Je ne sais pas si vous avez suivi le feuilleton de la réforme du CAPES de lettre classiques. La stratégie visant à éradiquer de l'école publique la plaie que sont le latin et le grec entre en sa phase terminale puisque la disparition du CAPES de lettres classiques, principal fournisseur de professeurs de latin et de grec dans les lycées de France, est d'ores et déjà programmée.
Il y aura, dès le mois de novembre 2010, un CAPES de lettres classiques flambant neuf et ne contenant plus ni latin ni grec. Tout au plus pourront être demandées aux candidats des bribes de versions ou de thèmes comme sont demandées des traductions aux futurs professeurs de lettres modernes qui traduisent parfois un peu d'anglais. Plus d'explication des auteurs classiques, place à l'épreuve reine qu'est le commentaire d'une page quelconque du manuel scolaire tant qu'il en restera un.
Grâce à la suppression de ces épreuves, le jury du CAPES ne peut même plus juger de la qualité d'un candidat dans la discipline qu'il s'apprête à enseigner. On se demanderait même à quoi sert encore ce concours.
La commission de réforme des concours s'est réunie. Le nouveau concours a été avalisé par le ministre de tutelle. Personne n'est descendu dans les rues pour manifester contre cette réforme pour le moins bizarre. Remarquez, c'est plutôt normal et si on supprimait les mathématiques du CAPES de mathématiques, il ne se trouverait pas non plus un lycéen pour défiler dans les rues. Il est tellement plus gratifiant de manifester contre le report de l'âge de la retraite ou la vignette moto, voire la simple idée de remettre une année de propédeutique avec un examen d'entrée à l'université ! Dans ces conditions, voir ne serait-ce qu'un seul lycéen dans la rue pour défendre Homère, Eschyle, Virgile ou Horace relève de l'impossible.
Depuis trente ans, des hommes de progrès luttent contre ces fléaux de l'élitisme, du conservatisme et de l'inutilité que seraient le latin et le grec. Le latin et le grec ne sont peut être pas nécessaires à la bonne compréhension du français mais mine de rien, ils y contribuent largement. Depuis que nous avons à la tête de l'état des hommes politiques fiers de leur inculture, le phénomène ne s'est pas arrangé. Ce problème n'est malheureusement pas limité aux langues anciennes. Souvenez-vous de la polémique autour de la Princesse de Clèves. Le petit Nicolas avait cru amusant de déclarer, j'ouvre les guillemets avec des pincettes :
« Dans la fonction publique, il faut en finir avec la pression des concours et des examens. L'autre jour, je m'amusais, on s'amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d'attaché d'administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de La Princesse de Clèves… Imaginez un peu le spectacle ! En tout cas, je l’ai lu il y a tellement longtemps qu’il y a de fortes chances que j’aie raté l’examen ! »
Si seulement lors de son investiture, il y avait eu un examen où on lui avait demandé de parler de cet ouvrage. Nous aurions évité le petit nerveux d'une inculture crasse et assumée. Enfin, au moins, il nous apprend qu'un jour, il a su lire. Remarquez, on avait le choix entre deux incultes, d'un côté le petit Nicolas, de l'autre, Marie-Ségolène, et entre nous, c'est bonnet blanc et blanc bonnet. Il n'y en a pas un pour racheter l'autre. On doit avoir les hommes politiques que l'on mérite et force est de constater que nous ne devons pas être trop méritants.
Pourtant, au début des années 70, souvenez-vous, on pouvait entendre un président de la république déclamer du Paul Éluard à la fin d'une conférence de presse. Vous me direz que Georges Pompidou était un homme de lettres et vous aurez raison. Il me semble de le petit Nicolas, en tant qu'avocat, devrait aussi en être un.
Aujourd'hui, au plus haut de l'état se trouvent des hommes qui sont fiers de ne plus avoir aucune espèce de culture. Il n'est pas question que de la Princesse de Clèves, mais de toute forme de culture. En vertu du principe de Peter et de celui du piston qui ne fonctionne qu'avec un solide nivellement par le bas, tous les postes à responsabilité sont tenus par des incapables la plupart du temps incultes. Et on s'étonne encore que ces gens continuent à s'attaquer aux derniers bastions de la culture que sont des matières prétendûment inutiles comme le latin et le grec, mais aussi le français, les mathématiques, les sciences…
Écoutez seulement nos élites parler. Écoutez la langue française massacrée par notre président, incapable de faire la moindre concordance de temps, incapable de poser une négation sans bouffer un ne qui n'est pas explétif… Ses tics de langage sont uniquement là pour faire populaire. Comme je ne crois pas au mimétisme, je suis convaincu que cette façon de parler est parfaitement étudiée et est issue d'un travail laborieux. Écoutez son âme damnée, son ministre de l'intérieur. Ces deux-là n'ont pas appris à parler ensemble, d'autant qu'il ne se connaissent que depuis 1976. Mais ils montrent les mêmes tics de langage, les mêmes tournures de phrases, le même accent, le même mépris de la langue.
Nous avons déjà Iznogoud qui travaille assidûment à la création d'une génération de gens parfaitement incultes, munis de diplômes n'ayant plus aucune valeur parce que donnés à tout le monde ou presque. Essayons au moins d'échapper à Izverybad qui se rêve calife à la place du calife et qui ne changera rien à l'affaire.
Au fait, que devient Jean Sarkozy ?
Au coin de la place de la République et de la rue du Temple, au pied de l'ancien magasin Tati, se tiennent tous les jours que Dieu fait, et il en fait le bougre, des personnes prêtes à arrêter tous les passants pour leur parler de leurs croyances ou de leurs engagements. Certains jours, on a de la chance, parce qu'il s'agit de gens normaux comme vous et moi, enfin, comme moi, parce que vous, je ne vous connais pas vraiment.co
Donc, disais-je, lorsqu'on a éliminé du pavé humide les adeptes des fsectes de tout poil qui essaient de vendre à l'heure de la messe une version étrange de la bible, les tenants des partis politiques et quelques bipèdes dont on a du mal à imaginer qu'ils aient pu ressembler un jour à un homme, il reste les collecteurs des différentes organisations d'aide humanitaire.
Ce samedi, je me suis fait arrêter par un étudiant en médecine travaillant pour une ONG médicale bien connue. J'ai eu le droit à tout son discours. Je ne sais pas pourquoi, d'habitude, je coupe cours à toute discussion. Ma misanthropie devait être malade. Je l'ai donc laissé débiter son discours appris destiné à faire cracher au passant la monnaie qu'il a dans la poche en le culpabilisant.
Ce brave jeune homme n'imaginait pas qui il avait arrêté ni quel avait été mon passé. Je pense que s'il l'avait su, il se serait adressé à quelqu'un d'autre.
Je l'ai donc écouté. Je l'ai écouté jusqu'au bout, puis je lui ai demandé s'il, lui aussi, avait quelques minutes à me consacrer parce que j'avais moi aussi deux ou trois choses à lui dire, deux ou trois choses que j'avais sur le cœur depuis longtemps et qu'il fallait que je dise. Je lui ai tout de même précisé en préambule que ça risquait d'être rude.
Je dois vous dire que dans une autre vie, j'ai eu l'occasion de faire de l'aide technique en Afrique. J'étais membre d'une ONG s'occupant d'aide technique et combattant par ailleurs l'aide humanitaire trop souvent absurde. J'ai vu débarquer sur le terrain un bon nombre de ces organisations qui, sous couvert d'aide humanitaire, permettent surtout aux occidentaux de se donner bonne conscience en refilant au pays en voie de développement nos excédents. Encore, ce ne serait pas trop grave si ce n'était pas fait indépendamment des besoins réels de ces populations.
J'étais ce qu'il est convenu d'appeler un broussard qui vivait au milieu des gens qu'il essayait d'aider, pas dans les grands hôtels de la capitale. Pour être tout à fait exact, il fallait deux heures de pistes de montagne pour se rendre à la première ville et huit heures pour aller à la capitale. Sachant que le pays en question était miné par une épidémie de méningite, j'étais vacciné. J'étais vacciné contre à peu près tout ce qui est vaccinable, même la rage, parce que si jamais il m'était arrivé quelque chose, j'y serais resté. Personne n'aurait pu m'aider.
Un jour, j'ai vu débarquer devant mon humble logis un véhicule tout-terrain rutilant arborant fièrement les armes d'une ONG médicale bien connue. Personnellement, je me déplaçais à pied ou à cheval. J'avais bien essayé les véhicules, mais ce n'était pas une bonne idée. Les pistes étaient empierrées, mais non damées, et dans ce cas, le bout pointu d'une pierre est toujours orienté vers le haut. Je ne compte plus le nombre de pneus que j'ai pu crever sur ces pistes… Donc, disais-je, un véhicule flambant neuf est arrivé. Il contenait trois médecins et une infirmière qui ont appelé les enfants de l'école voisine pour une campagne de vaccination.
Je me souviendrai toute ma vie de la glacière rouge qui contenait lesdits vaccins. Ces gens venaient de la capitale avec des vaccins, qui sous peine d'être tués, devaient rester à une température inférieure à 4 °C. Après plus de huit heures de routes, la température de la glacière était supérieure à 15 °C, le thermomètre faisant foi. Autant dire qu'ils étaient morts. Mais ce n'était pas le plus grave ! La campagne de vaccination était faite contre la rougeole, la rubéole et les oreillons. Certes, ces maladies sont une cause de mortalité, mais le problème à résoudre était surtout la pandémie de méningite, pas les quelques cas de rougeoles. J'avais la désagréable impression que, soit on écoulait nos vieux stocks de vaccins pour se donner bonne conscience, soit on essayait d'éradiquer ces trois maladies du globe terrestre pour que dans le monde prétendûment développé, elles disparaissent totalement. Dans les deux cas, c'était honteux puisque des sommes démentielles étaient allouées à ces campagnes de vaccination alors qu'il n'y avait aucun crédit pour régler les problèmes urgents, à savoir la pandémie de méningite qui ne risquait pas de toucher les pays développés.
Le pire, c'est que j'ai vu au hasard de mon travail une enfant de quatre ans atteinte de méningite. J'ai réussi à convaincre ses parents d'aller à la clinique tenue par les sœurs, non pour sauver la gamine, mais au moins pour essayer de sauver son frère. La fillette était perdue, mais je n'ai rien dit aux parents. Ceux-ci, après une longue discussion, ont accepté. Je me retrouve donc avec mon chauffeur, les deux parents, un petit garçon qui devait avoir dans les sept ou huit ans et cette fillette de quatre ans sur les genoux. Au bout de deux ou trois kilomètres de cahot, elle est morte sur mes genoux dans un dernier râle.
Je n'ai jamais été aussi mal à l'aise. D'un côté, je ne me voyais pas dire tout de go aux parents que leur fillette était morte puisqu'ils auraient immédiatement fait demi-tour. Je ne me voyais pas non plus le leur cacher. Je pensais gagner du temps pour qu'ils acceptent tout de même de se rendre à la clinique mais ils s'en sont rendus compte. S'ensuivit une discussion animée entre le chauffeur qui leur expliquait dans leur langue qu'il fallait qu'ils se rendent en ville pour sauver leur dernier enfant et eux qui voulaient rentrer pour organiser les funérailles. J'étais totalement vidé, presque extérieur à la scène qui se jouait, pensant à la fois à cette fillette, à la campagne de vaccination contre la rougeole et surtout à un article paru dans le Rotarien qui parlait d'une pandémie de méningite qui avait été jugulée au Brésil grâce à des vaccins qui coûtaient un centime de nos francs et qui avaient le bon goût d'être morts donc aisément transportables.
Je n'ai jamais revu cette famille, je ne sais pas ce qu'est devenu le frère de cette petite fille et je ne me fais aucune illusion sur son sort. Je me souviendrai en revanche toute ma vie des deux parents s'éloignant sur le bord de la piste tenant le garçon par la main et le corps de la fillette dans les bras.
Cette déplorable anecdote n'est qu'un fait parmi tous les griefs que je peux avoir contre toutes les ONG d'aides dites humanitaires. Je passe sur les couvertures et les lits de camp envoyés à des gens qui n'en ont rien à faire parce que personne ne se pose la question de savoir de quoi ces gens ont réellement besoin. Je jette un voile pudique sur les sacs de riz et le lait en poudre envoyés dans des pays où il n'y a pas d'eau à la potabilité suffisante — lorsqu'il y a de l'eau — pour ne pas causer de gros problèmes de santé publique. Je ne veux même pas entendre parler des pompes solaires installées à grands renforts de publicité dans des coins où les gens doivent marcher toute la journée pour trouver quelques litres d'une eau souillée et qui sont mises hors service par les bénéficiaires eux-mêmes (il y a des raisons à ça, j'y reviendrai peut-être), ni des cheminées posées sur les huttes des indiens d'Amazonie pour éviter qu'ils ne s'enfument (l'indien est bête, il préfère vivre dans la fumée). Toute ces actions ne servent qu'à nous donner bonne conscience, à calquer leur mode de vie sur le nôtre, pas à aider ces populations. Si on daignait vraiment les aider, il faudrait investir beaucoup moins d'argent qu'il suffirait d'utiliser correctement. Mais pour cela, il faut vivre avec ces populations et ne pas les regarder avec notre prisme culturel déformant, et d'autant plus déformant qu'on les regarde depuis plus de 10000 km de distance.
Plus de quinze ans après qu'elle a eu lieu, cette scène reste dans ma mémoire comme si je l'avais vécue hier. Depuis, je ne peux plus donner un centime à ces ONG qui quêtent un peu partout. Lorsque je le peux, j'essaie de donner aux associations qui aident les gens qui sont chez nous, à notre porte, ou pour des actions très peu médiatiques qui servent réellement les populations déshéritées. Jamais à ces mastodontes qui utilisent une grande partie des dons pour leur fonctionnement interne et qui font des actions à court terme, contre-productives et surtout totalement inutiles.
J'écoute de temps en temps l'émission de Daniel Mermet intitulée Là-bas si j'y suis. Je n'apprécie pas forcément ses opinions politiques, mais j'aime assez la façon dont ce journaliste fait son métier. Un bon journaliste est tellement rare de nos jours. Il y a longtemps qu'il ne faut plus chercher de tels professionnels dans les rangs de ceux du Monde ou du Figaro.
Vendredi dernier repassait une émission enregistrée au premier semestre 2010. Daniel Mermet s'entretenait avec Frédéric Lordon, un économiste aux idées radicales tout en restant parfaitement cohérentes et intelligentes. Ce monsieur rêve de fermer la bourse. Mais il rêve de la fermer non par idéologie marxiste ou en partant du principe bête qu'elle doit être fermée parce que… parce qu'elle doit l'être, mais après un raisonnement parfaitement logique et argumenté.
Vous pouvez réécouter l'émission du vendredi 17 septembre 2010 directement sur le site officieux de l'émission. Pour ceux qui ont la chance d'utiliser un navigateur internet digne de ce nom, c'est-à-dire conforme au HTML5 donc tout navigateur pas trop ancien sauf l'inénarrable Internet Explorer qui, même dans sa version actuelle, n'est pas fichu de respecter les recommandations, vous pouvez simplement cliquer sur le lien suivant :
Là-bas si j'y suis, 17 septembre 2010
Les thèses ne sont même pas osées. Frédéric Lordon part de simples constatations et en tire des conclusions qui s'imposent d'elles-mêmes. En substance, nous sommes tous responsables de la situation actuelle et du marasme de l'économie. Je n'en dirais pas plus, je vous laisse méditer sur ce reportage.
Ce dimanche se tenait dans ma paroisse habituelle — celle dont je me suis fait exclure — une consécration de vierges. Je sais, une consécration de vierges, ça surprend. Comme j'ai beaucoup de mal à comprendre la chose et que je suis sûr que vous aussi, je me suis procuré un petit fascicule explicatif.
Il existe un ordre des vierges consacrées. Il paraît — enfin, c'est le papier qui le dit — que c'est une vocation très ancienne. Dès les premiers siècles, des femmes étaient consacrées à Dieu par leur évêque. Elles menaient une vie de prière et de don aux autres tout en restant dans leur famille. Sainte Geneviève, ça vous dit quelque chose, mécréants que vous êtes ? C'en était une ! Après le développement de la vie monastique puis des congrégations religieuses, les vierges consacrées subsitèrent parallèlement aux moniales mais devinrent de plus en plus rares.
Voyant cette désaffection, le concile Vatican II a remis cette vocation à l'honneur. En effet, la réforme liturgique conciliaire a ouvert à nouveau cette possibilité à des femmes vivant dans le monde. Le rituel révisé, promulgué par décret de la Congrégation pour le Cult divin du 31 mai 1970 et le n° 604 du nouveau code de droit canonique de 1983 fondent l'existence officielle des vierges consacrées.
À la différence des ordres religieux, l'ordo virginum n'a ni règles ni structures communautaires. Elles vivent dans le monde sans être du monde.
Jusque là, je comprends à peu près les principes et respecte les femmes qui s'engagent dans cette voie. J'arrive même à entrevoir la subtantifique moëlle qui en font des vierges parce que, toujours d'après ce papier, l'église est vierge (sic), qu'elles sont des épouses car le Christ aime l'église son épouse et des mères parce que l'église est mère. Mon esprit tordu me souffle que pousser l'anthropomorphisme jusqu'à faire du Christ un polygame est du plus bel effet. Par ailleurs, il faudrait peut-être voir à ne pas prendre les gens que pour des imbéciles parce que si l'église est mère, comment peut-on prétendre sans rire qu'elle est aussi vierge ? Passons sur ce détail bassement anatomique qui ne change rien quant au fond l'affaire.
En revanche, j'ai trouvé la prière de consécration particulièrement chocante. Les citations suivantes proviennent de cette prière de consécration. Je précise que je ne la cite pas en entier car elle est trop longue pour tenir ici.
En réponse à ton appel, elles se donnent toutes entières à toi ; elles ont remis entre tes mains leur décision de garder la chasteté et de se consacrer à toi pour toujours. Comment un être de chair pourrait-il en effet maîtriser les appels de la nature, renoncer librement au mariage et s'affranchir des contraintes de toutes sortes si tu n'allumes pas ce désir, Seigneur, si tu n'alimentes cette flamme et si ta puissance l'entretient ?
J'ai beau lire et relire ce paragraphe. À chaque lecture, je le trouve un peu plus déplacé. Je conçois encore le désir de rester chaste pour se dégager des choses de ce monde, si j'ose dire, mais j'ai vraiment du mal avec l'histoire des pulsions charnelles et du renoncement au mariage. J'ai d'autant plus de mal qu'il me semble que, d'après les écritures, c'est bien Dieu qui a créé le monde avec l'homme et la femme et que ce n'était pas pour seulement pour discuter au coin du feu. Quant à la renonciation du mariage, il faudrait dire à ces braves ecclésiastiques qu'il n'y a pas que le célibat choisi — consacré ou non, là n'est pas la question — et le mariage. Il faut aussi tenir compte du célibat forcé — parce qu'on n'a pas trouvé chaussure à son pied, qu'on pue de la gueule ou qu'on a un caractère abominable — ou de tous ceux qui ne peuvent pas vivre seuls sans pour autant pouvoir être mariés selon les rites de notre sainte église puisqu'ils ont le mauvais goût de vivre avec quelqu'un du même sexe qu'eux ou qu'ils sont simplement divorcés. En fait, je crois que je ne vois pas ce que peuvent avoir de dégradant les appels de la nature. Je ne parle pas ici des pervers en tous genres mais des gens normaux comme vous et moi. Enfin moi, parce que vous, je ne vous connais pas tant que ça.
Par ailleurs, tous les gens qui participaient de près ou de loin à cette cérémonie sont quand même nés de la rencontre entre un spermatozoïde et un ovule et, au regard de leur âge moyen, cette rencontre n'a pas eu lieu dans une éprouvette. Et s'ils ne sont pas nés d'une telle rencontre, j'aimerais bien qu'ils se présentent à moi, que je puisse voir la tête qu'ils ont ! Donc, ils sont nés d'un appel de la nature finalement pas si dégradant que ça. Ce n'est vraiment pas bien de cracher dans la soupe…
Plus tard, j'ai pu entendre :
Et parmi tous les dons ainsi répandus, il y a la grâce de la virginité : tu la réserves à qui tu veux. C'est, en effet, ton esprit saint qui suscite au milieu de ton peuple des hommes et des femmes conscients de la grandeur et de la sainteté du mariage et capables pourtant de renoncer à cet état afin de s'attacher dès maintenant à la réalité qu'il préfigure : l'union du Christ et de l'église. Heureux ceux qui consacrent leur vie au Christ et le reconnaissent comme source et raison d'être de la virginité. Ils ont choisi d'aimer celui qui est l'époux de l'église et le fils de la vierge Marie.
ce qui m'a fait bondir. Il y a donc deux catégories de chrétiens, ceux qui restent vierges et ceux qui tombent dans le stupre et la fornication, enfin ceux qui y tombent après passage obligatoire davant les autorités de l'église puisque, si ce n'était pas le cas, ça ne compterait pas.
Le sous-entendu est particulièrement douteux, puisque cela revient à dire que celui qui se marie n'est capable que d'une pauvre imitation de l'union du Christ et de l'église. Et tout cela balancé par des gens qui ont choisi naturellement, eux-aussi, le célibat. Remarquez, ils n'ont choisi que le célibat, pas la chasteté, il reste donc un doute à lever. Dans l'assemblée, les pauvres mariés n'ont plus qu'à rester entre eux. S'ils peuvent mettre au monde et éduquer de futurs prêtres et de futures vierges, l'honneur sera sauf. Leur pâle copie d'union aura servi à quelque chose. Pour des gens qui parlent d'amour et de charité à tout bout d'homélie, c'est tout de même un peu fort !
J'ai été surpris du nombre de messages que j'ai retrouvés à l'instant dans ma boîte aux lettres me demandant la raison de la suppression du billet d'hier matin. Je ne pensais pas avoir autant de lecteurs attendant ce billet quotidien. Je n'ai pas le temps matériel de vous faire des réponses individuelles et je pense que vous me pardonnerez si je vous fais une réponse collective ici.
Le retrait hier midi de ce billet était motivé par une pression amicale me demandant de mieux argumenter et de relire attentivement ce très long billet pour que rien ne puisse m'être reproché. Pour être tout à fait exact, mon billet d'hier matin se contentait de répondre aux arguments du représentant de la fraternité saint-Pie X par des arguments de même niveau, ce qu'on fait dans tout débat, gardant ses principaux arguments en réserve pour le cas où il faudrait les dégaîner. Ce billet appelait à la discussion. La nouvelle version du billet se suffit à elle-même puisqu'elle va au fond de l'argumentation.
Le principal souci est donc la structuration du raisonnement qui, sans être infaillible, doit être plus rigoureuse que celle de la partie adverse. Il convient aussi d'argumenter ses positions à l'aide de références précises et indiscutables. Pour cela et sachant qu'il me fallait utiliser les armes de l'adversaire à savoir les épîtres aux Corinthiens citées par Ludovic Girod, j'ai relu ce matin une bonne partie de ces textes qui sont d'autant plus difficiles à suivre qu'ils sont été écrits par Paul après son insolation sur le chemin de Damas.
Mais il fallait aussi comprendre exactement que ce l'auteur du texte initial cherchait à dire. Si dans le premier billet je me moquais ouvertement de ses thèses sans aller avec lui au bout de son raisonnement, cela n'en valait pas la peine, ce nouveau papier m'a forcé à comprendre toutes les finesses de sa pensée. Et j'avoue avoir eu, par endroit, beaucoup de mal à comprendre exactement ce qu'il cherchait à dire.
En tant qu'orateur, cette personne est dangereuse puisqu'on retient principalement d'un discours ou d'un article son introduction et sa phrase de conclusion. Tout le reste est là pour remplir plus ou moins intelligemment le temps ou l'espace. Ici, c'est particulièrement réussi puisque, si vous disséquez sa prose, vous verrez qu'il avance un argument, obtient une conclusion, détruit sa conclusion en avançant un autre argument, revient sur ses pas et démontre le contraire puis recommence. Tous les auditeurs — c'est particulièrement vrai à l'oral — ne peuvent qu'être d'accord avec certains fragments du texte puisqu'il dit tout et son contraire. Comme, même à l'écrit, il est difficile de démêler les fils du raisonnement et qu'il faut s'accrocher pour trouver en quoi il est fallacieux, il est facile de sauter immédiatement à la conclusion qui s'impose d'elle-même.
Sur ces bonnes paroles, je vais me chercher une aspirine…
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