Devant l'ampleur des indécis à trois jours du premier tour de l'élection présidentielle de 2012, il est de mon devoir de vous aider à faire votre choix. Contrairement à tous les chantres et les apologues des différents candidats, je vais plutôt procéder par crible pour éliminer ceux qui ont les propositions les plus absurdes ou les plus néfastes à l'avenir de notre beau pays.
Commençons par Nathalie Arthaud. Pourquoi commencer par elle ? Simplement parce que je vais mentionner les candidats intéressants par ordre alphabétique. Donc revenons à Nathalie Arthaud qui veut financer la dette publique en taxant le capital et instaurer un impôt sur le revenu très progressif jusqu'à 100% pour les patrons (sic). Il faudrait dire à la seule enseignante d'économie et de gestion participant à cette campagne que le capital peut financer la dette publique au travers de l'emprunt ou financer l'état au travers de l'impôt. Mais il ne peut pas faire les deux. Dans l'état actuel des choses, on ne peut pas taxer le capital d'un côté et emprunter à ce même capital de l'autre pour que la taxe du premier serve de rémunération au second d'autant que mon premier et mon second sont le même. Suis-je assez clair ? Quant à taxer à 100% les patrons, nous allons faire un grand pas puisque la base de cet impôt ne sera plus un revenu ni un patrimoine — ce qui pour le patrimoine est déjà une aberration en soi comme je l'ai déjà indiqué dans d'autres billets — mais un statut. Encore faudrait-il dire à cette dame que l'immense majorité des patrons, pour reprendre ses termes, est à la tête de petites ou très petites entreprises et qu'ils ne gagnent souvent pas plus que le salaire médian de leurs employés. Comment peut-elle justifier le fait de taxer à 10% le revenu d'un salaire et à 100% le revenu d'un travailleur non salarié ? Mais là où l'on frôle l'absurde, c'est lorsqu'elle prétend vouloir construire un nouvel état sur le modèle de la Commune de Paris de 1871. Remarquez, c'est peut-être un excellent moyen de relancer le BTP. Si elle arrive à constituer une Commune sur l'ensemble de la France, quel Mur des Fédérés nous faudra-t-il !
Jacques Cheminade propose de régler les problèmes de l'éducation nationale par la généralisation du chant choral — je me demande encore d'où cela provient — et celui des finances par la sortie de l'euro et la création d'un « euro-franc polytechnique » dont je ne suis pas sûr qu'il sache lui-même ce que cela signifie.
Marine Le Pen qui tient de plus en plus un discours socialiste, ce qui, au risque de me répéter, est dangereux pour un parti déjà ouvertement nationaliste, propose de fusionner l'ISF et la taxe foncière. Quelle drôle d'idée que de fusionner un impôt et une taxe qui n'ont pas la même assiette. La chose intelligente aurait été de fusionner l'IR et l'ISF, mais visiblement, cela ne l'a pas effleuré. Elle est aussi pour la retraite à 60 ans pour les mères d'au moins trois enfants. Il faudrait lui souffler que des trimestres sont déjà accordés aux femmes sans condition de nombre d'enfants. Elle veut ne plus rembourser ce qu'elle nomme les IVG de confort, oubliant que la majorité des femmes ayant recours à l'IVG sont déjà sous contraception. Mais là où l'on frôle l'absurde, c'est que cette dame veut rétablir les frontières. Qu'elle désire remettre des postes de douane est une chose. Qu'elle souhaite rétablir des frontières qui n'ont jamais été abolies est aberrant.
Jean-Luc Mélenchon veut imposer une scolarisation obligatoire de 3 à 18 ans. La question est de savoir pourquoi faire. Mais le plus amusant est sa politique interdisant les licenciements boursiers, licenciements qu'il faudra définir dans la loi, ce qui ne sera pas une mince affaire, rétablissant les 35 heures qui n'ont pas été abrogées et la retraite à 60 ans en restant flou sur les modalités, et revalorisant les pensions « pour être à 75% du dernier salaire minimum ». Alors là, ce n'est pas clair et je suppose que Jean-Luc parle d'une pension qui devrait être au moins égale à 75% du dernier salaire à moins que je n'ai rien compris.
Quant à Philippe Poutou, il veut instaurer un impôt sur la fortune sur la totalité du patrimoine. Si j'ai bien compris, cela revient à instaurer un impôt sur tous les contribuables dès qu'ils possèdent quelque chose. La fortune commence donc avec la propriété, quelle que soit cette propriété.
Restent donc en lice cinq candidats. Faites vos choix, camarades !
Décidément, le site de Marianne2 regorge de petites perles. Quelqu'un de mal intentionné vient de me souffler dans l'oreille qu'il fallait que je me concentre sur la deuxième partie du billet disponible ici. Ce n'est pas charitable, ce n'est pas encore avec cela que je vais réussir à soigner mon ulcère.
Cette seconde partie s'intitule en toute simplicité : « les petits graphiques de monsieur Lenglet et autres détournements de la démocratie ». Rien de moins. Comme à ma sale habitude, je vais citer l'article en question et le critiquer point par point. Les diverses digressions de l'auteur seront coupées, mais je vais m'efforcer de ne pas trahir sa pensée.
Lenglet n’est évidemment pas professeur. [EDIT 15/04 pan sur le bec ! On me chuchote dans l’oreillette qu’il fut jadis prof de français… Cela explique qu’il fasse toujours comme s’il avait des élèves devant lui] Il est journaliste économique, ce métier de charlatans, de perroquets toujours intarissables quand il s’agit de commenter le passé, mais incapables de prédire l’avenir, ce qui ne les empêche pas de reprendre en boucle les mantras libéraux « il faut diminuer les déficits publics, il faut baisser le coût du travail, il faut que la France soit concurrentielle par rapport à la Chine…».
Cela commence très fort. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais on dirait presque du Mélenchon dans le texte. Il y a point fondamental qui est pourtant un des prérequis à tout fonctionnement d'un état providence. Ce point est prosaïquement le fait que l'économie de ce pays puisse fonctionner normalement. Pas forcément créer des richesses, mais assurer le quotidien des dépenses de l'état. Actuellement, dans notre beau pays de France, ce déficit est de six points de PIB. Il faut d'urgence réduire ce déficit avant que les acteurs qui nous permettent de vivre au-dessus de nos moyens, ces honteux financiers internationaux, décident de nous couper les vivres.
Une fois cette hypothèse posée, il est possible de discuter sur le fait que le coût du travail est trop important ou pas, mais dans tous les cas, il faut que la France redevienne compétitive par rapport à la Chine pour s'en sortir, que ce soit directement en baissant le coût du travail en France ou indirectement en instaurant des droits de douane. Les finances françaises sont prisonnières d'une pyramide de Ponzi depuis le début des années 1980, date à laquelle le déficit conjoncturel dû aux deux chocs pétroliers des années 1970 s'est transformé en déficit structurel sans qu'aucun gouvernement n'ait pris réellement la mesure du désastre.
Aujourd'hui, les programmes des différents protagonistes sont encore à côté de la plaque puisqu'ils promettent un retour à l'équilibre budgétaire pour l'un en 2016, pour l'autre en 2017, en prenant pour hypothèse de travail une croissance que pas un seul économiste raisonnablement optimiste et sérieux n'envisage.
Lenglet a développé un gimmick insupportable, mais qui semble plaire : il se travestit en professeur, et montre à ses élèves des graphiques de son cru qu’il leur demande de commenter, n’hésitant pas à leur taper sur les doigts si la réponse ne lui sied point.
François Lenglet a un mérite : afficher des faits, souvent des chiffres. J'admets parfaitement que cela puisse vous agacer. Ce qui m'agace prodigieusement, moi qui aie fait pas mal de statistiques dans ma vie, c'est de voir un homme ou une femme politique balayer d'un revers de main des chiffres qui sont des données objectives. Après, on peut discuter sur la pertinence de regarder tel ou tel indicateur, sur la manière de calculer ces statistiques, mais même si elles étaient orientées, les statistiques de François Lenglet ont une signification. En tout cas, elles ont plus de valeur que le discours d'un homme fût-il politique.
Ce procédé est particulièrement pervers. Dans l’inconscient, le professeur représente l’autorité, et il détient forcément la vérité qu’il tente d’enseigner à son élève dévoué. Les graphiques rajoutent encore à cette autorité. Si c’est écrit et dessiné ainsi, c’est forcément vrai.
Mais bien sûr que non. Des statistiques, des graphiques, représentent des faits. C'est un point de départ pour une argumentation. Voir les hommes politiques se tirer une balle dans le pied en récusant ou en commentant ces chiffres est vraiment affolant. Ces graphiques ont simplement le mérite de montrer à la France entière que l'immense majorité des hommes et des femmes qui prétendent la représenter sont incapables de discuter sur des faits objectifs et des graphiques qui pourraient parfaitement être critiqués.
Or un graphique n’est que la représentation imagée de chiffres. Et les chiffres, malgré tout le respect que mon caractère cartésien leur porte, ça peut être tout ou n’importe quoi. Si le chiffre est faux, le graphique l’est tout autant. Ainsi, les chiffres du chômage sont complètement sous-estimés par des procédés lamentables, toute courbe représentant ces chiffres sera donc nulle et non avenue.
Oh que non. Un graphique n'est pas la représentation imagée de chiffres, sauf si vous donnez à ces chiffres la valeur de dénombrement. Un graphique, c'est une façon de représenter une partie des chiffres, ce que les politiciens savent parfaitement lorsque ce sont eux qui truquent ces graphiques. N'a-t-on pas entendu Mélenchon dire que la différence entre les plus riches et les plus pauvres s'était accrue en France ? Oui, c'est vrai aux 99e percentiles. Mais au 90e, bien plus pertinents d'un strict point de vue statistique comme je l'ai déjà indiqué ici et selon une étude de l'INSEE, c'est parfaitement faux.
Un graphique représente toujours ce qu'on veut lui faire dire, consciemment ou inconsciemment. Il faut donc séparer l'objectivité des chiffres de la subjectivité de leur représentation. Et ceci doit être fait par la personne invitée à commenter ces fameux graphiques.
Et même si les chiffres sont justes, rien que le fait d’employer certains et pas d’autres permet encore de pervertir la représentation d’une situation. Il en est d’incontestables (2+2=4, l’accélération d’un corps en chute libre dans le vide est de 9.81m/s2, la charge électrique d’un électron est de 1.6x10-19 coulomb, la vitesse indépassable d’une particule est celle de la lumière, soit un peu moins de 300 000 km/s… etc)
Ne parlez jamais de la perversion de la représentation car en matière de perversion des chiffres, les hommes politiques n'ont de leçon à recevoir de quiconque. Je ne prends la défense de personne, mais il faut tout de même bien comprendre que les dix candidats interrogés ont du mal avec les chiffres présentés par un journaliste alors même que cela ne leur pose strictement aucun problème lorsqu'ils les maquillent eux-mêmes. Refuser à François Lenglet les mêmes armes que celles qui sont à la disposition des candidats me semble pour le moins bizarre.
Au contraire, si on veut mettre en avant le côté positif de notre économie capitaliste et libérale, on peut dessiner le graphique de la fortune de Monsieur Arnault ou de Madame Bettencourt, le patrimoine de Monsieur Sarkozy, ou encore le bonus de Monsieur Levy (PDG de Publicis). Mais si pour décrire la même situation, on fait des histogrammes avec les (vrais) chiffres du chômage, les repas aux restos du cœur, le nombre de foyers qui vivent sous le seuil de pauvreté, le nombre de morts dans la rue, de suicides au travail…etc… Il est à craindre que l’impression ne soit pas exactement la même.
Mais quel est donc le rapport ? Vous mélangez allègrement libéralisme et capitalisme, ce qui n'a rien à voir puisqu'une économie peut être libérale sans être capitaliste et capitaliste sans être libérale. Par ailleurs, votre hypothèse de travail semble être que l'accroissement de la fortune des plus riches est un vol à l'encontre des plus pauvres. C'est un peu simpliste parce que cela retire de toutes les classes inférieures — permettez-moi d'utiliser ce terme parce que c'est tout de même ce qui semble ressortir de vos propos — la part de responsabilité qui leur incombe. Les classes dites inférieures ont une responsabilité assez importante dans la situation actuelle du fait de leurs modes de consommation. Elles ne sont certes pas responsables de tout, mais le fait de vouloir toujours plus et toujours moins cher est le début de la spirale infernale du chômage de masse que l'on vit depuis trente ans. Cette spirale a été amorcée grâce à l'arrivée de produits asiatiques peu chers et je ne suis pas sûr que les personnes que vous citez puissent en être tenues responsables. En revanche, il est possible qu'elles en aient retiré quelques bénéfices en accompagnant le mouvement.
Lenglet, lui, se moque de contingences aussi basses. Il se complaît dans les hautes sphères un peu abstraites de la macroéconomie. Et surtout il a choisi son camp, et délivre aux candidats un brevet de soumission aux dogmes libéraux.
François Lenglet a parfaitement le droit d'avoir une opinion. Cette opinion est tout aussi respectable que la vôtre. Mais pour avoir suivi les deux émissions auxquelles vous faites allusion, je ne vois pas en quoi il a délivré des brevets de soumission aux dogmes libéraux. Il a simplement mis le doigt là où cela pouvait faire mal en laissant les candidats se débrouiller.
Marine Le Pen a été dans cette émission la seule, avec Cheminade, à évoquer clairement la rupture de 1973 et l’empêchement de la Banque de France d’émettre de la monnaie, qui conduit les états à se livrer pieds et poings liés aux banksters.
Marine Le Pen, sortie de ses habituelles vindictes contre les zétrangers, les zimmigrés, les zassistés, avait décidé de parler de la dette, de son caractère indu, et de la part des intérêts indûment payés aux banksters depuis 1973. Elle affirme que sur les 1 700 milliards de la dette française actuelle (600 milliards de plus lors du quinquennat de Sarkozy, on ne le rappellera jamais assez) 1 400 milliards représenteraient les seuls intérêts payés aux banksters depuis l’interdiction faite aux banques centrales nationales de créer de la monnaie.
Ne mélangez pas tout. Voulez-vous que les états puissent emprunter à une banque centrale ou que les banques centrales puissent émettre de la monnaie ? Ce sont deux choses différentes. Dans tous les cas, l'augmentation de la masse monétaire crée toujours de l'inflation. Si du point de vue de l'économie globale cela n'apparaît pas évident (comme aux USA en 2009), c'est parce que l'émission de monnaie va à l'encontre d'autres phénomènes.
Il faudrait aussi éviter de mélanger un emprunt pour financer un programme exceptionnel, donc qui va être remboursé, d'un emprunt de cavalerie qui est là pour financer les dépenses courantes de l'état et la charge de la dette, ce dernier emprunt ayant de fortes chances de rester impayé. La monnaie émise par la banque centrale, en cas de non remboursement, participe alors à l'augmentation de la masse monétaire et à l'inflation.
Le fait de prétendre qu'un état doit pouvoir emprunter à sa banque centrale revient à lui donner un blanc-seing lui permettant d'emprunter des sommes qu'il ne remboursera jamais et qui seront compensées tôt ou tard par une émission de monnaie donc par une inflation ou une dévaluation. C'est exactement ce qui s'est passé pour le franc français entre 1944 et 2001.
Parler de la loi de 1973 à Lenglet, ça lui fait un peu le même effet que lorsque la reine d’Angleterre trouve un caca d’oiseau dans son assiette à dessert. Il se braque, et crache tout son mépris en répliquant que les seuls pays qui ont gardé un tel système sont l’Iran, Cuba et le Venezuela (qui sont autant de gros mots dans la bouche de tous les Lenglet du monde).
Voilà ce que j'attendais avec une certaine impatience non dissimulée. Nous parlons bien de la loi du 3 janvier 1973 relative aux statuts de la Banque de France. Savez-vous seulement que cette loi a été abrogée le 4 août 1993 ? Visiblement non, sinon vous n'en parleriez pas ici. Par ailleurs, je vous signale que cette loi n'interdit pas à la Banque de France de faire ce que la loi appelle des « avances » à taux nuls à l'état, avances qui sont parfaitement encadrées. Cette loi interdit juste au Trésor d'être présentateur de ses propres effets à l'escompte de la Banque de France, ce qui est contourné par le fait que la Banque de France peut agir sur le marché secondaire. C'est un peu technique, j'espère que vous suivez.
Plusieurs personnalités affirment sans vergogne que l'article 25 de cette loi aurait interdit le financement de l'État par la Banque de France et qu'il aurait donc été « remplacé » par l'article 104 du traité de Maastricht puis par l'article 123 du traité de Lisbonne qui tous deux interdisent cette pratique. En réalité, si cette loi 73-7 peut s'inscrire dans l'avancée progressive du monétarisme, elle n'interdit pas les avances de la Banque de France à l'État prévues à l'article 19 et son article 25 ne joue qu'un rôle accessoire.
Là où il n’a rien compris, à moins qu’il fasse semblant de ne rien comprendre, c’est qu’il ne s’agit absolument pas de « planche à billets », comme le font outrageusement les Etats-Unis (ou le Zimbabwe, le pays où l’inflation a atteint des niveaux stratosphériques, genre 10 millions de % par an !). Je l’ai déjà écrit plusieurs fois, mais je préfère répéter. Quelle différence y-a-t-il entre un emprunt fait à un bankster privé à des taux allant de 2 à plus de 30% et un emprunt à un taux proche de 0 fait à une banque centrale ? Et ceci naturellement si l’emprunt est remboursé ?
Le problème est qu'il faut rembourser cet emprunt. Et cela est parfaitement possible si cet emprunt résulte du financement d'un programme particulier ou d'une cause conjoncturelle. Nos emprunts ont une source structurelle qui fait qu'ils ne pourront être remboursés. Emprunter à la Banque de France n'aura comme unique issue qu'une émission monétaire pour les couvrir donc une inflation. Le fait d'emprunter sur les marchés limite cette inflation car il n'y a pas d'émission directe de monnaie
La planche à billets, ça consiste à tout payer en monnaie de singe. Imaginez que vous alliez au premier garage Ferrari venu, que le vendeur vous demande 200 000 euros, que vous sortiez votre imprimante de poche et lui disiez « Attends, je les imprime ». Voilà ce qu’est la planche à billets.
En l’occurrence, il ne s’agit pas du tout de ça ! Il s’agit pour une banque centrale d’imprimer les billets (ou plutôt de créer informatiquement une ligne de crédit). Actuellement, elle donne cet argent à une banque privée qui vous fait signer un contrat selon lequel vous devez les rendre à telle échéance avec force intérêts. Ce qu’il faudrait faire, c’est court-circuiter la banque privée parasitaire, et signer le contrat directement avec la Banque Centrale, avec le cas échéant quelques intérêts pour payer les fonctionnaires qui y travaillent. Alors qu’avec la banque privée, vous devez parfois rendre considérablement plus que vous n’avez emprunté. Dans les deux cas, une fois l’argent restitué, il est virtuellement détruit. Pas d’inflation.
Vous l'écrivez vous-même. Je suis d'accord avec vous, il n'y a pas d'inflation une fois le prêt remboursé. Mais comme on emprunte tous les jours que Dieu fait, peut-on passer aussi rapidement à votre conclusion ?
Et ce que dit Marine Le Pen, ce que le Front de Gauche a également dit ici ou là, c’est que le montant de la dette française actuelle, 1 700 milliards d’euros, est du même ordre que le montant total des intérêts payés aux banksters. En d’autre termes, cette prétendue « dette » que les banksters nous réclament de manière de plus en plus menaçante, n’est que le fruit d’un acte de trahison de la part de nos politiciens depuis près de 40 ans. De tous ceux qui ont exercé le pouvoir, de tous ceux qui ont voté les traités européens, qu’ils fussent de droite ou de « gauche ».
Il est intéressant de vous voir truquer vos chiffres. Je vais faire comme François Lenglet et laisser le graphique suivant à votre sagacité.
Fig. 1: Évolution du déficit public français
Nous voyons donc que le déficit moyen est de 3% par an depuis trente ans. Cela signifie donc que si nous avions compensé le déficit par un emprunt jamais remboursé à la Banque de France (et ce serait le cas, puisque nous ne faisons que nous endetter), nous aurions eu une inflation supplémentaire de plus de 140 points en trente ans.
1 700 milliards, c’est 68 000 euros par ménage français. Imaginez qu’un beau matin le Raid défonce votre porte et vous somme de remettre à Monsieur Lloyd Blankfein, PDG de Goldman Sachs (qui a empoché plus de 16 millions de dollars en 2011) ou à un de ses collègues et vous réclame 68 000 euros ! Eh bien c’est en gros ce qui va se passer, sauf que vous êtes sans doute trop pauvre pour donner 68 000 euros comme ça d’un coup… Alors c’est pas grave, on va changer vos lois, et les 68 000 euros, on va vous les reprendre «à la grecque» en impôts, taxes, baisses de salaires, baisses de prestations sociales, baisses d’indemnités chômage, suppression de fonctionnaires et de services publics…
Effectivement, en empruntant à une banque centrale, c'est un peu plus indolore. Vous l'auriez payé en inflation donc en pouvoir d'achat parce qu'encore une fois, pour qu'il n'y ait pas d'inflation dans le système que vous proposez, il faut que l'emprunt soit remboursé. Ce qui était tenable dans les trente glorieuses, c'est-à-dire la compensation de l'inflation par un accroissement considérable de la richesse produite, ne l'est plus aujourd'hui.
Hollande n’a pas encore gouverné. Mais tous les autres se sont distingués par une soumission totale à toutes les règles ultralibérales, à la finance internationale, au capitalisme sans frontières. Tous. Tous ont appliqué les diktats libéraux, à commencer par la « baisse de la dépense publique » ou l’ouverture des frontières aux marchandises et aux capitaux. Tous. Tous ont appauvri leurs peuples et enrichi une poignée de requins qui tirent les ficelles du système et doivent bien se marrer en allant voir ces braves gens aller mettre un bulletin dans l’urne.
Mais nous sommes tous responsables collectivement de la situation. Enfin vous plus que moi parce que cela fait des années que je la dénonce. Vous êtes responsable si vous avez un quelconque placement en unité de compte, vous êtes responsable si vous achetez une peluche made in China plutôt que celle fabriquée dans le Jura pour votre petit dernier. Cette situation n'a pas été faite dans votre dos. Mais tant que cela vous arrangeait, il n'y avait personne pour s'en émouvoir.
Ce matin, c'était au tour du président sortant. Il lui fallait passer dans la matinale de France Inter. Nous attendions du spectacle et nous l'avons eu.
Dans un premier temps, il a été confronté à Pascale Clark. Comme à son habitude, elle grattait là où cela pouvait faire mal et rares ont été les réponses à ses questions, le candidat préférant utiliser tout ce qu'elle disait pour rebondir à côté du sujet. Cela s'est tellement vu que c'en était pathétique.
Mais ce qui était assez amusant, c'est l'aplomb avec lequel il a dit que la France n'avait connu qu'une très courte période de récession en 2009. Pourtant, le Figaro éco dont on ne peut pas imaginer un instant qu'il soit contre la candidature de Nicolas Sarkozy titrait le 15 décembre 2011 que la France entrait en récession.
Et le reste de la matinale était du même acabit. Un tissu de contre-vérités et de manipulations comme celle qui consistait à mettre sur le dos de la loi de 1948 la pénurie des logements de l'après-guerre. Revenons donc à cette loi de 1948. Elle établissait des baux très intéressants du point de vue du locataire et largement moins pour le propriétaire. Ces baux arrivaient à terme par extinction et les loyers étaient sérieusement encadrés. Mais il n'y avait aucune raison directe à ce qu'un propriétaire refuse de louer un appartement en 1948. S'il y a eu une pénurie dans les années suivantes, c'est simplement parce qu'il y a eu énormément d'inflation (55% d'inflation annuelle entre 1945 et 1948 suivis de 10,5% entre 1949 et 1952) et que les loyers imposés par la loi de 1948 n'ont pas augmentés à la même vitesse. L'investissement locatif ne devenait plus intéressant. À titre d'information, le salaire hebdomadaire médian en euros constants était en 1960 de 156 € nets alors que le loyer d'un appartement dans mon immeuble loué dans les années 1950 sous le régime de 1948 était de 180 € par trimestre en 2005.
Cette absence de logements qui lui a permis d'appeler au secours l'Abbé Pierre n'est donc pas dû à une loi d'encadrement des prix au premier chef, mais à une conjoncture économique résultant d'une inflation exceptionnelle et de dévaluations successives.
Quant à sa sortie sur le fait qu'en France nous serions les seuls à pouvoir appeler dans un discours politique les grands hommes de lettres, c'est oublier un peu vite sa fulgurence sur la princesse de Clèves.
Vous l'aviez oublié, mécréants que vous êtes, mais Benoît XVI fête aujourd'hui ses 85 ans.
Mais dans quel état va-t-il laisser l'Église ? Aux dires du Figaro, il risque de fêter cet anniversaire par une réconciliation avec Écône, la fraternité Saint-Pie-X de feu Monseigneur Lefebvre qui s'est mise elle-même et toute seule comme une grande sur les bancs de l'hérésie.
Après la levée de l'excommunication des quatre évêques ordonnés par Marcel Lefebvre et le retour en grâce de la messe en latin dans les paroisses catholiques romaines « normales », il s'agit à l'évidence, si l'information du Figaro est exacte, d'un véritable pas en avant dont l'Église, déjà au bord du gouffre et empétrée dans de sales affaires, n'avait vraiment pas besoin.
Ce matin, l'invitée de la matinale de France Inter était Nathalie Arthaud, candidate de Lutte Ouvrière à l'élection présidentielle. Je ne sais pas ce que vous en avez pensé, mais pour ma part, j'aimerais assez que LO nous rende Arlette Laguiller. Que l'on soit pour ou contre les idées de LO, il y avait chez Arlette Laguiller une dignité qui ne se trouve pas chez son successeur et qui la rendait au moins respectable.
Mais revenons au cas Nathalie Arthaud.
Elle se présente comme une enseignante d'économie et de gestion. Je dois dire que si ces cours ressemblent à son discours, cela fait peur. En effet, au tout début de son intervention, elle commence par fustiger le néolibéralisme qui serait d'après elle une conséquence directe et obligatoire du capitalisme. Personnellement, je ne vois pas trop le rapport entre le libéralisme et le capitalisme ni la relation de cause à effet entre eux. Ces deux notions peuvent se recouper ou non selon les modèles de société. Qu'une enseignante d'économie et de gestion ne fasse pas la différence entre les deux est assez perturbant pour un esprit simple comme le mien.
Le néolibéralisme est une tendance qui a aujourd'hui une trentaine d'années et qui est la conséquence de la démocratisation des fonds communs de placement. Jusqu'au début des années 1980, une entreprise, dans notre beau monde capitaliste, n'avait besoin que d'avoir une trésorerie positive et de rémunérer chichement ses actionnaires. Il leur suffisait de recevoir un peu plus que l'inflation à la fin de l'année et ils étaient contents. Aucun de ses petits actionnaires n'avait voix au chapitre et le chef d'entreprise commandait aux destinées de son entreprise.
Au début des années 1980, un changement complet de paradigme a eu lieu. Les banques ont créé des choses qui ressemblent à des plans d'épargne en action adossés à des fonds communs de placement. Cela semble ridicule, mais c'est entre autres cette création financière qui nous a fait glisser du capitalisme au néolibéralisme parce que ces fameux fonds communs de placement ont réuni des parts importantes des capitaux des entreprises. Là où auparavant il y avait une foultitude de petits porteurs qui n'avaient rien à dire se retrouve maintenant le représentant d'un fond de placement qui arrive avec une part non négligeable du capital. Le poids de l'ensemble de ces petits porteurs n'est plus insignifiant et c'est ce fonds de placement qui commande maintenant à la destinée des entreprises, plus ses dirigeants. Là où seule la trésorerie positive dictait l'avenir d'une entreprise, on parle maintenant de rentabilité des actions avec la menace ultime de vente en masse du capital si la rentabilité est jugée trop faible. Les entreprises ne sont plus gérées en fonction de leur intérêt à long terme comme dans un monde capitaliste, mais de l'intérêt à court terme de l'ensemble des porteurs de parts quitte à ce que cet intérêt provoque des catastrophes à moyen ou long terme.
Il faut toutefois noter que ce changement de paradigme n'est pas le fruit du capitalisme bourgeois pour reprendre la sémantique de Nathalie Arthaud, mais du fait que les petits épargnants se sont rués sur des placements présentés comme rentables depuis une trentaine d'années par les organismes financiers. Tous les épargnants qui ont des placements en unités de comptes — assurances-vie, comptes à terme, PEA, SICAV, FCP et j'en passe — sont collectivement responsables du glissement du monde capitaliste qui a considérablement enrichi le pays durant les trentes glorieuses au néolibéralisme qui nous englue actuellement. J'espère, ma chère Nathalie, que tu n'as pas autre chose qu'un livret A ou équivalent, parce que dans le cas contraire, tu participes au massacre actuel de l'économie que le communisme révolutionnaire ne sauvera pas.
Tu me diras que je n'en sais rien puisque le vrai communisme n'a jamais été tenté dans le monde. La belle machine s'est toujours enrayée à un moment ou un autre, que ce soit à Cuba, en URSS ou en Corée du Nord, pays où les habitants sont persuadés d'être riches puisque ce magnifique pays produit tous les ans un missile pour foutre sur la gueule de la Corée du Sud et une chaussure de taille 41 par habitant tout en subsistant difficilement de dons de denrées alimentaires de base.
C'est donc vrai, le communisme n'a jamais été essayé. Mais si toutes les tentatives ont explosé en vol, il doit y avoir dans l'idée même de communisme quelque chose d'inatteignable. Peut-être le simple fait de repasser du néolibéralisme au vrai capitalisme entrepreneurial suffirait-il à corriger le mal endémique de notre société ? Mais il faudrait expliquer tout cela à nos hordes de petits porteurs et à nos professeurs d'économie. Le moins que l'on puisse dire est que cela n'est pas gagné d'avance.
En regardant de plus près ton programme, je me suis posé une question que sans doute beaucoup de monde se pose sans jamais réellement l'oser ouvertement. Ton programme est assez semblable à celui du Nouveau Parti Anticapitaliste. La seule réelle différence se situe dans le trait du crayon, tu es pour une révolution communiste avec le couteau entre les dents alors que Philippe Poutou du NPA serait plutôt pour une révolution à tendance libertaire avec la fleur au fusil. Pourquoi donc poser deux candidatures si ce n'est pour diviser cet électorat marginal en deux. La seule raison qui résiste un peu à l'analyse est qu'avec l'égalité stricte des temps de parole, l'électeur vous entend deux fois plus. Belle manipulation du système électoral avec l'accord du CSA.
Mais ce n'est pas parce que l'électeur entend des thèses qui te sont proches deux fois plus longtemps que les thèses portées par les autres candidats que tu dois t'enflammer au risque de déraper et de raconter n'importe quoi. Ce matin, tu as pourtant affirmé avec un certain aplomb que le droit à l'avortement était une avancée de la gauche. Peux-tu me rappeler qui était Lucien Neuwirth, quels étaient son parti politique et la majorité qui a voté la loi Neuwirth ? Peux-tu me rappeler qui était Simone Veil et quelle était la majorité parlementaire qui a voté la loi Veil ? Dire après ça que l'avortement est une avancée de gauche prouve s'il le fallait encore le sérieux de ta candidature.
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