'arrêt de l'hydratation est un acte volontaire.

Que l'on me comprenne bien. Je ne suis pas en train de prendre position sur le cas Vincent Lambert et je m'en garderai bien puisque nous ne savons strictement rien des affaires familiales. Pourquoi la moitié de la famille voulait-elle le faire mourir, pourquoi l'autre moitié voulait-elle le maintenir en vie ? Il y a peut-être des raisons obscures ou sordides que je ne connais pas. Je prends aujourd'hui position sur l'hypocrisie de la loi française sur ce sujet, hypocrisie qui nous concerne tous.

 

Brexit et conséquences

01.06.19 | par Le Grincheux | Catégories: Je hais les politiciens

Je suis effaré d'entendre les commentaires sur les résultats des élections européennes, qu'il s'agisse des résultats en général ou de ceux de la Grande-Bretagne en particulier. Mettre dans un même sac les nationalistes (polonais, hongrois…), les nationaux-socialistes (le Rassemblement National bien de chez nous) et les diverses extrêmes droites en chouinant que tous ces partis n'arriveront pas à former un groupe est pour le moins étrange lorsqu'on se targue à la fois d'avoir une carte de presse et d'être un analyste politique.

En particulier, les journalistes de tous bords nous disent pour la Grande-Bretagne que le parti du brexit du cuistre Nigel Farage est sorti grand gagnant avec 35% des suffrages exprimés. Certes, mais 35% des 37% du corps électoral qui est allé voté, soit, à la louche, 10% du corps électoral. Pas de quoi pavoiser d'autant que les listes partisanes du remain mises bout à bout totalisent plus d'électeurs mais en ordre dispersé. Ce résultat n'indique qu'une seule chose, que les britanniques en ont assez de cette incertitude qui s'éternise d'autant plus que certains s'aperçoivent qu'ils ont été roulés dans la farine, que le Commonwealth n'est pas l'ancien empire britannique et qu'il y aura des lendemains qui déchanteront certainement, le seul avantage de Londres étant sa place financière, place financière dont la primauté risque d'être remise en cause par ce brexit. En effet, le départ annoncé — parce que rien n'est fait, et même si la Grande-Bretagne sort de l'Union, je suis convaincu qu'elle reviendra en pleurnichant dans quelques années — risque même d'être le catalyseur qui manquait à l'Union pour continuer son intégration. Les pays européens sont des petits pays et, sans l'Union Européenne, sont condamnés à disparaître des cartes géopolitiques.

Mais revenons aux conséquences du brexit à court terme.

Vous savez ou vous ne savez pas, je conçois des équipements électroniques. J'utilise pour mon malheur des galvanomètres d'Anders Meters, une entreprise anglaise. Pourquoi ? Cette entreprise avait un catalogue complet et ses appareils de mesure coûtaient trois fois moins cher que ceux de ses concurrents asiatiques pour une qualité identique.

En électronique, lorsqu'un composant arrive en fin de vie et va être retiré des catalogues, le fabricant indique dans l'ordre avant d'arrêter la fabrication :

  • ne pas utiliser pour une nouvelle conception;
  • obsolète;
  • fin de vie.

Le processus dure plusieurs années. Avec le brexit, tout s'est accéléré. J'ai commandé il y a quatre mois des galvanomètres et aucune mention d'aucune sorte ne permettait d'imaginer que toute la production des appareils à aiguille s'arrêterait brutalement sans préavis. Or, cette semaine, j'ai voulu en commander à nouveau. Je n'en ai trouvé nulle part, ni chez le fabricant qui indiquait la fin de la production, ni chez les cataloguistes. Conclusion : Anders Meters en vendait assez puisqu'il n'y a plus en stock nulle part aucun de ses galvanomètres. Heureusement qu'il ne me reste plus de faces avant, j'aurais pu m'en servir comme presse-papiers !

Problème : il n'existe pas de produit comparable. S'il existe bien un fabricant asiatique, la dimension des galvanomètres n'est pas identique, ils sont beaucoup plus chers et difficiles à trouver à moins de commander un plateau de cent unités. D'autres galvanomètres existent, vendues par des boutiques spécialisées, mais je n'ai pas réussi à identifier le fabricant. Ils conviendraient sans doute pour des prototypes ou des bricolages, pas pour des appareils de série puisque l'approvisionnement n'est pas garanti.

J'ai donc décidé de concevoir mes propres systèmes de mesure, systèmes numériques parce que je ne suis pas équipé pour fabriquer des galvanomètres à aiguille. Il fallait donc dans un premier temps transformer les faces avant de mes équipements. Dans un second temps, il me fallait remplacer les cartes de mise en forme des signaux pour galvanomètres analogiques par une carte numérique. Et là, je me suis aperçu que ce n'était pas évident du tout. S'il y a encore dix ans il existait un circuit trivial, un simplement comparateur logarithmique, permettant de câbler simplement un vu-mètre, ce circuit n'est plus produit et il convient soit d'utiliser un microprocesseur (!) soit de câbler à l'ancienne un comparateur logarithmique à base de comparateurs classiques et de réseaux de résistances. Un travail de fou lorsqu'on veut une précision de 1 à 2%.

Ce petit exemple m'incite à croire que la panique est encore devant les britanniques qui restructurent violemment leurs entreprises pour essayer de ne plus produire que des équipements à très forte valeur ajoutée. La question est de savoir ce que feront les entreprises incapables de suivre ce chemin. Toutes celles qui seront en concurrence frontale avec les entreprises du reste du monde — en particulier avec les entreprises asiatiques — risquent de le payer très cher, surtout s'il n'y a aucun accord de sortie avec l'Union.

Mais les britanniques n'arrivent pas à se mettre d'accord, personne ne sachant réellement quoi faire Ainsi, si la Grande-Bretagne sort de l'Union, ce sera vraisemblablement sans accord. Il s'agit là du pire scénario, non pour l'Union, mais pour la Grande-Bretagne qui a bien plus besoin de l'Union que l'Union de la Grande-Bretagne.

Ceci devrait servir de leçon à tous les gouvernements européens, surtout ceux qui utilisent l'Union Européenne comme un bouc émissaire à peu de frais, utilisant l'Union pour faire passer les points de politiques nationales qu'ils refusent d'assumer et oubliant que la commission n'est qu'un organe aux ordres des conseils où les décisions sont prises, pour la plupart, à l'unanimité.

 

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