Sauf à habiter sur une île déserte coupée de toute forme de communication, il a été impossible de rater l'information capitale suivante : Cecilia Blemley Collington Little Goody pardon Kate Middleton a été hospitalisée à la suite de nausées. Formule diplomatique s'il en est car il était impossible à la famille royale d'Angleterre de signaler tout de go qu'elle avait prosaïquement un pantin dans le tiroir.
Jusque-là, je dois dire que n'étant pas sujet de ce qu'il reste de sa très grâcieuse majesté, je me moque ouvertement de cette nouvelle. Les statistiques étant ce qu'elles sont, il fallait bien que cela arrive un jour. Je suis juste un peu déçu de n'avoir pas trouvé dans les journaux une photographie de l'échographie histoire de savoir si oui ou non Kate était enceinte des œuvres de William. C'est assez facile à voir même pour un non spécialiste, les Windsor ont un physique. Comme le nez était l'apanage des Bourbons et le goître des Orléans, les grandes oreilles sont sans conteste possible le signe des Windsor.
Les australiens qui se demandent depuis des années s'ils doivent ou non devenir totalement indépendants — la reine d'Angleterre étant toujours leur chef d'état — n'ont pourtant pas raté l'occasion de se comporter en véritable sujet de sa grâcieuse majesté puisqu'une radio a réussi à obtenir des informations directement auprès de l'établissement où était hospitalisée Kate. Je passe sous silence les navrantes imitations de Charles et de sa mère.
Ce dernier épisode a été répété à l'envi sur les ondes. En revanche, la suite n'a fait que très peu de bruit. Il s'agit d'un simple communiqué de l'hôpital du roi Édourad VII :
C'est avec une profonde tristesse que nous pouvons confirmer la mort tragique de Jacintha Saldanha, membre de notre personnel infirmier. Nous pouvons confirmer que l'infirmière, Jacintha, a été récemment victime d'un canular téléphonique à l'hôpital. L'hôpital l'a soutenue pendant ce moment difficile.
Pour cette personne, l'honneur signifie encore quelque chose. Les journalistes responsables de ce canular sont interdits d'antenne. L'honneur est là encore sauf.
Dave Brubeck est mort. Le même jour qu'Oscar Niemeyer, le dernier communiste au monde avec Fidel Castro. Enfin, c'est Fidel qui le prétendait…
Donc disais-avant d'avoir été une fois de plus interrompu par moi-même, Brubeck est allé dans un monde prétendu meilleur. Je dis prétendu parce que je n'ai encore jamais rencontré quelqu'un qui en était revenu pour en parler avec toute l'objectivité qui devrait être de rigueur en un pareil cas.
Et l'on a entendu en boucle depuis hier soir le « Blue Rondo à la Turk » et « Take Five », ces deux compositions étant indiquées comme étant de la main Brubeck. Pourtant, si le « Blue Rondo à la Turk » était bien une composition de Brubeck, « Take Five » est du saxophoniste Paul Emil Breitenfeld dit Paul Desmond et non de Brubeck. Cette composition n'a été écrite que pour l'album Time Out du quartet de Dave Brubeck. Cela n'enlève rien à la qualité de l'interprétation de Brubeck, mais il n'en est en rien son auteur !
Je hais les garagistes. Je parle des vrais garagistes, de ceux qui sont encore capables de faire de la vraie mécanique, pas de ceux qui se contentent d'effectuer des échanges standard. Il y a toujours quelque chose qui coince quelque part, un grain de sable dans la belle mécanique huilée.
Je cherche actuellement un enjoliveur de feu arrière droit pour une Citroën XM phase II. Quelqu'un a trouvé intelligent de me le voler. Je le cherche dans une teinte très courante puisqu'il s'agit du gris quartz EYC, un grand classique de Citroën. J'ai donc pris mon bâton de pèlerin pour faire la tournée des casses ce matin, cette pièce étant comme d'ailleurs toutes les autres NFP (Ne Fournissons Plus et on vous emmerde [ndlr]) chez Citroën. À l'heure où il est toujours possible d'acheter des pièces de carrosserie pour les R4 chez Renault, où il est toujours possible de faire entretenir sa Mercedes pagode de 1965 chez Benz, il est inadmissible que de telles pièces soient NFP chez PSA. Passons, c'est une posture commerciale parfaitement respectable qui risque de leur coûter cher.
Une première casse. Je trouve une XM, mais bleue nuit. Mauvaise pioche. Une deuxième casse et j'entrevoie une XM verte foncée. Dans la troisième, les feux arrière manquaient mais de toute façon la couleur de la caisse n'était pas bonne. Quant à la dernière, je croyais avoir enfin trouvé. Je vois cinq XM de couleur EYC sur le terrain. L'une était celle du propriétaire, customisée avec deux gyrophares sur le toit, prouvant par l'exemple combien tous les goûts sont dans la nature. J'avise donc le propriétaire de la casse et commence à discuter avec lui. Il me signale à peine aimablement qu'il ne vend pas de pièces et que cette voiture roule. Tu parles, la voiture en question était au milieu de son champ avec le capot ouvert depuis si longtemps qu'un arbre avait eu le temps de pousser dans le compartiment moteur.
Mon cher casseur, que tu me dises que tu veuilles garder cette épave comme banque de pièce pour ton horreur customisée, je n'aurais rien à redire. Mais que tu prétendes que cette voiture est roulante, que tu l'utilises ou que tu vas la réparer — entre nous, il faudrait tout de même savoir —, est du plus grotesque. D'une part le châssis était attaqué à tel point que le capot ne fermait plus et qu'un arbre avait pu y pousser et d'autre part, elle était au milieu d'autres épaves et entourée de buissons qui n'étaient pas vraiment de la première jeunesse. Dis plutôt que je suis arrivé à l'heure de l'apéro et que tu n'avais aucune envie de quitter ton verre. Tu aurais mérité que j'ailles directement enlever cette pièce sur ton épave sans que je ne te demande ton avis.
Tous les jours, je passe à pied dans un quartier de Saint-Denis en pleine mutation. On y construit actuellement foultitude de bâtiments neufs dont le futur siège de SFR. Au moins est-ce ce qui est prétendu sur les caliquots géants le long de la route. Ces bâtiments sont construits par des entreprises ayant pignon sur rue que je ne citerai pas ici, ce serait leur faire trop d'honneur.
J'ai au moins compris pourquoi sur les bâtiments modernes se trouvait toujours un revêtement en pierre reconstituée ou en verre. Ce n'est pas pour faire beau, c'est juste nécessaire. En effet, ces constructions sont lamentables. Pas du point de vue de l'architecture car tous les goûts sont dans la nature — encore qu'il faudrait souvent faire bouffer son té à l'architecte qui comme Renzo Piano devrait se cacher — , mais du strict point de vue de l'art de la construction, ces bâtiments étant construits à la va-vite à moins qu'il ne s'agisse d'à-la-va-comme-je-te-pousse.
Les murs porteurs ne sont pas au-dessus les uns des autres, les différences de position se comptent en dizaines de centimètres. Heureusement que les dalles de béton précontraint sont assez épaisses pour supporter cela. Les coffrages sont grossiers et le béton bave lamentablement. Certains murs ont des faux aplomb visibles à l'œil nu. Les chaînages ne sont pas droits. C'est à se demander si les ouvriers du bâtiment utilisent encore des outils aussi triviaux qu'un niveau ou un fil à plomb.
Ouvrier du bâtiment, c'est un métier qui demande une qualification certaine. On ne s'improvise pas maçon sauf à prétendre que couler une dalle ou coffrer un mur est à la portée du premier venu. Ce n'est malheureusement pas le cas.
Il y a ainsi des promoteurs qui signent des contrats avec des grandes entreprises du bâtiment, les deux tirant les coûts le plus possible vers le bas en se ménageant des marges confortables car le prix du mètre carré de bureau n'a pas réellement baissé.
Tout ça pour un bâtiment qui sera à reconstruire dans quinze ans.
Hier soir, j'ai fait une expérience étrange. Mais pour vous expliquer de quoi il retournait, il me faut faire un saut dans un passé proche.
Fig. 1 : si, si, ça n'a pas l'air vrai comme ça, mais on va vous expliquer…
J'avais décidé de prendre une semaine de congés bien mérités autour du 1er novembre dernier. J'en ai profité pour faire quelques menus travaux dans une ruine que j'ai le privilège de posséder et de payer tout seul comme un grand, ma situation financière n'étant en rien liée à l'immense fortune amassée par ma famille durant la dernière occupation. Cette ruine, disais-je avant d'être assez grossièrement interrompu par moi-même, est en pleine campagne, dans un endroit où l'on est à peine dérangé par le téléphone. Autant dire qu'un accès internet un peu plus rapide qu'un bon vieux modem V90 est tout à fait illusoire.
Tout cela pour dire que le 31 octobre, à 21h00, j'étais en train de monter un pilier en briques pour soutenir une porte dans une cave sans me douter le moins du monde de ce qui allait me tomber sur le coin de la figure. Ce 31 octobre 2012, un illustre inconnu essayait de se faire passer pour moi auprès de Paypal pour s'acheter un objet que la morale réprouve. Nous y viendront tout à l'heure.
Le lundi suivant, j'ai à destratifier plusieurs milliers de courriers électroniques dont la plupart sont inintéressants. Parmi ces courriers, je tombe dans l'ordre sur :
Là, j'ai un doute. Je ne me souviens pas avoir commandé quelque chose et l'espace d'un instant, je me demande si je ne souffre pas d'un dédoublement de personnalité. Je cherche un peu qui peut bien être ce marchand s'intitulant Poupee2luxe. Naïvement, je pensais à quelque poupée en porcelaine, en ayant déjà quelques unes. Erreur fatale, ce genre d'objet est une authentique poupée gonflable en pur latex et, pour faire sans doute plaisir à Montebourg, fabriquée en France. Le colis devant être livré le jour même, je passe en coup de téléphone à mon épouse en lui signalant qu'un colis bizarre allait être livré et qu'il ne fallait surtout pas l'ouvrir.
Pour une fois, la Poste était efficace et le colis a bien été livré le jour dit.
Je n'avais pas encore eu le temps de me préoccuper du règlement de cet objet visiblement payé par mon compte Paypal. Je cherche donc dans mes courriers électroniques et je finis pas trouver un règlement Paypal libellé en espagnol dont le nom correspond au mien mais précédé par quatre prénoms espagnols ou prétendus tels. Chose troublante, l'adresse de courrier électronique associée au compte Paypal est un alias poubelle qui ne s'invente pas et que j'utilise à des fins de test sur l'un de mes domaines.
Comment le type en question a-t-il pu ouvrir un compte Paypal à mon nom avec une adresse mail sur l'un de mes domaines (alias qui tombe directement dans ma boîte principale) sans que je ne m'en aperçoive ? Mon serveur n'a pas été piraté, j'ai vérifié. D'ailleurs qui donc s'attaquerait à un serveur de messagerie électronique ronronnant sous un OpenVMS des familles ?
Je téléphone donc à Paypal pour m'assurer que rien n'a été prélevé sur mon compte et leur service m'assure bien que l'objet en question n'a pas été réglé par l'une de mes cartes bancaires. J'ai donc gagné une poupée gonflable de luxe. J'avoue que c'est un sentiment assez bizarre.
Puis, vers le 15 novembre, un illustre inconnu auquel je n'ai pas été présenté, qui n'a même pas poussé la politesse à m'indiquer son nom ni à utiliser une adresse mail permettant de remonter jusqu'à lui, m'envoie un message en me signalant qu'il était l'heureux propriétaire de cet objet de désir et que je serais bien inspiré de le lui envoyer. J'ai répondu que pour l'instant, c'était hors de question. Non que j'utilise cet objet, le paquet était toujours fermé au dessus de l'armoire de la chambre à coucher, mais parce que quelqu'un qui ne daigne même pas se présenter et qui commence à me dire que le vendeur avait fait une erreur d'adresse ne m'inspire qu'une confiance tout à fait limitée. Que je sache, c'est l'acheteur qui a créé un compte Paypal en tentant d'usuper mon identité, pas le vendeur. N'ayant obtenu aucune réponse à cette question, j'ai fait la sourde oreille.
Le 25 novembre, nouveau mail. Je vous passe les détails allant de « j'ai bien payé l'objet et j'en ai pour preuve les mails de paypal » — prends-moi pour une truffe, c'est moi qui les aie reçus ! — jusqu'à « je ne suis pas un criminel » le tout dans un anglais lamentable avec une courtoisie qui allait du bras d'honneur à « tiens, fume, c'est du belge ! » Même réponse de ma part, j'enfonce même le clou en signalant que je ne répondrai plus à quelqu'un qui n'a pas la courtoisie de se présenter.
Hier soir, en arrivant chez moi, je trouve sur le palier un colis suspect. Toujours le même expéditeur, quelque part dans le nord de la France. Pas une entreprise, un particulier, sans doute pour que les colis soient plus discrets. Vers 20h30, après avoir réfléchi longuement sur le pourquoi du comment un type se ferait envoyer chez moi des colis venant de France pour que je les lui expédie à l'étranger, probablement en Espagne, je téléphone à police secours. Je me demandais en fait si ces colis n'étaient pas autre chose que ce qu'ils prétendaient être.
Ordre me fut donner de rester chez moi et d'attendre les démineurs !
Imaginez la scène. Deux colis cubiques de 50 cm de côtés sur la table du séjour. Deux démineurs arrivés vers les 21h00 avec tout le matériel de déminage, d'inspection des colis et ce qu'il faut pour reconnaître des substances illicites. Enfin, presque tout, le chien était en RTT.
Et je vois le plus jeune ausculter le premier paquet. Puis le second. Vérifier l'équilibre des masses internes, sonder… puis sortir un scalpel et attaquer la bande de scotch. Dans le premier carton était un genre de seau en plastique blanc. Il fait sauter la sécurité qui ressemblait à l'opercule fraîcheur des pots de crème du commerce et nous tombons tous les trois sur la tête d'une poupée blonde visiblement en matière platique rigide collée à un corps en latex complètement flasque. Il n'y a pas à dire, ça ne donne pas vraiment envie. Au fond de la boîte, un genre d'œuf muni de piles, quelques bandes de latex dont je subodore qu'elles doivent servir de rustines pour les adeptes de soirées sado-maso avec ce genre de poupées et le sacro-saint DVD destiné à exciter l'heureux propriétaire avant sans doute de se ruer sur sa poupée. Rien d'autre.
Second colis. L'objet est censé être le même. Là, pourtant, la poupée est livrée sans son seau à même le carton, avec néanmoins exactement les mêmes accessoires que la première. Il s'agit d'une poupée brune, mais dont les orifices plus ou moins naturels sont en latex et non plus en silicone. L'acheteur a dû se faire rouler, l'objet ne correspondant pas à la liste de colissage. Là encore, rien d'autre. Pas de substance illicite en vue. Il s'agit vraisemblablement d'un type qui a essayé de pirater un ou plusieurs comptes Paypal pour s'offrir une poupée en latex et qui a au moins foiré deux fois la manœuvre.
Mais reprenons le cours de la nuit.
Je me retrouve donc vers minuit avec deux poupées en latex gonflées par les démineurs, sans doute pour voir si elles ne contenaient rien, sur la table du séjour. Dommage que je n'avais rien pour immortaliser l'instant ! C'était mémorable, totalement absurde, l'uniforme des deux agents apportant une certaine touche à ce moment d'une rare intensité. Je demande donc naïvement aux deux fonctionnaires ce que je devais faire. La réponse est laconique : rien. Garder ces deux objets et surtout de pas les envoyer au prétendu propriétaire, l'affaire n'étant pas exactement claire.
Vers minuit et demi, j'étais en train de signer un papier au commissariat duquel venaient ces démineurs et ils me font ramener chez moi. À une heure du matin, je n'ai pas eu le courage de dégonfler ces deux baudruches. Au point où j'en étais, cela pouvait vraiment attendre. Ce matin, la brune était à plat et la blonde à peine plus en forme. Si même les poupées gonflables ne tiennent plus la pression, le monde est vraiment tombé bien bas.
Pression ou pas, les voilà totalement dégonflées et rangées. Mais je dois dire que ça me fait bizarre, lorsque j'ouvre mon armoire, de tomber sur deux têtes qui me regardent. Je ne sais pas si j'arriverai à m'y faire…
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