Tocqueville avait raison lorsqu'il écrivait dans De la démocratie en Amérique et dans la première moitié du XIXe siècle que la forme ultime de la démocratie est la loi du plus fort sur le plus faible. Aujourd'hui, les esprits cultivés, il en reste tout de même quelques uns, s'y réfèrent souvent en louant sa prémonition. Il est pourtant curieux que ces mêmes esprits oublient les prémonitions de l'économiste Frédéric Bastiat qui, en 1848, analysait dans sa publication sur l'état dans le Journal des Débats non la démocratie en Amérique, mais beaucoup plus prosaïquement l'avenir potentiel de l'état français.
En 1848, donc, Frédéric Bastiat résumait un débat idéologique en estimant que « l'état est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde ». C'est un peu lapidaire, obscur, mais il a précisé sa pensée en 1850 dans les Harmonies Économiques, un texte prémonitoire sur la faillite probable et aujourd'hui annoncée de notre système. Il y écrit ainsi :
Il est aisé de deviner le rôle que le gouvernement s'attribuera. Son premier soin sera de s'emparer de toutes ces caisses sous prétexte de les centraliser ; et, pour colorer cette entreprise, il promettra de les grossir avec des ressources prises sur le contribuable. Car, dira-t-il, n'est-il pas bien naturel et bien juste que l'Etat contribue à une œuvre si grande, si généreuse, si philanthropique, si humanitaire ?
Ensuite, sous prétexte d'unité, de solidarité (que sais-je ?), il s'avisera de fondre toutes les associations en une seule, soumise à un règlement uniforme.
Mais je le demande, que sera devenue la moralité de l'institution quand sa caisse sera alimentée par l'impôt, quand nul, si ce n'est quelque bureaucrate, n'aura intérêt à défendre le fonds commun, quand chacun, au lieu de se faire un devoir de prévenir les abus, se fera un plaisir de les favoriser, quand aura cessé toute surveillance mutuelle et que feindre une maladie ce ne sera autre chose que jouer un bon tour au gouvernement ?
Bientôt, qu'arrivera-t-il ? Les ouvriers ne verront plus dans la caisse commune une propriété qu'ils administrent, qu'ils alimentent, et dont les limites bornent leurs droits. Peu à peu, ils s’accoutumeront à regarder le secours en cas de maladie ou de chômage, non comme provenant d’un fond limité, préparé par leur propre prévoyance, mais comme une dette de la société. Ils n’admettront pas pour elle l’impossibilité de payer, et ne seront jamais contents des répartitions. L’état se verra contraint de demander sans cesse des subventions au budget. Là, rencontrant l’opposition des commissions de finances, il se trouvera engagé dans des difficultés inextricables. Les abus iront toujours croissants et on en recalculera le redressement d’année en année, comme c’est l’usage jusqu’à ce que vienne le jour d’une explosion. Mais alors, on s’apercevra qu’on est réduit à compter avec une population qui ne sait plus agir par elle-même, qui attend tout d’un ministre ou d’un préfet, même la subsistance, et dont les idées sont perverties au point d’avoir perdu jusqu’à la notion du droit, de la propriété, de la liberté et de la justice.
Aujourd'hui, pourtant, nous sommes dans la situation prévue par Bastiat il y a plus d'un siècle et demi. En 2007, donc juste avant l'explosion de la crise que personne sauf Benoît Mandelbrot et quelques économistes sérieux n'avait vu venir, Georges Lane écrivait :
Le jour où le marché financier dira « je ne veux plus financer les déficits étatiques », la sécurité sociale aura vécu. Cinq minutes avant que l'URSS fût abandonnée, elle fonctionnait encore comme en 1917.
Et qu'avons-nous fait depuis 2007 ? Rien, nous avons creusé les déficits qui n'en demandaient pas tant. Entendons-nous bien, je ne parle pas de déficits conjoncturels, mais des déficits structurels qui sont le seul puits sans fond des assurances sociales françaises que personne ne nous envie sauf peut-être Michael Moore qui n'a pas tout compris.
La cerise sur le gâteau vient d'être posée par le gouvernement dans sa dernière réforme des retraites. Réformer le système des retraites est en France un sport, un jeu, et tant que ce fichu système des retraites ne sera pas changé pour une retraite à points, on ne progressera pas. Mais comme nous avons des salariés qui sans avoir lu Bastiat ont quasiment tout compris de sa pensée, il n'en est pas encore question. Pourtant, plus le temps passe et plus la transition sera violente.
Mais revenons à cette réforme des retraites et à ce qui n'a pas été dit dans les media à grande écoute. Pour avoir cette information, il fallait avoir sous la main les Échos ou les pages saumon du Figaro. Je cite ici l'article du Figaro du 6 septembre 2013 parlant des retraites des professions libérales.
La réforme des retraites place sous quasi-tutelle leurs caisses complémentaires dotées de très fortes réserves.
« Modernisation » pour les uns, « étatisation » pour les autres. L'État compte profiter de la réforme des retraites pour mettre la main sur les très indépendantes et bénéficiaires caisses de pension des professions libérales. Un choc pour les intéressés qui ont appris la nouvelle au moment de la publication du projet de loi, ce jeudi.
Principale mesure qui les fait bondir ? L'exécutif nommera par décret le directeur de la Caisse nationale d'assurance-vieillesse des professions libérale (CNAVPL) qui verse la retraite de base des libéraux. Un DG auparavant élu par le conseil d'administration. Quant aux dix sections professionnelles (médecins, agents d'assurance, vétérinaires, etc.) qui gèrent les retraites complémentaires, elles seront étroitement contrôlées par la CNAVPL. Une mise sous tutelle effectuée pour remettre de l'ordre et « rationaliser » le système, se défend l'entourage de Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales.
10 à 11 ans de prestations
Certes, certaines caisses ont pu être mal gérées, comme celle des médecins, reconnaissent les Libéraux qui s'étonnent de la sévérité de la décision. « Ils utilisent l'arme atomique alors qu'une tapette à mouche aurait suffi », fustige Michel Chassang, président de l'Union nationale des professions libérales (UNAPL). Et le médecin de s'interroger, de façon faussement ingénue, « sur la finalité d'une telle démarche ». Les libéraux soupçonnent en fait le gouvernement de lorgner les 21 milliards de réserves des dix caisses, l'équivalent de 10 à 11 ans de prestations et aussi du besoin de financement total du système des retraites en 2020. « Cette somme est le fruit des sacrifices consentis depuis 30 ans par les libéraux en prévision du papy-boom », se défend la CNAVPL. Au titre des efforts fournis, les libéraux doivent cotiser jusqu'à 65 ans pour partir avec une pension complémentaire sans décote. Près de quatre ans de plus (à date d'aujourd'hui) que les salariés du privé. Selon nos informations, la Cour des Comptes se serait récemment intéressée de près à ces réserves en vue de les mutualiser.
Le siphonnage des trésors cachés des caisses, où qu'ils se trouvent, est un sport très pratiqué au sein de l'État en période de disette budgétaire. Et les libéraux ont peur d'être une future proie. Première étape, l'État pourrait mettre la CNAVPL en difficulté financière en accentuant les ponctions dont elle fait déjà l'objet au titre de la « compensation interrégimes » pour financer les caisses en fort déficit démographique (agriculteurs, artisans…). La deuxième étape consisterait à renflouer ladite caisse en branchant un tuyau sur les réserves des caisses complémentaires.
La priorité, pour les libéraux, est donc aujourd'hui de sécuriser dans la loi l'utilisation de leurs réserves afin, explique-t-on à la CNAVPL, « qu'elles ne puissent profiter qu'à ceux qui les ont patiemment constituées ». Bref, que la fourmi ne se fasse pas vider les poches par la cigale.
Et dire que je me suis fait traité de psychopathe par un militant de la CGT qui prétendait que c'était son régime spécial qui allait financer ma retraite de profession libérale.
Vous souvenez-vous de mes déboires avec une banque dont le logo est un écureuil qui a une nette tendance à me briser les noisettes ? Non ? C'est dommage, car nous venons de franchir un nouveau cap. Une incompétence à ce point ne peut être le fruit d'un simple hasard. Cela se travaille, s'entretient.
Mais revenons aux faits. Rien qu'aux faits récents et passons sous silence les millions d'euros que j'ai perdu grâce à cette banque. Millions que je puis naturellement prouver puisque je conserve consciencieusement tous les courriers échangés depuis une dizaine d'années.
J'ai essayé de prendre à titre professionnel un contrat avec un organisme qui a pignon sur rue et que je ne citerai pas ici, ce serait plus faire trop d'honneur. Ce contrat stipulait une redevance mensuelle en contrepartie d'un service de recouvrement de factures, service qui m'a fait comprendre assez rapidement la signification de l'adjectif déplorable. En effet, payer une redevance mensuelle n'incite pas l'autre partie contractante à la diligence alors que payer une agence de recouvrement au résultat est certes plus cher mais bien plus efficace.
Ce bel organisme, alors qu'il avait tout en main pour prélever mensuellement les échéances ne l'a pas fait. J'ai réitéré à de nombreuses reprises et par écrit mes autorisations de prélèvement. J'ai même payé quelques échéances par chèque. Autant souffler dans une contrebasse pour faire de la musique. Je me suis juste énervé lorsque mi-juillet 2013, j'ai reçu une facture antidatée pour toutes les échéances non prélevées de 2012, établie grâce à un bon de commande signé par je ne sais qui en date de début juillet 2013, et une seconde concernant toute l'année 2013. Pour plusieurs raisons dont une raison fiscale : j'ai payé de l'impôt sur les sociétés sur un tiers du montant de la facture 2012 puisque celle-ci ne figurait pas dans mon bilan dans la colonne passif. Et une autre raison encore plus simple : lorsque je signe un contrat dans lequel est stipulé noir sur blanc que la redevance est mensuelle, ce n'est pas pour avoir un prélèvement en une fois de douze mensualités. Je parle naturellement ici de la seule année 2013.
Naturellement, personne de ce bel organisme ne daignait répondre à mes couriers ou à mes appels téléphoniques et j'ai dû envoyer deux courriers recommandés personnels au directeur général de cet organisme, ce qui m'a naturellement été reproché par le directeur de mon agence traitante qui s'est sans aucun doute fait remonter les bretelles.
Pour les contraindre à une réaction, j'ai donc retiré l'autorisation de prélèvement sur mes comptes. Ma banque a accusé réception de ma requête et m'a confirmé ce retrait m'indiquant que tout prélèvement de l'organisme en question serait rejeté. Nous étions le 1er août 2013.
Qu'elle ne fut pas ma surprise de voir en ouvrant mon extrait de compte du mois d'août deux prélèvements de l'organisme en question. Je sais bien que l'organisme en question est une lointaine filiale de cette banque, mais tout de même, une telle incompétence ne peut être le simple fruit du hasard.
La nouvelle a pu vous échapper. Selon des chercheurs britanniques, dans les prisons de la dictature chilienne, les détenus politiques subissaient à plein volume toutes sortes de chansons populaires. Subissaient, c'est bien le mot, tant ces chansons de cette époque étaient pour le moins contestables.
Selon la même étude publiée pour le quarantième anniversaire du coup d'état de Pinochet, cet instrument de torture utilisait entre autre des chansons de Julio Iglesias et de Dalida, la bande originale du file de Stanley Kubrick Orange Mécanique ou la chanson My Sweet Lord de George Harrison. De telles choses à hautes doses et à fort volume peuvent en effet briser n'importe qui. Ce n'est pas humain. Il ne manque dans cet inventaire à la Prévert qu'un peu de Tino Rossi. Oui, je n'aime pas Tino Rossi. Pour être tout à fait franc, je le préfère lorsqu'il chantait en tant que ténor d'opéra que dans sa période de roucoulance gluophonique.
Donc Dalida est coupable. Je le savais. Ne reste plus maintenant qu'à lui couper la tête ! Lorsque ce sera fait, on pourra penser aux sévices à infliger au crooner espagnol.
Je viens de recevoir mon avis d'imposition de 2013 sur les revenus de 2012. Je savais déjà que cela augmenterait sérieusement aux dires de mon expert-comptable, mais je n'imaginais pas que ce serait à ce point. Lui non plus d'ailleurs.
Je ne suis pas contre l'impôt. Il faut bien financer les dépenses publiques. Encore faut-il que ces dépenses soient justifiées et réellement utiles. Payer pour une nouvelle place de la République à Paris qui ne fait qu'entraver la circulation, causant des embouteillages monstres ainsi que des nuisances sonores puisqu'elle est depuis sa rénovation un terrain de jeu pour la mairie qui la meuble le soir de camions sonorisés, cracher au bassinet pour des projets absurdes à seule fin qu'un élu quelconque laisse une trace de son passage sous la forme d'un bâtiment que n'aurait pas renié le petit père des peuples ou le génie des Carpates, donner son écot pour payer des fonctionnaires dont nous ne savons que faire alors qu'il en faudrait dans les hôpitaux (et qu'il faudrait un peu s'occuper de l'éducation nationale autrement qu'en mettant toujours plus d'enseignants, il y a des réformes de fond à faire), bref, casquer, raquer de plus en plus commence à m'énerver au plus haut point.
Je suis un heureux contribuable de la tranche marginale des 30%. De surcroît, je suis profession libérale et mon foyer fiscal semble, aux dires de l'INSEE, être dans les 5% des foyers fiscaux les plus aisés de France. Je veux bien le croire mais sans doute n'est-il pas assez riche puisque je viens de calculer qu'avec les augmentations d'impôts et de prélèvements concoctées par les socialistes depuis plus d'un an, tout mon chiffre d'affaire — et non mes revenus, je parle bien de mon chiffre d'affaire — ne suffira pas à régler mes rattrapages d'impôt sur le revenu pourtant mensualisé, d'URSSAF et de RSI eux aussi mensualisés et, cerise sur le gâteau fiscal, de taxe professionnelle pardon de contribution foncière des entreprises. De là à parler de racket ou de hold'up fiscal, il y a un pas que je franchis allègrement.
Je suis donc dans la situation aberrante de devoir soit manger des nouilles et des œufs jusqu'à la fin de l'année, soit d'envisager un emprunt bancaire ou de gré à gré pour payer mes impôts. Vous allez pourtant me dire qu'en étant imposable dans la tranche marginale des 30%, je devrais pouvoir m'en sortir. Pourtant, non. Étant profession libérale, je n'ai droit à rien tout en payant scrupuleusement l'URSSAF et le RSI me donnant royalement le droit pour des cotisations totalement démentes à une sécurité sociale de base. Il me faut rajouter à cela une mutuelle spécifique payée au taux plein parce que la majorité des mutuelles ne veulent pas des professions libérales et surtout pas d'un contrat de couple dès que le conjoint rentre dans la case des salariés (pourquoi ?), une caisse de retraite complémentaire et obligatoire qui se moque du monde (850 euros bruts par mois, base plus complémentaire, si je continue à cotiser comme je le fais jusqu'à mes 68 ans !), des assurances dont une RC Pro, un comptable, un expert-comptable, un organisme agréé pour ne pas être imposé à 125% de mes revenus, la CGS, la CRDS, la CFE et j'en passe. Une fois que l'état s'est copieusement servi sur mes comptes, ce qu'il fait tous les 15 du mois sans vergogne, une fois que j'ai payé mes échéances de prêts immobiliers pourtant dans une fourchette basse (25% des revenus) et que j'ai mis de côté quelques piécettes pour rêver d'un jour terminer la restauration d'une petite maison à la campagne pour quitter Paris, il ne me reste rien. Même pas de quoi envisager une défiscalisation sous la forme d'une retraite Madelin ou une simple assurance prévoyance carrément hors de prix tout en offrant royalement quatre-vingt-dix jours de carence. Et encore, je ne vais ni au restaurant, ni au cinéma, encore moins au théâtre, je ne voyage pas, je n'ai pas l'occasion de réellement partir en vacances et, outre l'état, je ne me souviens pas entretenir une quelconque danseuse. L'âge sans doute. À moins qu'on ne la retrouve un jour enterrée à la cave, il faut dire que l'on m'avait laissé tout petit avec un seau et une pelle en plastique et que tout le monde sait que cela devait arriver…
J'en ai assez. L'heureux contribuable que je suis en a plus que marre et en a d'autant plus marre que même lorsqu'il était dans une situation très difficile à la suite de la faillite frauduleuse de l'un de ses clients avec une belle ardoise passée par pertes et profits, surtout par pertes, il n'a pu bénéficier d'aucune aide, même pas d'un délai pour régler ses impôts. Motif invoqué : « mais monsieur, vous payez des impôts. En plus, vous êtes propriétaire de votre appartement. Vous n'avez donc droit à rien ! ». J'avais beau rétorquer que c'était ma banque qui était propriétaire de mon appartement, cela n'a rien changé. Pourtant, à ce moment, la différence entre les impôts prélevés, mes frais de logement et l'ensemble des revenus de mon foyer fiscal était de plus de mille euros mensuels. En d'autres termes, il me fallait trouver plus de mille euros supplémentaires par mois pour ne serait-ce que payer mes impôts et avoir un toit au-dessus de la tête. Et je n'avais pas encore mangé. Être dans une telle situation apprend la débrouillardise et accentue le sentiment d'iniquité du système social français que soi-disant le monde entier nous envie. Ce fameux modèle social m'a même contraint à travailler au noir. Je peux le dire, il y a maintenant prescription.
En France, donc, il faut soit être smicard et ne pas payer d'impôt ou à la limite rester dans les tranches des 5 ou 14%. En étant non imposable, cela ouvre même droit à tout un tas d'aides. Ou alors, il faut être dans le haut du panier, dans la tranche des 43%, parce que là, même une fois que l'état s'est servi, il reste toujours des sous pour faire de la défiscalisation. En revanche, dans la tranche des 30%, c'est plus litigieux, il ne reste aucune marche de manœuvre une fois que l'état s'est servi. Et il se sert copieusement, grassement et sans jamais dire merci. Dire qu'il y a encore des gens qui se demandent pourquoi le taux effectif d'impôt diminue à mesure que le revenu augmente est pour moi un mystère complet. La tranche des 30% est justement dans le haut de cette imposition effective.
Travaillant une bonne cinquantaine d'heures par semaine (journées de travail durant lesquelles j'essaie de faire mon vrai métier, plus paperasse administrative le soir parce là aussi, en France, nous sommes de gros gâtés ; nous semons des impôts et il pousse des fonctionnaires, à moins que ce ne soit le contraire, et il faut bien occuper ces fonctionnaires), je commence à être fatigué de devoir toujours penser aux autres, surtout à mon percepteur, qui ne voit en moi qu'une vache à lait. Je suis fatigué de me faire traiter de nanti dès que je suis obligé de sortir mon avis d'imposition alors même que je me demande comment terminer les fins de mois. Je vais donc penser un peu à moi. C'est décidé, à la première occasion qui se présente, je m'exile. Il y a assez de pays européens qui veuillent bien accueillir des gens qui veulent travailler. J'en ai assez des règles fiscales qui changent chaque trimestre. J'en ai plus que marre d'être corvéable à merci sous prétexte que je me tue au boulot ne serait-ce que pour en trouver. Subséquemment, comment expliquer à un jeune qu'il doit aller travailler alors qu'en vivant aux crochets d'autrui, il peut en avoir plus à rester chez lui ?
Et qu'on ne me traite pas d'égoïste. Un égoïste est quelqu'un qui pense d'abord à lui avant de penser à tous les autres égoïstes.
Et si je n'étais pas mensualisé, je crois que je me serais inspiré de la missive suivante :
Monsieur l'agent du Trésor Public.
Mon colis a pu vous étonner au départ. Alors voilà quelques explications.
Je vous joins à cette lettre une photocopie de l'article du Nouvel Observateur intitulé « Les vraies dépenses de l'état ». Vous noterez que dans le quatrième paragraphe, il est précisé que l'Élysée a l’habitude de payer des brouettes 5200 EUR, des escabeaux 2300 EUR et des marteaux 550 EUR pièce.
Par ailleurs, un très intéressant article du Canard Enchaîné dont la bonne foi est bien connue (copie également jointe) rapporte que le prix des sièges WC du nouveau Ministère des Finances est de 3750 EUR pièces.
Vous devant la somme exacte de 13816 EUR pour l'année fiscale qui s'achève, je vous adresse donc dans ce colis quatre sièges WC neufs et cinq marteaux, le tout représentant une valeur de 14000 EUR. Je vous engage par ailleurs à conserver le trop perçu pour vos bonnes œuvres ou bien à utiliser les 184 EUR restants pour que notre Président de la République puisse compléter sa boîte à outils.
Ce fut un plaisir de payer mes impôts cette année, n'hésitez pas, à l'avenir à me communiquer la liste des tarifs usuels pratiqués par les principaux fournisseurs de l'état.
Un contribuable heureux.
Mais je doute que les services de l'état aient le sens de l'humour.
Vous le savez, ou vous ne le savez pas, je suis comme on l'appelle pudiquement, à l'écoute active du marché. J'ai donc un abonnement à une liste de diffusion de l'APEC censée m'envoyer des offres d'emploi correspondant à certains critères par moi définis. Pour fixer les idées, j'ai renseigné mon profil en précisant électronique, informatique, laboratoire de recherche et comme diplômes, niveaux BAC+5, BAC+6 et BAC+8. J'ai omis la mention baccalauréat, STIP/STAP avec équivalence BAFA et brevet des collèges qui ne me semblaient rien apporter de plus.
Il y a quelques semaines, l'APEC me proposait déjà d'être maître de salle à l'hôtel Marceau, à Paris. Mais ce matin, quelle ne fut pas ma surprise de recevoir l'offre suivante :
XMAS TREE LEAD ENGINEER H/F
Lieu : Oslo
Société : INATIS
Date : 06/09/2013
Donc, sans rire, mon profil correspond pour l'APEC tout au moins et en simplifiant, à un coupeur de sapin de Noël norvégien.
Tout va bien, avec ce genre d'offres correspondant en tout point aux critères des candidats, l'emploi des cadres est sauvé.
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