Communisme à la française

19.04.17 | par Le Grincheux | Catégories: Je hais les politiciens

Le camarade Méchancon Mélenchon ose dire qu'il n'est pas communiste. Cela n'engage que les idiots — je pèse mes mots — qui sont prêts à voter pour lui.

En effet, je viens de tomber sur un papelard du torchon Libération signé par un collectif d'universitaires. Il paraît que plus d'une centaine d'économistes de dix-sept pays à travers de monde appellent les citoyens à se prononcer, dimanche prochain, pour le candidat de la France Insoumise. Cela fait en moyenne six économistes par pays sachant que je ne vois pas en quoi des pays tiers auraient le droit de polluer nos élections bien françaises. Passons, c'est sans dout un relent de l'Internationale.

Voici in extenso ce papier :

Alors que la France n’est toujours pas sortie de la stagnation économique qui fait suite à la crise de 2007-2008, Emmanuel Macron et François Fillon veulent poursuivre et intensifier les politiques de coupes dans les dépenses publiques, de démantèlement de l’Etat social et du droit du travail, menées sans relâche par les gouvernements précédents. Ces politiques ne servent que les plus riches. Elles ne conduisent qu’à plonger le pays dans le cercle vicieux du chômage et de la précarité, terreau de la montée du FN dont le faux vernis social peine à cacher la nature profondément raciste et xénophobe et l’incohérence des propositions économiques.

Pour des économistes, l'analyse est vraiment succinte. Les plus riches, cela ne signifie rien, d'autant que si l'on parle des plus riches, il faudra tout de même expliquer pourquoi ils partent massivement depuis 2013 si la France est un paradis pour eux. Camarades, à vos claviers !

A l’inverse, les solutions proposées par Jean-Luc Mélenchon sont, à nos yeux, les seules capables de répondre aux cinq urgences majeures de notre temps. Elles forment un cadre cohérent et rigoureusement chiffré qui tient compte des équilibres budgétaires, non pas en se lançant dans une course à l’austérité, mais en proposant un programme économique précis et ambitieux reposant sur une plus grande justice fiscale, une politique d’investissement et une émancipation vis-à-vis des marchés financiers.

La seule chose qui est chiffrée dans ce fourre-tout populiste, c'est son coût : 273 000 000 000 € avec des rentrées fiscales compensant les dépenses. Or l'augmentation de la fiscalité et son instabilité chronique va pousser des gens qui possèdent quelque biens à s'expatrier vers des cieux plus cléments. Les rentrées fiscales risquent d'être revues à la baisse. Bizarrement, ce genre de programme me rappelle les tentatives de Mitterrand entre 1981 et 1983 bien vite rattrapé par la dure réalité de l'économie. De toute façon, s'il y a des économistes pour prétendus tels qui votent pour ce programme, il y en a autant sinon plus qui sont ouvertement contre et qui argumentent.

Correctement proportionné

La première urgence consiste à faire baisser le chômage, qui s’élève aujourd’hui à 10% de la population active et à 25% chez les jeunes actifs. A cet égard, il faut dégager des marges de manœuvre en mettant fin à une dépense inutile et préjudiciable pour la collectivité : la dépense fiscale. Le pacte de responsabilité et le CICE, qui coûteront 41 milliards d’euros aux contribuables en 2017, sont totalement inefficaces en matière d’emploi. En situation d’insuffisance de la demande en France et en Europe, et face au sous-investissement chronique pendant le quinquennat Hollande, l’urgence est à une ambitieuse politique de relance pour stimuler l’activité. Sur ce point, le plan d’investissement de 100 milliards d’euros sur cinq ans proposé par Jean-Luc Mélenchon est correctement proportionné. Il focalise à raison la dépense sur des secteurs essentiels à fort coefficient multiplicateur (transition énergétique, infrastructures scolaires, transports publics, santé, etc.) et qui ne sont pas ou peu soumis à la concurrence internationale ; ces critères garantissent son efficacité comme son financement, conformément aux préconisations d’un récent rapport sur ce thème (Xavier Ragot et Francesco Saraceno dir., «Investissement public, capital public et croissance», 2016, OFCE).

Je suis d'accord avec vous, il vaut mieux lire cela qu'être aveugle. Mais, camarade, les entreprises françaises souffrent de sous-investissement depuis trente ans. La question est maintenant de savoir pourquoi. Depuis 1981, l'instabilité fiscale fait qu'un chef d'entreprise ne sait pas d'une année sur l'autre à quelle sauce il sera mangé. Il est donc contraint de s'adonner à des sports typiquement français :

  • acheter n'importe quoi en fin d'année pour réduire au maximum son impôt sur les sociétés (un tiers du bénéfice tout de même), ce qui réduit d'autant les investissements intelligents à long terme malgré les amortissements ;
  • thésauriser le bénéfice pour se payer le luxe de pourvoir honorer ses appels d'impôts, taxes et autres cotisations vexatoires ;
  • utiliser des montages étranges pour sortir le bénéfice de France afin de ne pas laisser une trop grande partie du fruit de son travail à l'état. Personnellement, j'ai arrêté mon activité indépendante lorsque j'en étais à laisser à l'état obèse directement et indirectement pas loin de 90% de mon chiffre d'affaire.

La simple instabilité fiscale et réglementaire empêche les entreprises d'investir. Et lorsqu'elles ont besoin de le faire, elles délocalisent. Elles délocalisent d'autant plus qu'il est de plus en plus difficile de trouver des salariés sachant lire dans notre beau pays (même au niveau bac+5, je pourrais vous montrer ici les rapports de stages de certains de mes étudiants) alors même que le coût du travail est délirant par rapport à ce qui se fait chez nos proches voisins (grosso modo 20 points de plus de prélèvement sur les salaires chez nous). Je parle naturellement de l'Allemagne ou de la Suisse qui sont des pays comparables, pas de la Pologne ou de la Bulgarie.

Pour sortir de l’austérité budgétaire et salariale, des mesures comme la revalorisation du Smic, des retraites ou des minima sociaux, ainsi qu’une véritable politique d’égalité salariale femmes-hommes, sont également plus que nécessaires. Combinée à un ambitieux plan de réduction du temps de travail (sixième semaine de congés payés, application effective des 35 heures, limitation du temps partiel imposé…), la politique d’employeur en dernier ressort de l’Etat et des collectivités publiques proposera une formation et un emploi de qualité à haute valeur ajoutée sociale (construction d’infrastructures, travail avec les associations à but non lucratif, contribution à la transition écologique…) à toute personne voulant et étant capable de travailler : les chômeurs, les personnes qui ont abandonné la recherche d’emploi, les personnes insatisfaites de leur activité à temps partiel, etc.

Sortie de l'austérité. Rien que cela. Allons de ce pas regarder ce que l'INSEE en pense.

Communisme à la française

FIg. 1 : caramba, encore raté !

Je n'ai pas de chiffres consolidés plus récents (notons tout de même que la tendance ne s'est pas inversée), nous constaterons que nous sommes dans une période d'insupportable austérité. Il faut tout de même rester sérieux. La dépense publique frôle les 60% du PIB, PIB lui-même calculé  comme la somme de la richesse créée par le secteur marchand et par les dépenses publiques. En d'autres termes, nous demandons à un secteur marchand réussissant tout de même et malgré les tentatives désespérées de l'état la prouesse de réaliser entre 800 et 900 milliards d'euros consolidés de régler plus de 1200 milliards d'euros de dépenses. Ce n'est pas tout à fait vrai car les salaires et pensions des fonctionnaires retournent en partie dans l'économie, mais il ne faut pas être grand clerc pour comprendre qu'il y a tout de même quelque chose de pourri dans le raisonnement.

En agitant le chiffon rouge de l’augmentation des dépenses, les détracteurs de Jean-Luc Mélenchon omettent de nous dire que les nouvelles coupes qu’ils entendent effectuer se traduiront par une nouvelle hausse du chômage et une dégradation des services publics. En engageant un plan de relance que la France et l’UE auraient dû initier depuis longtemps, les rentrées fiscales générées feront au contraire baisser l’endettement public, nous permettant ainsi sortir du piège mortifère de la dette engendrée par les politiques d’austérité.

Les rentrées fiscales ? Quelles rentrées fiscales ? Le camarade Mélenchon veut taxer de manière confiscatoire le revenu de tous ceux qui arrivent à dégager plus de 32000 € par mois. En dehors de quelques grands patrons, il risque d'y avoir soit un exode massif des professions libérales — parce qu'avec les réformes de 2013, le bénéfice net et donc imposable s'approche pour certaines professions bien près du chiffre d'affaire, un ensemble de frais professionnels n'étant plus déductibles — et de tous ceux qui font encore vivre les PME en France. Keynes n'a fonctionné qu'une seule fois, et encore de manière incomplète, en 1930 aux États-Unis, dans une toute autre configuration. Il n'y a pas un seul exemple depuis où l'on arrive à montrer sur le long terme que l'investissement public permette la création de richesse et la baisse des impôts.

Révolution fiscale précise et cohérente

La deuxième urgence à laquelle la France doit répondre consiste à enrayer le creusement des inégalités qui intervient depuis les années 90, à mettre fin à l’augmentation vertigineuse des patrimoines des plus riches et à remédier à l’injustice de notre système fiscal. Les inégalités affectent les ménages aussi bien que les entreprises, dont la taxation effective est beaucoup plus élevée pour les PME que pour les grands groupes. Une société plus égalitaire est plus heureuse et plus démocratique. A ce sujet, le programme porté par Jean-Luc Mélenchon prévoit une révolution fiscale précise et cohérente, tant pour les ménages (meilleure progressivité de l’impôt sur le revenu grâce à l’augmentation du nombre de tranches, de cinq à quatorze) que pour les entreprises (baisse de l’impôt sur les sociétés à 25% pour toutes les entreprises, couplée à l’abrogation de nombreuses niches fiscales), ainsi qu’un relèvement de l’imposition du capital. Seule une telle refonte du système fiscal corrigera les phénomènes de rente et la captation des richesses par une minorité, toujours plus restreinte, de privilégiés.

Encore une fois, le camarade est à côté de ses pompes qu'il a pourtant grandes. Les grands groupes utilisent l'optimisation fiscale au travers de montages élaborés. Ces montages sont de plus en plus utilisés par les PME qui en ont assez de se faire tondre tous les ans un peu plus court parce que c'est cela ou fermer. Si la fiscalité française était correcte, logique et surtout non confiscatoire, les grands groupes n'utiliseraient pas ces montages. Encore une fois, le camarade Mélenchon propose une mauvaise réponse à une bonne question.

La troisième urgence est industrielle. Il s’agit de combattre la financiarisation de l’économie qui a causé des dommages importants à notre tissu productif et, partant, au secteur tertiaire, souvent dépendant des industries. Pour que nos industries puissent monter en gamme, la dotation et les missions de la Banque publique d’investissement devront être étendues. L’octroi des crédits et les prises de participation doivent sortir de la stricte logique de la rentabilité financière pour privilégier une vision à long terme. Le contrôle du système bancaire français par la Banque de France doit être renforcé et la séparation des banques d’affaires et de dépôt doit être appliquée sans tarder. Les mouvements de capitaux spéculatifs doivent être contrôlés pour que la spéculation cesse de nuire à l’investissement.

Pour contrôler les capitaux spéculatifs, il n'y a qu'une seule manière de faire : taxer les plus-values d'autant plus fortement que la durée de détention des titres est courte. Tout le reste n'est que du vent. J'ajoute qu'il est grand temps de laisser aux chefs d'entreprise le loisir d'exercer leur métier. Lorsque je l'étais encore, je passais la moitié de mon temps à faire autre chose que mon métier (remplissage de Cerfa colorés, réponse à des enquêtes obligatoires de l'INSEE,  déclarations fiscales, sociales et autres tous les mois, les trimestres…).

Autre chose, camarade. Il y a plus de deux millions d'artisans en France. Je n'en connais pas un qui n'ait pas du travail par dessus la tête pour au moins un employé supplémentaire. Pourtant, aucun de ces grands capitalistes ne veut engager un salarié supplémentaire. Ils préfèrent refuser des chantiers. Pourquoi ? Parce que d'une part, ils n'arrivent pas à trouver des gens qualifiés qui veulent travailler, et d'autre part ils ont été échaudés par les arcanes tortueuses du code du travail et se sont promis de ne plus se faire avoir.

À lire aussi : Jacques Généreux : «Pour sauver le meilleur de l'UE, il faut abolir le pire»

Je ne discuterais pas du problème de Jacques Généreux, j'en ai déjà parlé dans ces colonnes et ce serait lui faire trop d'honneur.

L’entreprise doit être refondée et doit avoir comme finalité de produire des biens et des services dans l’intérêt commun de l’ensemble des parties prenantes et non des seuls actionnaires et propriétaires. Le fait de donner à l’entreprise un autre objectif que le seul profit permet de remettre en question la notion, non fondée en droit, de «propriété de l’entreprise», et de faire en sorte que le pouvoir d’entreprendre ne provienne plus de la seule propriété des capitaux. Dans un premier temps, cela passera par l’extension des droits des salariés : droit de veto suspensif du comité d’entreprise sur les procédures de réorganisation et de restructuration ; véritable droit de préemption des salariés en cas de fermeture ou de vente de l’entreprise par les actionnaires.

Et après cela, on voudrait faire accroire au bon peuple que le programme de Mélenchon n'est pas un programme communiste. Dans ce paragraphe, ces économistes nient jusqu'au droit de propriété. Ce n'est pas rien.

Convaincante stratégie de désobéissance

Face à l’urgence environnementale et climatique (voir le cinquième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat de novembre 2014), notre pays doit se donner les moyens de mener une transition écologique crédible et de grande envergure. Une telle bifurcation de notre modèle de production doit nécessairement être amorcée par l’investissement public et requiert une consommation de meilleure qualité. Elle implique de rompre avec la logique financière court-termiste des trois dernières décennies, qui détruit des emplois, brise des millions de vies et contribue à détériorer l’environnement. A cet égard, la planification écologique proposée par Jean-Luc Mélenchon, adossée à la réorientation du crédit et à la constitution d’un pôle public bancaire, est essentielle. Elle améliorera la santé de l’ensemble de la population en augmentant la qualité des biens nécessaires. Dans cette optique, des mesures comme le 100% bio dans les cantines ou la priorité accordée au local sont emblématiques.

Quel est le rapport entre l'écologie et le pôle public français. Ce pôle public existe déjà et on ne peut pas vraiment dire que les banques qui en font partie sont parmi les meilleures pour les entreprises.

Enfin, il est urgent de transformer en profondeur l’absurde édifice des traités européens, qui dépossède les Etats de leurs leviers de politique macroéconomique, les accule à une course au moins-disant social et écologique et à une régression sans fin. Le carcan des traités actuels interdit toute politique de relance et toute politique industrielle, pourtant plus indispensables que jamais pour faire face aux urgences économique, sociale et écologique. La monnaie unique, incomplète, impose aux Etats des ajustements de compétitivité très douloureux sur les plans social et économique.

Il faudrait peut-être arrêter de mélanger un peu tout. L'Europe est un bouc émissaire facile pour rejeter sur autrui nos problèmes. L'Europe n'est pas responsable de notre endettement ni de notre système social délirant. Et qu'on ne me dise pas qu'un système comme le système suisse laisse ses affiliés crever dans la rue. Tous les pays européens ont fait une transition ces trente dernières années. Il ne faut pas que le camarade Mélenchon oublie que l'Allemagne était il y a quinze ans désignée comme l'homme malade de l'Europe. Mais l'Allemagne s'est prise par la main sans rejeter ses errances sur autrui.

Personnellement, je serai amusé de voir des gens comme Mélenchon ou Le Pen se prendre la réalité des choses en face une fois sortis de l'Europe. Il est très facile de mettre aujourd'hui sur le dos de l'Europe un tas de choses. Mais une fois sortis, quels boucs émissaires vont-ils trouver ?

À lire aussi : Mélenchon : un vote pour provoquer l’avenir

Et revenir aux heures sombres de l'histoire. Mélenchon ne cache son amour ni du Vénézuéla ni de Cuba. Deux exemples de réussites du socialisme triomphant. Ah non, j'oubliais, ce furent des échecs patents parce que le socialisme n'a pas été correctement appliqué. Mais dans ce cas, pourquoi en parle-t-il ?

En Europe, seul l’établissement d’un rapport de force crédible peut permettre d’obtenir une réforme d’ampleur de l’Union économique et monétaire qui garantisse enfin le progrès social et la convergence par le haut pour les peuples européens. Jean-Luc Mélenchon assume sur ce point une convaincante stratégie de désobéissance et de dissuasion. En France, son gouvernement prendra toutes les mesures unilatérales nécessaires à la mise en œuvre de son programme, en s’affranchissant autant que nécessaire de l’application stricte des traités. L’édifice institutionnel européen pourra alors être refondé, et l’euro complété afin de garantir une convergence réelle entre les économies. A défaut, et pour éviter un effondrement à venir, il faudra oser sortir de l’euro pour mieux sauver l’Europe.

Promesses de gascon. Lorsqu'on est autant endetté que l'est la France, il faut avant tout assainir les finances avant de pouvoir dicter quelque chose aux autres pays.

En répondant aux cinq urgences économiques majeures de notre temps, le programme économique de Jean-Luc Mélenchon nous donne aujourd’hui l’occasion historique de prouver qu’il y a des alternatives sérieuses, crédibles et désirables aux politiques absurdes menées avec acharnement lors des dernières décennies. Ce programme se réalisera dans le cadre d’une révolution démocratique, soutenue par la mise en place d’une assemblée constituante. Notre pays a aujourd’hui l’opportunité unique de renverser la logique mortifère qui mène l’Europe à l’implosion et de redonner un sens et du souffle au projet européen. Saisissons-la !

La seule chose à faire pour sauver ce qui peut encore être sauvé dans ce pays, c'est de limiter le poids de l'état et de rendre la liberté au peuple. Ce n'est pas de lui imposer encore plus un carcan délétère. Ce n'est pas plus d'état qui va sauver la France, mais moins d'état, moins cher et plus efficace. Et plus nous attendrons, plus la cure risquera d'être sévère car elle sera imposée.

Cette élection est la dernière qui permettra d'inverser les choses, après, il sera vraiment trop tard. Si les français ne saississent pas leur dernière chance, ce pays sera définitivement foutu.

 

Joyeuses Pâques, mes frères !

16.04.17 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvaise foi

Je sais, c'est facile. J'ai vraiment mauvais esprit.

Joyeuses Pâques, mes frères !

Fig. 1 : rien à ajouter

 

Élections

12.04.17 | par Le Grincheux | Catégories: Mauvais esprit, Monde de merde, Je hais les politiciens

Les élections qui se rapprochent me rappellent à quel point je hais mon prochain. Surtout mon prochain qui risque d'aller voter à la vue des derniers sondages.

Ces élections me rappellent aussi que, finalement, en  dehors de la gauche française, il n'y a rien que je haïsse autant que la droite française tant nous avons le choix dans notre beau pays entre des socialistes de gauche et des socialistes de droite, extrêmes compris. Pas un seul candidat n'a de vision économique. Nous n'avons que des populistes et, si jamais je me déplace pour voter, je risque une fois de plus de voter par défaut pour le moins pire.

Nous avons quatre challengers, de droite à gauche :

  • la fille du borgne avec un programme étatiste, nationaliste et socialiste qu plaît beaucoup aux anciens électeurs de gauche, impliquée dans un tas d'affaire, mais ça ne semble gêner personnne ;
  • François Fillon, sans doute le plus honnête de la bande, qui se fait malmener par les medias pour une histoire d'emploi présumé fictif alors que, même si cela s'avère, il aura détourné bien moins que chacun des autres. Lorsqu'on veut se débarrasser de son chien, on l'accuse d'avoir la rage ;
  • Emmanuel Macron, le renouveau du hollandisme, l'expérience en moins et qui ne fera strictement rien de son mandat, avec un certain nombre de casseroles aux fesses (déclaration de patrimoine ubuesque, détournement de plus de 120k€ des frais de bouche du ministère de l'économie pour lancer son parti et j'en passe dont les tailleurs de madame. Pourquoi pardonne-t-on à Macron ce qu'on refuse à Fillon ?) ;
  • Méchancon le camarade Jean-Luc Mélenchon, supporter inconditionnel de Chavez, Castro et autres gauchistes du renouveau sud-américain (et de la misère vénézuélienne) et pourtant officiellement millionnaire et pourvoyeur d'emploi fictif de sa fille devant le conseil général de l'Essonne.

Parmi ces quatre, un seul candidat sérieux. Les trois autres nous emmèneront dans le mur à brève échéance. Quant aux autres, quant aux outsiders… Je passe sous silence le discours totalement déconnecté de la réalité des deux zouaves de la gauche de la gauche le couteau entre les dents que sont Poutou et Arthaud (dire que cette dernière est agrégée d'économie-gestion m'incite à penser qu'on refile l'agrégation à n'importe qui !), Cheminade totalement à l'ouest pour ne pas dire dans la lune, Hamon insignifiant et à côté de tout réalisme budgétaire. Restent Asselineau totalement incohérent avec son bricolage monétaire, Dupon-Aignan qui enfile les erreurs d'analyse comme des perles sur un fil et Jean Lassalle. Jean Lassalle, tout un poème mais avec le bon sens paysan. De loin pas le pire, mais j'ai assez de mal à voir le résultat d'une entrevue entre Trump et Jean Lassalle. Je pense que les traducteurs auront vite fait un nervous breakdown comme on dit de nos jours.

Bref. Cette élection nous rappelle des heures bien sombres, où les deux champions du populisme surfent sur la vagues des plus bas instincts des électeurs. La fille Le Pen et Mélenchon sont les champions de la haine, de l'étranger ou du riche, de la jalousie, de l'envie, en d'autres termes de l'autre même si cet autre est différent dans les deux cas… Mais face à une classe politique vieille, corrompue ou que les medias présentent comme corrompue en orientant les plus bas instincts du peuple tout aussi bas, qui trahit et ne rassemble plus, ils sont un miroir aux alouettes bien tentant pour les plus démunis, les plus faibles (d'esprit) et les déçus.

Les aristocrates à la lanterne, voilà ce qu'on chantait en 1789. Et c'est Napoléon qui a suivi. Les congés payés étaient scandés en 1936 et la chambre des députés du front populaire (un autre front) a donné les pleins pouvoirs au maréchal Pétain en 1940. Je ne parle même pas de ce qu'il s'est passé en Allemagne à la fin des années 1930.

De quel monstre héritera-t-on cette fois-ci ? Et qui paiera, en fin de compte, l'addition ?

Les français n'auront que ce qu'ils méritent. Et je pense de plus en plus qu'ils ne sont pas méritants. À vouloir la sécurité à la place de la liberté, ils n'auront à la fin des fins, ni l'une, ni l'autre. À vouloir l'égalitarisme à la place de la libre entreprise, il ne leur restera que les miettes.

Certains jours, je me dis que la démocratie est le pire des régimes politiques car il a vite fait de glisser vers l'ochlocratie. Le suffrage censitaire est peut-être le meilleur compromis.

 

Ne m'appelez plus jamais ZyXEL

11.04.17 | par Le Grincheux | Catégories: Je hais l'informatique

J'utilise des équipements ZyXEL depuis des années sans problème particulier, que ce soit sur mes propres installations ou chez mes clients. Ils étaient stables, robustes, fiables.

Pourtant, depuis quelques années, ce n'est plus ce que c'était. J'ai transformé en brique mes trois derniers modems routeurs. Le premier ne s'est jamais remis d'une configuration réseau qui, sans être exceptionnelle, était un peu particulière. Le deuxième n'est pas mort, mais un peu mourant tout de même car le niveau de bruit en entrée a si fortement augmenté que j'ai dû le remplacer au pied levé. Je ne vais pas trop râler, il me sert actuellement de modem de remplacement… Je constate pourtant que mes SpeedStream 5200 ou Alcatel antiques (modèles 2001) fonctionnent toujours même s'ils sont limités à l'ADSL 8 Mbps. Mes Netopia qui vont sur leurs dix ans se portent comme des charmes. Mais ce ne sont pas des modems ZyXEL.

Le troisième, un SBG3300, a été un poème en soi.

Livré avec un firmware qui n'assurait pas le service minimal indiqué dans la documentation du produit, j'ai été contraint de menacer ZyXEL d'une action juridique. Au bout de six mois, j'ai eu un firmware à jour, c'est-à-dire capable de tenir les fonctionnalités de base annoncées dont la dual stack IPv4+IPv6. Ce firmware était un peu plus stable, juste un peu, permettant un fonctionnement en dual stack IPv4+IPv6. J'ai tout de même dû écrire des scripts pour redémarrer ce modem en cas de perte de connectivité IPv6. En effet, l'interface était toujours autant bugguée et la configuration de la dual stack se faisait en écriture seule. Une fois configurée, plus moyen de vérifier cette fichue configuration. Lorsqu'une route IPv6 était perdue, ce qui arrivait plus souvent qu'à son tour, la seule solution était de redémarrer le modem en totalité même si la pile IPv4 continuait de fonctionner normalement.

La semaine passé, j'ai reçu un mail du service technique de ZyXEL m'indiquant que le souci était enfin corrigé. J'ai donc téléchargé le firmware en question, flashé le modem. Cela s'est bien passé puisque ce modem a redémarré correctement après l'opération de mise à jour, s'est reconnecté et a fonctionné durant plus d'une heure. Il a fonctionné jusqu'au moment où j'ai cru bon de passer un appel téléphonique en VoIP depuis un boîtier Cisco sur mon LAN dont la route par défaut passe par ce modem. Pour que le protocole SIP utilisé par la VoIP soit routé correctement sur du NAT, il faut utiliser un module appelé SIP ALG qui était donc activé sur mon modem ZyXEL.

À l'instant où les premiers paquets SIP UDP entrants sont arrivés sur le modem, celui-ci s'est mis en vrac avec perte de toutes les connexions. Depuis, la led de diagnostic clignote sans arrêt et le modem refuse de démarrer.

J'ai passé une partie de la nuit a essayer de comprendre, à essayer de reprendre la main sur cette saleté. J'ai tout essayé. La réinitialisation des paramètres, la réinitialisation complète du firmware, rien à faire, il commence à démarrer puis se met en vrac après initialisation des ports LAN et de la fonction routage. C'est donc bien un module de routage (je ne sais pas pourquoi, mais je pense au SIP ALG) qui est responsable de la situation.

Je viens de commander en urgence un Linksys. D'ici demain soir, plus d'IPv6 sur mes serveurs et donc sur ce site.

Autant dire que je ferai de la publicité pour ZyXEL.

On ne m'y reprendra plus.

 

Mélenchon et le leit-motiv de la dette

07.04.17 | par Le Grincheux | Catégories: Je hais les financiers, Je hais les politiciens

Une personne mal intentionnée m'a indiqué un papier un peu daté (deux ans d'âge, moins  qu'un simple cognac VSOP, mais ce genre de chose se périme un peu plus vite) que vous trouverez ici en me demandant ce que j'en pensais. Je précise que ce texte est signé par le camarade Méchancon Jean-Luc Mélenchon.

Je commence par y lire une accroche un peu étrange :

Le Collectif pour un audit citoyen de la dette publique a rendu le 27 mai 2014 un premier rapport. Il s’est essentiellement intéressé à la dette de l’état. Il estime qu’au total 59% de la dette publique actuelle sont « illégitimes ». Cette illégitimité provient du fait que le montant de la dette résulte des cadeaux fiscaux et des taux d’intérêts excessifs payés par l’état. Cette part illégitime de la dette atteint 1 077 milliards d’euros soit 53% du PIB. Si l’État n’avait pas réduit ses recettes et choyé les marchés financiers, la dette publique n’aurait représenté en 2012 que 43% du PIB au lieu de 90%.

Commençons donc par regarder qui se trouve derrière ce collectif au nom amusant. Sur son site internet, je peux lire que les membres du collectif sont :

  • Act Up-Paris ;
  • Agir ensemble contre le chômage (AC!) ;
  • AITEC ;
  • Amis de la Terre ;
  • Attac ;
  • CADTM ;
  • CEDETIM ;
  • Collectif National pour les Droits des Femmes ;
  • Collectif Richesse ;
  • Confédération CGT ;
  • Convergence SP ;
  • Coopérative DHR ;
  • Économistes Atterrés (qui personnellement m'atterrent…) ;
  • Emmaüs International ;
  • Fakir ;
  • Fédération Syndicale Unitaire ;
  • Finances CGT ;
  • Fondation Copernic ;
  • Indecosa-CGT ;
  • L’Appel des Appels ;
  • Ligue des Droits de l’Homme ;
  • Marches Européennes ;
  • Marche Mondiale des Femmes France ;
  • Mouvement Utopia ;
  • Réseau Éducation Populaire ;
  • Résistance Sociale ;
  • SNESUP ;
  • Sud BPCE, ;
  • Union SNUI-SUD Trésor Solidaires ;
  • Union syndicale Solidaires.

À cet assemblage improbable et foutraque absolument pas orienté politiquement de gauchistes de tous poils, d'écologistes, d'économistes atterrants et d'associations utopistes s'ajoutent un certain nombre de soutiens :

  • Alliance Ecologiste Indépendante ;
  • Alternatifs ;
  • Association Nationale des Élus Communistes et Républicains (bizarrement, mettre communistes et républicains dans la même phrase relève pour moi autant de l'oxymore que démocratie populaire) ;
  • Convergences et Alternative ;
  • Démocratie et socialisme ;
  • Europe Écologie Les Verts ;
  • FASE ;
  • Gauche Anticapitaliste ;
  • Gauche Unitaire ;
  • M’PEP ;
  • Nouvelle Donne ;
  • NPA ;
  • Parti Communiste Français ;
  • PCOF ;
  • Parti de Gauche ;
  • Parti pour la décroissance.

En terme d'opinion et de pluralité idéologique, nous progressons donc. Je n'ai pas bien compris, mais il y a une troisième catégorie qui sont les observateurs :

  • Acrimed ;
  • Alternatives Économiques ;
  • Droit au logement (DAL) ;
  • Désobéissants.

Les analyses de ce machin ne peuvent être que fines, argumentées, construites et objectives.

Mais reprenons les arguments du camarade Jean-Luc. Ce dernier prétend que 59% de la dette sont illégitimes et proviendrait de cadeaux fiscaux et de taux d'intérêts excessifs. Commençons par discuter de la fiscalité. Notre néo-communiste de service prétend sans rigoler qu'il existe des cadeaux fiscaux en France. Vous constaterez dans le graphique suivant la pertinence de l'argument et sa faiblesse. Je précise à toutes fins utiles que ce graphique n'est pas de moi mais de l'OCDE qui sait certainement de quoi elle parle. Je n'ai pas le graphique de l'INSEE car à l'heure où j'écris ses lignes, les comptes de 2013 ne sont pas encore consolidés et leurs derniers graphiques s'arrêtant à 2012, ils montrent une très légère baisse. Or le torchon du camarade étant écrit en 2014, il ne pouvait ignorer la tendance haussière déjà sensible à l'époque.

Mélenchon et le leit-motiv de la dette

Fig. 1 : cadeaux fiscaux inadmissibles

Nous pouvons constater une seconde chose : l'écart de fiscalité entre la France et l'Allemagne est de plus de huit points en fin de période et toujours supérieure à cinq points entre 1985 et 2013. Je ne parle même pas du différentiel de fiscalité entre la France et la moyenne de l'OCDE.

Concernant les taux d'intérêt, il mélange deux choses. L'état émet au travers de la CADES et de l'Agence France Trésor des obligations. Une obligation, comme son nom l'indique, est un titre à durée déterminée assurant au créancier un revenu versé régulièrement par le débiteur. Cela peut se faire en fin de contrat ou régulièrement et correspond à la prime de risque (et à la compensation de l'inflation) due au créancier. Elle se discute en début de contrat, jamais au cours de la vie d'une obligation. En revanche, il existe un marché secondaire dans lequel les obligations se revendent à des prix n'ayant rien à voir avec leur valeur d'émission en fonction de nouveaux risques identifiés ou supposés. Le camarade Jean-Luc ne peut donc prétendre que ces taux d'intérêts sont illégitimes puisqu'ils ont été fixés par une agence de l'état bien avant que des créanciers ne souscrivent à ces titres. Prétendre que ces taux d'intérêts sont illégitimes revient à demander à l'état de se dédire. La conséquence immédiate serait une hausse de ces taux, plus aucun créancier n'ayant confiance dans les engagements de la France et refusant d'acheter sa dette sans avoir une forte prime de risque donc un fort taux d'intérêt. C'est exactement la situation de la Grèce aujourd'hui qui n'arrivait plus à écouler ses obligations en 2015 malgré un taux d'intérêt de plus de 50% à deux ans.

Je lis un peu plus loin la chose suivante :

La hausse de la dette de l’Etat ne peut s’expliquer par la hausse des dépenses de l’Etat car celles-ci ont reculé de 2 points de PIB en 30 ans. Par contre, 488 milliards d’euros de dette proviennent des cadeaux fiscaux consentis aux plus riches et aux actionnaires. La part des recettes de l’Etat dans le PIB a chuté de 5 points en 30 ans. Si l’Etat avait conservé ses recettes au même niveau, la dette publique serait inférieure de 24 points de PIB à ce qu’elle est ! Voilà pour la part d’illégitimité due à la diminution des recettes de l’Etat et de son appauvrissement volontaire. Voyons à présent la part due aux coûts excessif des marchés financiers. En effet, 589 milliards d’euros de dette proviennent des taux d’intérêts excessifs imposés par les marchés financiers. Le collectif a considéré qu’un taux « normal » aurait été de 2% au-dessus de l’inflation (taux d’intérêt réel). Dès lors, les taux pratiqués au-delà ont été « excessifs ». Démonstration à l’inverse : si l’état avait emprunté à des taux d’intérêts non excessifs, la dette publique serait inférieure de 29 points de PIB ! Bien sûr, ces taux d’intérêts excessifs ont eu un « effet boule de neige ». Il a fallu emprunter davantage pour rembourser les emprunts « excessivement » taxés quand ils sont arrivés à terme. Et ces nouveaux emprunts se sont fait souvent à des taux eux-mêmes « excessifs » qui ont renforcé l’illégitimité de la somme due. Voilà ce que l’on appelle une dette illégitime. François Lenglet fait le malin : « depuis quand ? ». Comme si c’était une preuve nécessaire de la valeur de l’argument. Imaginez : il aurait fallu avoir à l’esprit l’histoire de chaque emprunt du trésor public à mesure que la dette contractée pour rembourser de la dette s’est accrue. Voilà le genre de savoir que François Lenglet fait semblant d’avoir, quoiqu’il ne puisse l’avoir, et qu’il somme ses interlocuteurs de prouver. 

J'avoue avoir rarement vu autant de mauvaise foi. Je viens de compiler les données INSEE entre 1959 et 2012. Cela nous donne le graphique suivant :

Mélenchon et le leit-motiv de la dette

Fig. 2 : horrible baisse des dépenses publiques par rapport au PIB français

Nous voyons que les dépenses publiques augmentent régulièrement, même en période d'austérité scandaleuse entre 2009 et 2012. Je vous rassure, cette hausse a perduré entre 2012 et 2016, mais je n'ai pas les chiffres consolidés. Retournons donc trente ans en arrière, nous sommes donc en 1984. En 1984, la dépense publique représentait grosso-modo 52% du PIB. En 2012, nous sommes à plus de 56%. Par ailleurs, une simple régression linéaire sur les cinquantes dernières années montre qu'il n'y a aucune tendance baissière. Tout au plus pourrait-il y avoir un accident en 2014 permettant à ce fumeux collectif de prétendre qu'il y a une baisse de deux points sur trente ans. Je préfère croire qu'il est constitués d'idiots incapables de lire des statistiques plutôt que de manipulateurs avérés. Quant à la part des recettes de l'état dans le PIB, elle est invalidée par la figure 1.

Concernant les cadeaux fiscaux consentis aux plus riches et aux actionnaires, cela relève du dogme. Notre industrie s'étant cassée la figure pour des raisons de politique économique brouillonne depuis 1981, nous n'exportons plus que des millionnaires. Et nous en exportons même en Belgique qui est un pays qui taxe oblectivement bien plus que la France et que les mêmes collectifs taxent de paradis fiscal. La différence entre la France et la Belgique est que la Belgique a un système fiscal stable depuis 1935. Il ne faut pas faire des paris continuels pour savoir à quelle sauce on sera mangé. Mais revenons au sujet, le camarade parle bien entendu des plus riches et des actionnaires, sous-entendu donc de la fiscalité du patrimoine.

La fiscalité du patrimoine est passée de 7,3% du PIB en 1995 à 10% en 2014 comme le montre le petit graphique suivant issu des statistiques de l'INSEE et qui fait que la France possède l'un des niveaux les plus élevés des grands pays européens.

Mélenchon et le leit-motiv de la dette

Fig. 3 : intolérable baisse de la fiscalité du patrimoine

Notez bien que je ne parle pas ici de l'ISF qui est une aberration économique totale, mais l'ensemble de la fiscalité du patrimoine qui inclut (liste non exhaustive) :

  • l'ISF ;
  • la CSG et la CRDS sur les revenus du patrimoine ;
  • l'impôt sur le revenu (après abattement de 40% censé compoense l'impôt sur les sociétés) ;
  • les taxes foncières ;
  • les frais de mutation ;
  • les frais de succession ;
  • l'impôt sur les sociétés ;
  • un raton-laveur,

ainsi qu'un nombre toujours plus grand de petites vexations fiscales qui mises bout à bout font de grandes rivières. Dans cette liste à la Prévert se retrouvent des impôts sur les coûts de production des entreprises qui représentent un quart du volume et qui est à peu près stable depuis une vingtaine d'année. Mais cette fiscalité est très élevée par rapport à tous nos voisins européens (37 milliards d'euros de plus que chez nos voisins allemands). L'impôt sur les sociétés, qui représente quant à lui un peu plus du quart du total, a considérablement augmenté dans une période récente et est actuellement au-dessus de la moyenne des autres pays. Il représente 2,7% du PIB en France contre 2,3% chez nos grands voisins.

À lui seul, le poids de la fiscalité sur les ménages, sous toutes ses formes, explique l'essentiel de l'augmentation globale. Au total, le poids des l'impôt sur le revenu du capital (hors salaires), sur les plus-values, sur la détention de capital et sur sa transmission est passé de 38% du total des revenus du capital des ménages en 1995 à plus de 65% en 2014. Il se permet même de dépasser de plus de 40 milliards d'euros celui de l'Allemagne.

Pire, cette fiscalité est éclatée et n'a pas été construite selon une logique économique. Elle est le fruit d'une construction idéologique et dogmatique, d'une succession de décisions prises en fonction des besoins de financement du moment sans aucune vision à moyen ou long terme. Elle va toujours dans le sens d'une plus grande complexité et de l'augmentation des différents taux et se distingue de celle des autres pays par ses modalités atypiques (pour rester courtois) :

  • une forte progressivité des prélèvements sur les revenus des capitaux mobiliers allant de 0 à plus de 60% alors que les autres pays privilégient un taux forfaitaire unique de l'ordre de 25 à 30% ;
  • un deuxième impôt progressif calculé sur le capital (que nous sommes les seuls à avoir, chanceux que nous sommes) qui s'ajoute à l'impôt sur le revenu et qui conduit à des taux marginaux aberrant et dans certains cas confiscatoires. L'application du droit commun hors bouclier fiscal peut conduire à des prélèvements sur le revenu généré par un effort d'épargne qui dépassent largement les 100% de ce revenu ;
  • un taux d'imposition total qui ne résulte pas de décisions explicites mais qui fluctue au gré des marchés et qui est devenu prohibitif avec la baisse du rendement du capital.

Toute cette instabilité décourage les investissements en France et accroît mécaniquement nos importations, destabilisant encore un peu plus le budget de l'état. Le camarade Jean-Luc devrait au contraire se demander comment font nos voisins pour être en bien meilleure santé financière que nous tout en ayant un budget de fonctionnement plus faible en pourcentage de leurs PIB respectifs. Il oublie enfin une dernière chose et non des moindres. En France, nous n'empruntons pas uniquement pour payer la dette. Cette situation serait plutôt cette de l'Italie qui est en excédent brut primaire. Non, nous empruntons pour payes les fins de mois.

En effet, le solde budgétaire de l'état (révisé, consolidé par l'INSEE) était en 2014 de 87 milliards d'euros de déficit. D'après le Sénat, la charge de la dette était en 2014 de 43,2 milliards d'euros. Même en déclarant abruptement aux créanciers qui sont pour un bon tiers vous et moi au travers de vos banques qu'ils devront s'asseoir sur leurs intérêts voire leur capital, il aurait tout de même fallu emprunter la rondelette somme de 43,8 milliards d'euros en 2014, soit 120 millions d'euros tous les jours que Dieu fait, et il en fait, le bougre.

Mais continuons notre lecture.

A présent, voyons ce qu’il en est de la dette française elle-même en 2014.

Assez de baratin avec les « générations futures » endettées par nos mauvaises habitudes ! La durée de vie moyenne des titres de dette est de 7 ans et 19 jours. L’honnêteté pour évaluer sérieusement la situation voudrait qu’on rapporte la dette à ce qu’il faudrait payer si on devait la rembourser en fin de course. C’est-à-dire 1 985 milliards d’euros de dette publique totale divisé par 2567 jours : cela fait 282, 24 milliards d’euros par an ! Soit à peine 13 % du Pib annuel ! On est loin des 93,6% agités sans cesse pour affoler le monde ! Car il est stupide de rapporter toute la dette à la valeur d’une seule année de production. Pourquoi le fait-on ? C’est d’autant plus absurde que le remboursement de la dette n’est pas exigible dans ce délai ! Il donc est absurde de comparer un stock pluriannuel à un flux annuel. C’est pourtant ce qui se fait à longueur de catéchismes médiatiques.

Là, les bras m'en tombent. Il est sûr qu'à diviser des pommes par des poires, on peut prouver n'importe quoi. D'une part, il faudrait rapporter la dette au PIB du secteur marchand (860 milliards d'euros actuellement) et non au PIB au sens des critères de Maastricht qui incluent le poids de la fonction publique et des retraites. Mais il faudrait aussi inclure dans cette dette tout le hors bilan (dépenses déjà engagées mais non budgétisées comme les retraites futures des fonctionnaires actuellement en poste). D'autre part, lisser cette dette sur sept ans et dix-neuf jours est ridicule car nous continuerons de nous endetter sur la même période pour de nouvelles dépenses. On ne peut amortir comptablement une dette roulante de manière aussi triviale.

Quant à la longueur de la dette, elle n'est nullement de sept ans et dix-neuf jours. Je suis sûr qu'on peut arriver à un tel résultat en truquant les statistiques autant que les urnes corses en 1981, mais il ne faut pas oublier que l'état agit en sous-main pour racheter ses obligations à fort taux plus chères que leurs valeurs faciales en refourgant des obligations nouvelles à taux plus faibles. La durée de vie d'un bon du trésor est fixée par l'émetteur et uniquement par lui. Si la durée de vie d'une telle obligation émise pour dix ans est finalement plus courte, ce n'est que parce que le créancier accepte de se la faire racheter avant la fin du contrat et qu'il y trouve avantage. Dans certain cas, cet avantage pourrait même être qualifié de cavalerie comptable.

Une autre comparaison indispensable est de rapporter la dette aux avoirs du pays !

Combien le pays possède-t-il ? C’est important pour savoir s’il a « les reins » solide face à la somme qu’il emprunte. Voyons les chiffres. Les avoirs de la France s’élèvent à 35 000 milliards de « patrimoine économique ». Cette somme contient deux composantes. D’une part 13 900 milliards d’actifs non financiers c’est-à-dire des immeubles, des logements, des machines et ainsi de suite. Et d’autre part le pays possède 21 000 milliards d’actifs financiers. Au total, la dette ne représente donc que 5,6% des avoirs de notre pays. C’est-à-dire rien. Ou presque !

Là, nous sommes dans le communisme le plus torride. Oui, nous pouvons voler le patrimoine privé des français (parce qu'il faut toujours appeler une bêche une bêche sous peine d'avoir à s'en servir et que c'est bien de cela que l'on parle ici) puis vendre les bijoux de famille pour continuer à vivre au-dessus de nos moyens. Et combien de temps cela pourra-t-il durer une fois que l'on aura tout vendu ?

On me met régulièrement au défi à propos de l’annulation de la dette.

Jean marc Ayrault lui-même s’était indigné : « Mélenchon propose de ne pas rembourser la dette, ce n’est pas sérieux ! » Outre que je n’ai jamais dit les choses de cette façon, je veux bien regarder de plus près cette hypothèse de travail très intéressante. Ce ne serait pas une première dans l’Histoire. Nos chers amis allemands le savent bien. Annuler la dette publique, l’Allemagne l’a fait ! Pour mémoire, ce fut le 27 Février 1953 ! La Conférence de Londres, réunie pour tirer d’affaire l’Allemagne vaincue et détruite, décida l’annulation de près des deux tiers de la dette allemande (62,6%) par ses créanciers étrangers ! L’accord a été signé par la RFA et 22 pays créanciers. Et parmi les 22 créanciers généreux, on trouve les États-Unis, la Grande Bretagne, la France, mais aussi la Grèce ! On ne peut pas dire que la reconnaissance étouffe les Allemands. Pourtant, l’addition était salée. La dette allemande d’avant-guerre a été réduite de 22,6 milliards à 7,5 milliards de Marks. Et celle d’après-guerre de 16,2 milliards à 7 milliards de Marks. Valeur de l’époque. Faites les multiplications pour trouver ce que ces montants veulent dire à présent ! Quant à l’ardoise des dégâts allemands, on l’a remise aux peuples qui ont reconstruits leur pays ! En lisant ces arguments vous constatez quelle extrême retenue fut la mienne face à l’odieuse député de la droite allemande qui nous parlait si mal sur ce plateau de télévision !

Quel beau passage de rhétorique. Effectivement, dit comme cela, on ne peut qu'être d'accord avec le camarade Mélenchon. L'annulation de la dette allemande en 1953 a été faite pour relancer un pays dans un état catastrophique (avec une balance commerciale outrageusement négative provoquée par les destructions de la guerre et imposée par les alliés) et préserver la paix. Le camarade Mélenchon oublie aussi que les créanciers de l'Allemagne avaient interdit aux entreprises allemandes de vendre leurs produits à l'étranger jusqu'à 1953, ce qui avait mécaniquement mis l'Allemagne en fâcheuse posture.

Qu’en est-il aujourd’hui de la dette de pays étranglés par les méthodes comptables de l’Europe Allemande ?

Le cas d’école est celui de la dette grecque. Selon les calculs du FMI cités par Le Figaro, le bilan est ridicule. Le montant de la dette grecque, début 2010, avant les plans d’austérité qui devait « sauver » le pays, était de 298 milliards. Après six ans d’austérité, le plan de sauvetage s’est élevé à 350 milliards, entre remise de dette, rééchelonnement et nouveaux crédits. 110 milliards de 1er plan de sauvetage de 2010, 140 milliards de nouveau plan 2012 en cours d’application, 100 milliards de dettes annulées par les banques. Je reviens dans un instant sur ces « annulations ». Restons-en aux comptes globaux. On connaît la solution proposée par le Front de Gauche : que la BCE prête directement à la Grèce pour éponger sa dette. Si on l’avait fait au début, on aurait donc déjà économisé 42 milliards ! Et la Grèce n’aurait pas été martyrisée comme l’a été et comme elle l’est chaque jour sous l’administration allemande de la troïka présente à Athènes. Et maintenant, apprenez ceci que beaucoup d’entre vous ignorent. Quand une banque achète des titres de dette elle ne les range pas dans son coffre. Elle les revend ou les intègre dans des fonds de placement. Les titres de dettes grecs ont été revendus jusqu’à 25 % seulement de leur valeur faciale. La valeur faciale, c’est celle qui est marquée sur le titre. Un titre de dette de cent euros a donc pu être vendu jusqu’à 25 euros seulement à mesure qu’il circulait de main en main. En cous de cycle, une banque a pu racheter 25 euros un titre et le revendre à la banque centrale européenne qui lui achetait 30 ou 50. A chaque tour de piste du même titre, les banques se sont gavées. Et maintenant, ces titres sont dans le bilan de la Banque centrale européenne. Laquelle encaisse les intérêts et réclame le remboursement à la valeur faciale, acheté 25 et exigé à 100, comme un vulgaire fonds vautour.

Là encore, il y a du vrai, il y a du faux et de l'esbrouffe. Camarade, si la BCE avait racheté les bons du trésor grec, elle n'aurait pu le faire qu'en émettant de la monnaie. Or la valeur d'une monnaie est toujours issue d'un travail présent ou passé (par exemple, le travail de l'orpailleur dans le cas d'une monnaie métal). Une monnaie ne peut pas être créée ex nihilo même par une banque centrale. Plus techniquement, lorqu'un organisme suscite un emprunt auprès d'une banque, cette banque inscrit cet emprunt dans un grand livre et émet donc une certaine quantité de monnaie dite monnaie papier. Cette monnaie est détruite régulièrement au cours du remboursement de l'emprunt et, si l'emprunt est remboursé dans sa totalité, il n'existe au terme du contrat pas plus de monnaie qu'au début. Il n'y a pas d'érosion monétaire.

En revanche, si une banque prête en sachant qu'elle ne sera pas remboursée, le problème est tout autre. La masse monétaire augmente donc la valeur de la monnaie diminue. Cela revient à payer cette dette, mais d'une autre manière. Ce ne sont plus les grecs qui paieront, mais tous les détenteurs de fonds en euros par dépréciation de leurs avoirs.

Cette comédie se vérifie pour chacun des plans de sauvetage décidés depuis 2010.

Pour l’Irlande, l’Espagne, le Portugal et l’Italie. 1 100 milliards d’euros ont été dépensés sur ce mode ubuesque soit l’équivalent d’une année de production de l’Espagne ! Et pendant ce temps, pendant que les peuples étaient saignés, les rentiers en toute impunité pouvaient continuer à sortir leurs capitaux du circuit économique national. Entre juin 2011 et juin 2012 en Italie, 235 milliards se sont enfuis, soit 15 % du PIB et, en Espagne, 296 sont sortis sans laisser d’adresse, soit 27 % de la production annuelle du pays ! C’est tout ça que je voulais mettre sur la table dans la discussion sur la dette.

C'est un peu court et cela n'a strictement rien à voir avec la dette. Les créanciers partent pour tout un tas de raisons. La première est que s'il y a des paradis fiscaux, c'est sans doute qu'il existe aussi des enfers fiscaux. La deuxième que je vois est de mettre le fruit de leur travail à l'abri dans des monnaies gérés par des états moins enclins à bricoler la valeur de leur monnaie que notre classe politique nationale, camarade !

 

 

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